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Crédits Photo: LUDOVIC MARIN / AFP

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Environnement : un remaniement pour rien

Un peu plus de quinze mois après sa nomination au poste de ministre chargé des questions environnementales, Nicolas Hulot a donc fait ses adieux mardi 5 septembre à ses fonctions ministérielles.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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Il est remplacé par François de Rugy, président de l’Assemblée nationale, ancien élu d’Ensemble Écologie les Verts rallié à La République En Marche lors de la dernière campagne présidentielle. Sur la forme, un baron de la Macronie succède à une personnalité médiatique qui n’a jamais voulu endosser son costume de ministre. Sur le fond, ce remaniement a minima est le révélateur d’un échec de la politique d’Emmanuel Macron sur des questions allant bien au-delà des enjeux environnementaux, englobant l’énergie, les transports et l’équipement, le véritable périmètre que prend en charge François de Rugy.

Nicolas Hulot part sur un bilan marqué par son incapacité à agir

Dramatisant à souhait son départ en en faisant des tonnes dans le pathos lacrymal et le constat de son impuissance comme ministre, sans penser une minute qu’il est le premier responsable de ses échecs, l’heure est venue de faire le bilan de l’action de Nicolas Hulot et de constater qu’il est mauvais et très largement le fruit de son incapacité à prendre à bras le corps ses fonctions ministérielles et à proposer aux Français un projet politique réaliste tenant compte à la fois de nos besoins énergétiques et des contraintes que nous imposent la forte dégradation de l’environnement mondial.

Deux exemples, pourtant au cœur de ses préoccupations les plus anciennes, suffisent à montrer que Nicolas Hulot n’a pas fait le job.

Premier exemple, les émissions de CO2 de la France continuent d’augmenter, tout comme la quantité de particules fines dans l’air, et le pays est en retard sur tous ses objectifs de transition énergétique.

Ce constat aurait dû conduire Nicolas Hulot à prendre à bras le corps l’avenir énergétique et environnemental de notre pays. Or, lors de la présentation de la programmation pluriannuelle de l’énergie en novembre 2017, Nicolas Hulot est resté extrêmement vague sur ce qu’il fallait faire, tout comme sur la place de l’énergie nucléaire et celle des énergies renouvelables dans la production électrique française.

En réalité, héritier d’une vision politique dogmatique de ces questions, Nicolas Hulot était incapable d’admettre que l’énergie nucléaire est la seule à garantir simultanément à la France une sécurité d’approvisionnement en énergie et une baisse certaine de la quantité de CO2 à long terme. Nicolas Hulot a totalement laissé de côté ce débat, oubliant au passage les nouvelles vulnérabilités que génèrent les énergies renouvelables qui nous rendent chaque jour plus dépendants des métaux les plus rares, indispensables à leur fonctionnement, qui sont produits le plus souvent dans des conditions d’exploitation épouvantables pour l’environnement, et qui sont aujourd’hui, pour les éoliennes comme pour les panneaux photovoltaïques, presqu’uniquement dans les mains de l’industrie chinoise.

Deuxième exemple, Nicolas Hulot n’a pas été capable de comprendre que l’écologie n’est pas un sujet hors sol déconnecté des réalités sociales et économiques.

De fait, la négociation politique et budgétaire n’est pas celle du tout ou rien. Son incapacité à discuter sereinement avec ses collègues, qu’il s’agisse du ministre de la cohésion des territoires ou celui de l’agriculture, pour faire accepter de nouvelles mesures favorables à l’environnement, a fait de lui un ministre sans soutien, enfermé dans son bureau avec une poignée restreinte de collaborateurs. Les reculs sur l’huile de palme ou le glyphosate, des sujets qui, pourtant, étaient imperdables, ont bien montré les limites de son action et son incapacité à mener une vraie politique de concertation. En ce sens, il est bien dans la ligne de la politique d’Emmanuelle Macron : communiquer, faire croire et finalement procrastiner.

L’arrivée de François de Rugy ne changera rien, le gouvernement va poursuivre ses atermoiements sur l’énergie et l’environnement

De fait, le remaniement ministériel est un véritable coup d’épée dans l’eau. François de Rugy, écologiste défroqué, est surtout considéré par la présidence de la République comme le responsable de l’échec de l’ajournement de la réforme de la constitution en juillet dernier, à la suite des affres de l’affaire Benalla. Sa marge de manoeuvre comme ministre en charge de l’écologie, de l’énergie et de quelques autres sujets majeurs pour l’avenir de notre pays sera donc des plus réduites car il aura surtout à coeur de se racheter auprès d’Emmanuel Macron pour qui ces questions ont toujours été secondaires. Ces « questions d’intendance » ne sont pas une priorité. Le proche avenir devrait nous montrer une fois de plus que le slogan du « en même temps » conduit à l’immobilisme le plus complet ; en écologie comme dans bien d’autres domaines.

Les Arvernes

 

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