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Crédits Photo: YOSHIKAZU TSUNO / AFP

Métal hurlant

Journée nationale de l’audition : pourquoi le problème qui touche les jeunes est comparable une forme d’addiction aux sons trop forts

Alors que la 22ème édition de la "journée de l'audition" a lieu ce jeudi, une enquête IFOP publie des résultats "inquiétants" sur l'audition des 15 ans et plus.

Mireille  Tardy

Mireille Tardy

Médecin ORL Phoniatre à l’Hôpital de la Timone (Marseille), membre du Conseil d’administration et du Comité scientifique de l’association Journée Nationale de l’Audition. Elle est co-auteure du livre « L’Audition : guide complet » paru aux éditions JLyon, 2012.

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Atlantico : Les jeunes générations auraient-elles une audition plus fragile que leurs parents ? Pourquoi ?

Mireille Tardy : Oui et non. L’audition des jeunes n’est pas constitutionnellement plus fragile que celle de leurs parents. Mais elle peut le devenir du fait de leur mode et de leur milieu de vie.

Les niveaux sonores auxquels sont soumis les jeunes, bien souvent dès leur plus jeune âge en sont responsables. Mais pas seulement. Car l’autre grand fléau est la durée de l’exposition au bruit, et actuellement le bruit ne s’arrête pratiquement pas. Or l’oreille a besoin de repos pour fonctionner correctement.

Le système auditif très complexe est composé de cellules nerveuses dédiées, les cellules ciliées qui recueillent les vibrations sonores, décodent ainsi les différents sons pour les transformer en influx nerveux, et de fibres nerveuses qui transmettent ces influx électriques au cerveau. Ce fonctionnement est régulé par des phénomènes biochimiques complexes.

Or ces cellules ne se renouvellent pas et la vibration sonore trop forte peut les léser ou les détruire. De plus, la transmission des influx n’est pas continue (période de repos dite réfractaire, nécessaire à la transmission correcte de la variabilité naturelle des sons -facteurs de fréquence, d’intensité, de temps).

Le niveau sonore trop fort est facteur de lésions cellulaires, puis de dysfonctions biochimiques et de lésions synaptiques, qui actuellement sont irréversibles.

Le problème actuel est non seulement le niveau sonore très important que permettent les moyens audio actuels, mais le fait que ce bruit est partout, très précocement et presque constant.

Dès son jeune âge, l’enfant est plongé dans ce bruit : domicile, crêche et lieux sociaux de loisirs, commerce, fêtes diverses.

Il s’habitue, devient dépendant aux sollicitations possibles constantes, et l’ado va devenir dépendant des divers concerts, et évènements festifs où les niveaux sonores bien que limités par la loi, demeurent trop élevés.

De plus, sa dépendance est favorisée par les moyens individuels de délivrance de musique et de communication qui ne le quittent guère.

Or le fléau de la durée qui s’impose au cours de la journée et parfois d’une partie de la nuit, va se trouver accentué par le « progrès » technique qui est, en pariculier pour les procédés d’écoute individuels mais pas seulement, le phénomène de « compression » dynamique des sons, qui va « lisser » les sons en augmentant les faibles et diminuant les forts, mais qui supprime les possibilités de fonctionnement naturel de l’oreille en supprimant ces alternances naturelles vibratoires. Ce phénomène technique est un facteur de grande fatigue pour l’oreille, d’autant que l’on peut être tenter de rechercher les modulations connues d’un morceau de musique en augmentant l’intensité !

Par ailleurs, il s’ajoute à ce problème le fait que beaucoup de jeunes écoutent actuellement leurs dispositifs individuels à l’aide d’écouteurs directement enfoncé dans le conduit auditif, ce qui est encore plus nocif quant au volume »injecté ».

Alors oui, on peut dire que les jeunes générations ont une audition, ou plutôt acquièrent très vite et ont donc une audition plus fragile que celle de leurs parents .

 

Quel genre de conduite "à risque" peut mener à une blessure de l'oreille interne ?

  • L’exposition à un volume trop fort : pas de risque de lésion si niveau inférieur à 80 dB même pendant 8h, (mais risque de « fatigue auditive)
  • Mais la durée d’exposition à ce bruit va aussi s’associer à ce risque de blessure : une augmentation de 3 dB va diminuer la durée tolérable de moitié (83 dB = 4h seulement sans risque, 86 dB = 2  h, 89 dB = 1h…)
  • C’est donc bien l’ensemble de ces 2 risques qui est dangereux ; il s’y ajoute le type de musique écouté (musique compressée écoutée en boucle).

 

Quels sont les premiers symptômes d'une baisse d'audition ? Comment s'en prémunir ?

  • Les 1ers signes sont l’impression « d’oreille pleine » et donc de moins bien entendre, les bourdonnements, puis la fatigue auditive avec une impression de persistance du son même lorsque l’on se place dans le silence. Parfois, si sons très forts, « éblouissement sonore » et douleurs.
  • Pour s’en prémunir, la règle d’or est de respecter des plages de silence : smartphone et autres portables arrétés régulièrement ; lors des fêtes et concerts : sortir ou se donner des instants de silence (10 mn à 1/2h selon le volume sonore de l’environnement ; respecter une hygiène de vie correcte et se méfier selon l’évènement fêtes, WE d’intégration, divers des drogues, alcool, bières, tabac, qui potentialisent les effets nocifs du bruit et de sa durée, or les 3 sont conjugués dans tous les évènements festifs dont les jeunes sont friands ; et individuellement , pas de musique compressée en boucle.
  • Enfin, pour éviter que la baisse d’audition éventuelle accidentelle (fêtes, concert, smartphone incessant avec impression de baisse auditive) ne devienne définitive : consulter sans attendre si la mise dans le silence n’a pas entrainer la restitution auditive antérieure.

 

Peut-on seulement mettre en cause les écouteurs et la musique "trop forte" ? N'y a-t-il pas un problème de "pollution" sonore dans les grandes villes ?

Bien entendu il y a un problème de « pollution sonore » qui n’est pas seulement celui des grandes villes. Les transports (urbains ou non), la musique partout (force de vente dans les commerces), les stades et autres gymnases avec les cris des coaches, les annonces et l’enthousiasme ou la désapprobation des supporters font un tissu sonore auquel tous s’habituent en recherchant par ailleurs leur satisfaction individuelle (écoute de son smartphone dans les transports ou les magasins !).

Mais la pollution sonore environnementale est aussi au travail, et le développement des openspaces est un fléau pour beaucoup.

On peut en rapprocher pour les jeunes les ambiances scolaires d’échanges, de groupes, durant la classe, qui contrastent avec les ambiances scolaires connues par leurs parents et surtout grands-parents, où les élèves écoutaient le maitre, et recevaient sa parole !

A ce titre aussi, on peut dire que l’audition des jeunes est différente de celle de leurs parents, elle-même différente de celle de leurs propres parents.

On peut sur ce plan ne pas le regretter, mais cela permet de souligner que la pollution sonore est un réel fléau qui s’intègre dans un mode de vie qui évolue positivement mais pourrait devenir très péjoratif si la lutte environnementale sonore n’est pas sérieusement prise en compte et intégrée très précocement à la lutte écologique générale.

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