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Entretien politique

Daniel Fasquelle : "Je partage la révolte des catégories populaires face à l'ascenseur social cassé et au fait que ceux qui travaillent ne s'en sortent plus alors que les riches sont toujours plus riches"

Le candidat à la présidence des Républicains détaille les valeurs qui constituent selon le socle idéologique de la droite aujourd'hui et porte un jugement très critique sur le début du quinquennat d'Emmnanuel Macron.

Daniel Fasquelle

Daniel Fasquelle

Daniel Fasquelle est Député de la 4ème circonscription du Pas-de-Calais et Maire du Touquet-Paris-Plage. Il est également trésorier du parti Les Républicains. Il est l'auteur de La France juste chez Fayard (septembre 2015).

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Atlantico : Laurent Wauquiez a annoncé sa candidature à la présidence du parti cette semaine en invoquant les valeurs de la droite et la nécessité d'une droite qui n'ait pas peur de s'assumer en tant que telle. Pour votre part, quelles sont les valeurs qui constituent le socle idéologique de la droite aujourd'hui ? Et que pensez-vous des valeurs avancées par Monsieur Wauquiez puisqu'il entend mener sa campagne là-dessus ?

Daniel Fasquelle : La priorité est justement de repenser ce socle de valeur et veiller à ce que la droite soit à nouveau en phase avec la société française. Le premier chantier que je veux lancer en tant que nouveau président des Républicains dès le mois de janvier, c'est de travailler sur ce socle commun à l'ensemble de la droite. On a trop parlé de ce qui nous divise et pas de ce qui nous rassemble. L'urgence est de travailler à ce socle commun qui fait que l'on n'est ni "En Marche" ni le Front national. La question c'est "qu'est-ce qu'être de droite aujourd'hui" et l'on a pas nécessairement une réponse claire à cette question, ce qui est problématique. Je me retrouve dans les valeurs exprimées par Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse ou François Baroin. Le défi est de ne pas nous laisser enfermer ni dans une ligne ni dans certaines valeurs en en excluant d'autre. Cette diversité fait la richesse de la droite et il ne faut pas en avoir peur, il faut l'assumer. Dans ce socle, je reconnais certaines rigueur en matière de lutte contre l'insécurité, contre le communautarisme, de meilleur contrôle des flux migratoires... C'est un peu cette ligne qu'évoque aujourd'hui LAurent Wauquiez mais on ne peut pas résumer la droite à cela. La droite, c'est aussi l'attachement aux libertés comme l'exprime Valérie Pécresse, la droite sociale qu'incarne Xavier Bertrand dans laquelle je me retrouve aussi en tant que gaulliste social… La droite est aussi généreuse, il ne faut pas l'oublier et elle est attachée à l'aménagement du territoire et fait attention à la ruralité. C'est tout cela aujourd'hui qui fait la richesse de la droite et il ne faut pas la réduire à un courant, une sensibilité…

Valerie Pecresse, comme d'autres au sein du parti l'ont fait aussi avant elle, évoque aujourd'hui un risque d'éclatement du parti si la ligne "droitière" de Laurent Wauquiez s'impose. Ce week-end, une partie des militants et des ténors se retrouvent à La Baule, d'autres en Auvergne Rhône-Alpes avec M. Wauquiez, pensez-vous que les cadres du parti ont encore envie de vivre ensemble ou que l'unité des Républicains n'est déjà plus qu'une illusion ?

Ce que je ressens c'est que les militants ont encore la volonté de vivre ensemble. Il faut que cette volonté soit imposée au sommet  et supplante les divisions parfois artificielles. J'ai entamé un tour de France début juillet et j'ai toujours constaté cette volonté de rassemblement. Les gens sont conscients qu'il y a un risque de division et in fine de disparition de la droite. C'est ce qu'il faut éviter en France. Il y a un risque que la droite soit hors-jeu pendant longtemps et c'est la raison qui explique qu'il faille urgemment rassembler les talents et les idées.

Et qui pour vous est le plus sectaire entre un Laurent Wauquiez qui affirme vouloir rassembler tout le monde et ceux qui menacent de quitter le parti s'il était élu au motif que le Président de la région Auvergne Rhône Alpes serait sectaire ?

 

On a tous la volonté de rassembler. Ce qui fera la différence, c'est les moyens que l'on emploie. Je veux rassembler autour du socle commun dans lequel se retrouvent les militants de droite et je veux rassembler autour de l'ensemble des talents de notre famille et en m'appuyant sur les militants et en rénovant en profondeur notre parti

On peut rassembler en rétrécissant la droite ou en l'élargissant. Pour ma part je souhaite l'élargir, l'ouvrir et le rassemblement c'est comme cela que je le vis et que je veux l'incarner.

