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©LIONEL BONAVENTURE / AFP

Nomination

France Télévisions : vers un duel Baldelli - Ernotte ?

La liste officielle des candidats à la Présidence de France Télévisions a été rendue publique le 15 juillet. Outre Delphine Ernotte, candidate à sa propre succession, sept autres personnalités viennent grossir la liste des futurs auditionnés par le CSA.

Etienne Rateau

Etienne Rateau

Etienne Rateau est le pseudonyme d’un fin connaisseur des dessous de l’audiovisuel français.

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Nous l’attendions de longue date. La liste officielle des candidats à la Présidence de France Télévisions a été rendue publique le 15 juillet. Outre Delphine Ernotte, candidate à sa propre succession, sept autres personnalités viennent grossir la liste des futurs auditionnés par le Conseil supérieure de l’audiovisuel (CSA). Si tous peuvent se targuer d’une réelle expérience et d’une connaissance plus ou moins fine des arcanes de l’audiovisuel public, un duel de favoris entre Delphine Ernotte et Christopher Baldelli semble se dessiner. Avec, en embuscade, quelques autres prétendants dont les chances d’accès à la tête de l’audiovisuel public sont plus limitées.

Un duel Baldelli - Ernotte se dessine

S’il est deux candidatures qui seront particulièrement scrutées, ce sont bien celles de Christopher Baldelli et de Delphine Ernotte. C’est d’ailleurs parmi ces deux candidats que devrait être désigné le futur patron de l’audiovisuel public. Pour Baldelli, la candidature est a priori solide. Ancien haut-fonctionnaire passé par les cabinets ministériels — où l’on se fait des amis pour la vie —, Christopher Baldelli est aussi un ancien de RTL et M6. Mais Baldelli garde l’image d’un proche de Sarkozy, dont il fut conseiller technique quand celui-ci était ministre du Budget. N’oublions pas non plus ses liens avec Douste-Blazy, dont il fut conseiller au sein de son cabinet alors qu’il était encore ministre de la Culture et Alain Juppé, dont il a très brièvement appartenu à la cellule communication en 1996. Surtout, Christopher Baldelli est un homme. Une nomination qui pourrait faire mauvais genre, alors même que Bruno Patino a été nommé il y’a quelques semaines à la tête d’Arte. Ses soutiens répétés à Éric Zemmour, qu’il avait contribué à installer à France 2 puis à RTL, écornent encore l’image d’un homme à la réputation résolument droitarde.

Christopher Baldelli traîne par ailleurs avec lui son échec à la tête de RTL. Certes, sur le long-terme, le bilan demeure positif et il a beaucoup contribué à la hausse des audiences de la radio. Mais, en mai 2019, Baldelli est viré manu militari de la tête de RTL, dont les audiences ont été dépassées par France Inter. Remplacé par Régis Ravanas, il est, depuis plus d’un an, sans boulot. Autre point noir de son mandat, RTL n’a jamais réussi, sous sa direction, à prendre un virage numérique qui s’impose désormais à l’ensemble des chaînes de radio et de télévision face à la concurrence effrénée des plateformes de streaming. D’un point de vue plus stratégique, Baldelli semble décidé à pilonner le bilan Ernotte. Ainsi, en coulisses, nombreuses sont les voix suggérant qu’un papier publié ce vendredi 17 juillet sur Mediapart, dévoilant le montant de la (confortable) rémunération de Naguy, pourrait avoir été initié par son camp. Une stratégie risquée face à un CSA jugeant le bilan de Delphine Ernotte plus qu’honorable.

