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Déçus de l'Europe : des milliers de réfugiés rentrent chez eux en Irak
©Reuters

Mal du pays

Déçus de l'Europe : des milliers de réfugiés rentrent chez eux en Irak

Alors qu'un million de réfugiés irakiens et syriens poussés hors de chez eux par la guerre ont atteint l'Europe au cours de l'année 2015, certains réalisent après coup que leur vie n'est pas foncièrement meilleure. Nombreux d'entre eux prennent alors le chemin du retour.

Myriam Benraad

Myriam Benraad

Myriam Benraad est politologue, docteure de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po, 2011) et enseignante en science politique. Parallèlement, elle est conseillère technique auprès de l'Union européenne (Politique de voisinage) et auprès de plusieurs organisations internationales (Moyen-Orient / Amérique latine). Elle est l'auteure, entre autres publications, de L'Irak par-delà toutes les guerres. Idées reçues sur un Etat en transition et Jihad : des origines religieuses à l'idéologie. Idées reçues sur une notion controversée (Le Cavalier Bleu, 2018).

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Atlantico : Le mythe de l'Europe et de l'Amérique est encore assez vivace chez les réfugiés. Comment se transforme cette vision une fois arrivés à destination après un voyage périlleux et souvent très coûteux ?

Myriam Benraad : Si le mythe de l’Europe est réel, celui concernant les Etats-Unis est à nuancer. Avec toute l’atrocité de ce qu’il s’est passé en Irak, je ne pense pas que les Irakiens imaginaient un mythe américain au moment du début de la crise de l’Etat islamique. L’immigration vers l’Amérique est très limitée. L’image de l’Europe est bien meilleure que celle des USA. Il s’agissait du vrai rêve des Irakiens, qui était perçu comme un horizon de paix et de vie décente. 

Avant même la question du travail - car elle ne s’est pas posée d’emblée - le sentiment de ne pas être les bienvenus a été destructeur. Il s’agit de la première raison qui est largement évoquée par les Irakiens arrivés en Europe. Certes, apprendre la langue, trouver un travail et renouer du lien n’est pas toujours un succès - certains réfugiés résident depuis plusieurs années sur le continent sans s’être pour autant intégrés - et peut être source de nostalgie.

Cependant, lors de la dernière vague de réfugiés arrivés en Europe, le sentiment de ne pas être les bienvenus était prédominant. Nombreux migrants irakiens vont jusqu'à affirmer qu’ils préfèrent mourir en Irak que de rester ici. Par ailleurs, les conditions dans les camps de réfugiés sont terribles et les temps d’attente pour les visas très longs. Ces conditions plus matérielles n’ont fait qu’encourager ce sentiment de refus.

Selon le ministère irakien de l'Immigration et des Réfugiés, des milliers d'Irakiens seraient revenus dans leur pays. Comment se déroule le voyage de retour et comment se passe leur réinstallation dans leur pays ?

Ce sont les ambassades qui organisent les voyages. Les conditions sont bonnes, car le gouvernement irakien a un budget alloué au rapatriement de ses citoyens qui expriment la volonté de rentrer. Il leur délivre un document de voyage. Généralement il s’agit de clandestins, ainsi le document leur permet de repartir. L’Irak a mis en place un programme de gestion des réfugiés.

Quelles catégories sociales privilégient un retour dans leur pays?

Il y a de tout. Du fonctionnaire de classe moyenne à l’Irakien moins favorisé, tout le monde peut choisir de rentrer. La classe sociale n’interfère pas vraiment dans ce choix. Néanmoins, la perspective d’emploi une fois de retour va jouer un rôle. Effectivement, les Irakiens qui n’ont aucune perspective et qui le savent vont être moins enclins à regagner l’Irak.

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