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Embrouilles familiales de l'histoire de France : ce petit frère de Louis XIV que l'on a déguisé et élevé en fille pour qu'il ne fasse pas d'ombre au roi soleil

Qu’est-ce que l’histoire de France sinon une longue, très longue, très embrouillée et très sanglante histoire de famille ? Des Mérovingiens aux Carolingiens, des Armagnacs aux Bourguignons, des Bourbons aux Orléans… Extrait de "Embrouilles familiales de l'histoire de France", de Clémentine Portier-Kaltenbach, publié aux éditions JC Lattès (2/2).

Clémentine Portier-Kaltenbach

Clémentine Portier-Kaltenbach

Clémentine Portier-Kaltenbach s’est imposée depuis quelques années à la radio – sur RTL – et à la télévision, en particulier dans les émissions de Franck Ferrand, comme une historienne journaliste dont la vivacité égale l’humour. Elle est aussi l’auteur de plusieurs livres à succès dont les Grands Zhéros de l’Histoire de France, 40 000 exemplaires chez Lattès + poche paru en avril 2010.

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Aux environs de sa majorité légale, treize ans, il n’en commence pas moins à ruer dans les brancards, comme n’importe quel ado ! Il parlait de « faire le roi », appelait Mazarin « le grand Turc » et lançait à sa mère des « quand je serai roi » qui la faisaient pleurer, elle qui aime si tendrement non seulement son aîné mais ses deux fils. Car si les deux garçons sont privés de père, ils ont en revanche une mère aimante qui aura sur eux une influence considérable et durable. Jamais ils ne seront privés d’affection ni de caresses ; on est loin de Marie de Médicis avec Louis XIII.

>>>> A lire également : Embrouilles familiales de l'histoire de France : quand Blanche de Castille surgissait dans la chambre de son fils pour l'empêcher de convoler avec son épouse

Jusqu’à ce que son beau-frère Gaston ne quitte la cour pour Blois, en 1652, Anne d’Autriche a constamment près d’elle ce fauteur de troubles pathologique. Il porte toujours le titre de « M onsieur », de sorte que jusqu’à sa disparition, Philippe sera qualifié de « Petit Monsieur ». Gaston, cette « écoeurante girouette de la trahison, restait présent dans toutes les mémoires », écrit Philippe Erlanger. Pour éviter que Philippe ne suive l’exemple de son tonton Gaston et ne passe sa vie entière à convoiter le trône de son frère, on décida, et il s’agissait là d’un plan mûrement réfléchi prétend Laporte, de l’égarer sur la voie la plus éloignée possible de la rébellion. Bref, d’en faire une fille ! Laporte haïssait Mazarin, ce qui pourrait nous inciter à mettre un bémol à la crédibilité de ses accusations si Saint-Simon ne les avait confirmées : « O n voulait le rendre efféminé de peur qu’il ne f ît de la peine au roi, comme Gaston en avait fait à Louis XIII. » L’historien Philippe Erlanger parle à son propos « d’égarement juvénile suscité de propos délibéré » et Jean-Christian Petitfils surenchérit en écrivant qu’« à dessein, on avait détruit son équilibre psychologique, pourri son âme, pour en faire un être efféminé… »

Pour obtenir ce résultat, on va donner à Philippe la compagnie du petit Timoléon de Choisy, qui a raconté dans ses Mémoires comment sa propre mère, pour s’attirer les bonnes grâces d’Anne d’Autriche, fit aussi de lui une petite fille : « O n m’habillait en fille toutes les fois que le petit Monsieur venait au logis et il y venait au moins deux ou trois fois la semaine. J’avais les oreilles percées, des diamants, des mouches et toutes les autres petites affèteries auxquelles on s’accoutume fort aisément et dont on se défait fort difficilement. Monsieur, qui aimait tout cela, me faisait toujours cent amitiés. Dès qu’il arrivait, suivi des nièces du Cardinal Mazarin, et de quelques filles de la reine, on le mettait à la toilette, on le coiffait, […] on lui ôtait son justaucorps pour lui mettre des manteaux de femme et des jupes. »

Toute sa vie ou presque, Timoléon de Choisy, devenu abbé, portera la robe, et lorsque nous disons « robe », il ne faut pas entendre soutane, mais bien vêtement de femme. Timoléon vivra d’abord sous l’identité de Mademoiselle de Sancy, brûlant la chandelle par les deux bouts, jusqu’à ce que ce « rabat-joie de Montausier », l’austère précepteur du futur Régent, ne lui ordonne d’aller se faire voir ailleurs. Timoléon sera « comédienne » à Bordeaux, puis vivra un temps dans la peau d’une veuve, la comtesse des Barres. À son contact, Philippe prend goût aux parures, aux dentelles, aux fards et aux déguisements. Sa position lui interdisait de se vêtir constamment en femme, écrit Timoléon : « I l n’osait, à cause de sa dignité ; les princes sont emprisonnés dans leur grandeur. Mais il mettait le soir des pendants d’oreille et des mouches, et se contemplait dans ses miroirs, encensé par ses amants. » Philippe se rattrapait dans les bals, où il faisait son entrée solennelle vêtu d’une jupe dont un garçonnet portait la traîne, donnant le bras à son amant le chevalier de Lorraine, tandis que l’applaudissaient à tout rompre le duc de Nevers et le comte de Guiche, ses deux « initiateurs » ou « professeurs d’éducation sexuelle » dans une terminologie plus contemporaine. Le résultat escompté est au-delà de toute espérance : à vingt ans, Philippe, « narcisse mou et bavard », selon l’expression de Jean-Christian Petitfils, est surnommé « la plus jolie créature du royaume » !

Extrait de "Embrouilles familiales de l'histoire de France", de Clémentine Portier-Kaltenbach, publié aux éditions JC Lattès, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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