Pierre-Etienne Pommier toujours en lice

Pierre-Etienne Pommier, actuel conseiller numérique du groupe LREM à l’Assemblée nationale, est encore en lice. S’il fait figure de candidat relativement sérieux, il souffre cependant d’un sérieux problème de notoriété et d’une méconnaissance de l’audiovisuel public qui pourrait lui être fatale pendant les auditions du CSA. En effet, Pierre-Etienne Pommier vient plutôt du monde de l’entrepreneuriat et de la communication, secteur dans lequel il a exercé plusieurs années dans différentes agences. Un petit passage à Canal Plus Horizons, comme responsable des études, dans les années 1990, constitue sa seule expérience dans une chaîne de télévision, privée de surcroît. Peut-être peut-il compter sur un puissant réseau politique tissé à l’Assemblée nationale ? Quoi qu’il en soit, sa nomination pourrait paraître téléguidée par le pouvoir dans un contexte où la défiance de l’opinion envers nos élites s’affirme chaque jour davantage. Malgré son -petit- passif politique, Pierre-Etienne Pommier n’a pourtant pas le profil d’« Homme de l’Élysée ».

Mais, s’il n’est pas favori, sa candidature demeure tout à fait sérieuse et son dossier a le mérite de rafraichir quelque peu un audiovisuel public appelé à prendre fermement le tournant numérique. Sa proposition aspirant à relever le montant des investissements de France Télévisions consacrés à l’éducation de 0,005 % à 5 % mérite aussi qu’on s’y intéresse. D’autant que la télévision publique, à travers France 4, a témoigné de la pertinence de ses choix éditoriaux en matière pédagogique et éducative pendant le confinement. La chaîne, longtemps menacée de dissolution, devrait même être sauvée grâce à son rôle social unanimement salué pendant la crise.

En embuscade, quelques outsiders plus discrets

D’autres candidatures plus discrètes ont aussi été révélées. Nous avions déjà évoqué le cas Serge Cimino, représentant du syndicat national des journalistes à France Télévisions. Une candidature contestataire pour une présidence de combat qui ne devrait pas aboutir, tant le CSA n’a pas l’habitude de puiser parmi des représentants syndicaux pour choisir le Président du groupe.

Michel Goldstein, ancien joueur professionnel de foot de deuxième division dans les années 1980 et actuel journaliste sportif, s’est aussi déclaré candidat. Là encore, une candidature discrète, quasi impossible. Un homme de terrain, passionné par son métier, mais dont le profil ne devrait pas séduire le CSA. Citons encore Sandrine Roustan, actuelle directrice du développement international du Shanghai Media Group, l’un des mastodontes asiatiques de l’audiovisuel. Elle fut aussi brièvement directrice des programmes de France Télévisions, entre 2012 et 2014. Un CV très porté à l’international, mais qui semble être un peu léger pour prétendre à ce poste.

Plus étonnante, la candidature de Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF et ancien président de l’Union européenne de radiotélévision entre 2009 et 2019, pourrait être une surprise. En effet, il connaît très bien le monde de l’audiovisuel public. Sa nationalité pourrait même être un atout. Nommer un Belge à la tête d’un groupe public français serait le signe d’une ouverture européenne très prononcée et un choix fondamentalement disruptif, comme les aime le Nouveau Monde. Mais Jean-Paul Philippot souffre de quelques problèmes de réputation. Il fut, au début de l’année 2020, sommé de rembourser plusieurs dizaines de milliers d’euros. La formule de calcul salariale relative à ses fonctions avait, en effet, été jugée bien trop généreuse par le gouvernement belge. En février, des fonctionnaires de la RTBF ont anonymement transmis un épais dossier au parquet belge, pour dénoncer les agissements de leur directeur, dont l’issue des affres judiciaires a été jugée trop modérée pour certains employés de l’audiovisuel belge.

Bref, sauf surprise du type Pierre-Etienne Pommier ou Jean-Paul Philippot, le futur patron de l’audiovisuel français devrait être Christopher Baldelli ou Delphine Ernotte, actuelle présidente du groupe. La réponse de l’instance suprême de l’audiovisuel, que les candidats devront s’attacher à convaincre pendant les auditions, est attendue au plus tard le 24 juillet.

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