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Pangermanisme

Et pour vous Denis Tillinac, s’il n’y avait qu’une idée à retenir de 2014, ce serait laquelle ?

Selon l'écrivain et journaliste, l'idée qui a le plus marqué l'année 2014 est l'influence dominante de l'Allemagne sur le plan international, économique et politique au sein de l'Union Européenne. En France, il remarque aussi le succès du livre d'Eric Zemmour, nouveau leader symbolique de la droite.

Denis  Tillinac

Denis Tillinac

Denis Tillinac est écrivain, éditeur  et journaliste.

Il a dirigé la maison d'édition La Table Ronde de 1992 à 2007. Il est membre de l'Institut Thomas-More. Il fait partie, aux côtés de Claude Michelet, Michel Peyramaure et tant d'autres, de ce qu'il est convenu d'appeler l'École de Brive. Il a publié en 2011 Dictionnaire amoureux du catholicisme.

 

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C’est la renaissance discrète, courtoise et bien élevée du pangermanisme qui s’est affirmé cette année. Angela Merkel est la seule dirigeante d’Europe qui compte aux yeux de Barack Obama, de Vladimir Poutine et de Xi JinpingL’Allemagne gagne sur tous les tableaux : diplomatiques, politiques, et économiques.

Diplomatique : L’Allemagne a réussi à embarquer le président américain Barack Obama, le président français François Hollande et consorts dans une sorte de croisade anti-Poutine pour satisfaire ses visées à l’est de l’Europe, en Ukraine, dans une terre où nous n’avons aucun intérêt stratégique. D’autant plus que la Crimée appartient au monde russophone et orthodoxe. Nous n’avons également aucun intérêt à entrer en conflit avec Poutine qui serait le seul dirigeant à être réellement efficace pour lutter contre un islamisme radicale s’il s’élargissait à l’échelle mondiale.

>> Lire également l'épisode précédent Et pour vous Alain-Gérard Slama, s'il n'y avait qu'une idée à retenir de 2014, ce serait laquelle ?

La France s’est associée à l’Allemagne pour opposer des sanctions contre la Russie comme s’il était un écolier belliqueux dans une école dont il n’est pas membre, l’Europe, au nom des droits de l’Homme. Des droits qui ont peu d’importance à ses yeux puisque ce n’est pas sa culture. En tant que Français, nous n’avons aucun intérêt à attaquer Poutine, à la différence de l’Allemagne qui souhaite récupérer l’Ukraine et sa dépendance économique, comme elle avait su le faire pour tous les pays slaves qu’elle a fait intégrer dans l’Union européenne. Et pendant que l’Allemagne conquiert des parts de marchés et des contrats dans les pays de l’Est, nous, nous récoltons les migrants.

Politique : Angela Merkel gouverne l’Union européenne : la banque européenne mange dans les mains de la chancelière, même chose pour Jean-Claude Juncker le président de la commission européenne. Quant à Donald Tusk, le nouveau président du Conseil de l’Europe, c’est également un de ses plus grands amis. Angela Merkel a casé tous les siens à la tête de l’UE. Elle dicte sa philosophie économique à tous les pays européens et la France est en train de devenir un simple canton de l’Allemagne, pendant que les différentiels des balances commerciales s’accroissent en sa faveur.

Le poids de l’Allemagne est déterminant et dominant. En plus de dominer la banque centrale européenne et la commission, son lobbying efficace lui permet de faire passer toutes ses volontés au Parlement. On ne peut lui reprocher, c’est son intérêt. Le problème, c'est que ce n'est mais pas le nôtre.

Economique : La gauche et la droite ont voté ensembles au Parlement Européen pour la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la commission européenne, alors qu’il était premier ministre du Luxembourg, un paradis fiscal. Ce vote donne raison au discours de Marine Le Pen, lorsqu’elle parle de l’UMPS. 90% des lois qui régissent l’Etat français sont faites par l’Europe et dernièrement l’UMP et le PS ont voté ensembles pour les mêmes eurocrates, sous l’égide d’Angela Merkel.

Comment l’influence de l’Allemagne sur la France peut-elle évoluer en 2015 ?

Nous allons crisper d’avantage Vladimir Poutine. Nous allons rendre le nationalisme russe plus dangereux, parce qu’avec la crise du rouble, cela va accroître les difficultés économiques russes, ce qui va solidariser le peuple autour du patriarche Poutine et cela peut devenir dangereux. Barack Obama quant à lui est en fin de mandat et ne bougera pas sur le plan international contre la Russie.

A l’échelle européenne, le projet d’une sorte de fédéralisme tel que le voulaient les américains dans les années 60 est en train de se réaliser sous l’égide allemande, dans un contexte où l’europhobie gagne du terrain aux élections européennes.

En France, nous avons toujours intérêt à respecter les conseils lorsqu’ils sont les bienvenus. L’Allemagne a fait dans les années 2000 les réformes que nous n’avons pas voulu faire. L’Allemagne est plus disciplinée : elle négocie les rapports entre salariés et patron en amont et pas en aval comme en France. Donc la France peut prendre exemple sur la discipline et la sagesse de la gestion allemande, mais pas la stratégie internationale qu’elle a adoptée. Par ailleurs, alors que c’est notre partenaire européen privilégié, l’Allemagne ne nous aide guère au Mali ou en Centre-Afrique.

Pour un couple franco-allemand, il faut reconnaitre que la mariée n’a pas très envie du conjoint. Il faut dire que le conjoint ne donne pas très envie. Le couple franco-allemand fonctionne à la faveur d’un matriarcat. Angela Merkel domine le jeu.

En France, quel a été le fait le plus marquant ?

Le phénomène politique français le plus marquant est sans doute le succès du livre d’Eric Zemmour. Le vrai chef symbolique de la droite, ce n’est plus Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Alain Juppé, c’est Eric Zemmour.

Or, il a été attaqué violemment dans la presse par la classe politique de gauche. Pas un seul cadre de l’UMP ne l’a défendu, à part Eric Ciotti. Il a fallu que ce soit Jean-Luc Mélenchon et Daniel Cohn-Bendit qui le défendent au nom de la liberté d’expression. Les politiques de droite ont été d’une incroyable lâcheté. Ils n’ont pas défendu celui qui incarne une certaine droite populaire alors que son influence est colossale.

Une intervention d’Eric Zemmour de dix minutes dans un média a plus d’impact que 25 discours effectués par Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon réunis. Nous, les intellectuels de droite, nous avons compris depuis ce que l’on pouvait attendre des politiciens. Le risque, c’est la France devienne un pays majoritairement de droite dans ses profondeurs sans avoir une classe politique qui soit à son écoute et qui serait complètement hors-sol. 

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