Vous avez évoqué au cours de l'été l'idée de reconstruire Les Républicains en vous inspirant de la démarche qui a été celle d'Emmanuel Macron avec la République en marche. En allant au contact des militants pour votre campagne, cela vous paraît-il correspondre à une demande réelle du "peuple de droite" ? Pensez-vous en outre que des consultations citoyennes suffisent à reconstruire un logiciel idéologique qui permette de penser le monde d'aujourd'hui ? Est-ce que derrière la grande crise de défiance des Français vis-à-vis des politiques ne se cacherait pas aussi une demande de verticalité et d'explication du monde venue des élites ?

La comparaison avec "En Marche !", je l'assume pour le "En Marche !" du début. Pas celui d'aujourd'hui qui est un mouvement qui est tout sauf démocratique où les militants sont représentés que par tirage au sort au bureau politique. Je peux vous assurer qu'à l'Assemblée nationale ils sont tout sauf bienveillants.

Il y a une attente à droite de la part des militants de considération et d'écoute.  "On en a marre d'être utilisés que comme de la chair à canon, que l'on ne s'intéresse à nous qu'à l'approche des élections et que l'on ne soient pas suffisamment associés au parti". Ca, ce sont des réflexions que j'entends. De là, j'ai fait découler toute une série de propositions. Ils font des propositions sur le fonctionnement du parti que je reprends et qui sont très concrètes pour relancer les Républicains.

Il y a une demande d'explication et je trouve qu'on ne travaille pas assez au sein des Républicains pour satisfaire cette demande. Cela fait dix ans que l'on tourne en rond, depuis que Nicolas Sarkozy en 2005, 2006, avait fait bouger les choses, ce qui lui a permis d'être élu en 2007. A l'époque, il y avait une démarche d'ouverture vers la société que l'on a perdu depuis. Il faut se remettre au travail, comprendre pourquoi l'on s'est coupé de la société française et comprendre pourquoi l'on n'est plus en phase avec les Français qui ne nous regardent plus et ne nous font plus confiance.

Pour cela je fais une proposition très forte à laquelle je suis attaché, je propose la création d'une fondation sur le modèle de ce qu'il se passe en Allemagne  ou en Espagne. Aujourd'hui il faut remettre la droite au travail.

Que pensez-vous du début de quinquennat d'Emmanuel Macron ? Qu'est-ce qui pour vous aurait été différent si la droite avait gagné la présidentielle et/ou les législatives ?

C'est un début de quinquennat calamiteux. Dans les comportements déjà, car on a tout l'inverse de ce qui nous avait été promis. Il avait été promis un président bienveillante, à l'écoute des Français et on se retrouve avec quelqu'un de très autoritaire, de très fermé qui pour le coup est dans la plus grande verticalité. C'est un monarque républicain comme on en a jamais connu. Je suis très sévère à l'égard d'Emmanuel Macron sur son comportement.

Ensuite, beaucoup de promesses n'ont pas été tenues. Le début de quinquennat est cafouilleux sur les questions budgétaires et fiscales. Personne n'y comprend plus rien et cela a des conséquences sur notre économie. On voit bien qu'il y a des pans entiers de notre économie qui aujourd'hui sont à l'arrêt car les investisseurs ne comprennent pas la politique que le gouvernement veut mettre en œuvre.

J'ai aussi été frappé par sa déconnexion de la réalité. Quand il dit qu'il y a trop d'élus en France ou qu'il souhaite baisser les dotations des collectivités alors qu'on sait très bien que dans de nombreuses communes rurales il n'y a plus de marge de manœuvre, on voit qu'il est coupé des réalités. Quand il décide de supprimer 5€ sur les APL, ça m'a fortement choqué. Pareil pour la gasoil ou l'augmentation de la CSG. Quand il dit que les seuls à souffrir en France ce sont les jeunes et les immigrés on a l'impression que pour lui les retraités sont dans son approche tous des gens aisés.

On voit bien que c'est quelqu'un qui n'a jamais vécu la vraie vie des Français et qui n'y comprends rien malheureusement.

Au-delà de l'idée d'une  opposition intelligente capable de voter des projets dont elle pense qu'ils vont dans le sens de l'intérêt général, qu'est-ce qui selon vous différencie fondamentalement Emmanuel Macron et la République en marche des Républicains ?

Nous avons une ligne claire sur les sujets qui intéressent les Français, au contraire de Monsieur Macron. Sur la question de contrôle des flux migratoires, des réfugiés ou la lutte contre le communautarisme ou les questions de sécurité, je n'ai rien compris à la position du président. Sur les questions financières et fiscales, on voit bien qu'il est extrêmement confus et qu'il ne peut pas dire raisonnablement une chose et son contraire. Les ambiguïtés sur lesquelles il a construit son projet sont en train d'éclater.

Ses réformes sont de fausses réformes. On se gausse des ordonnances pour la loi Travail mais ce n'est pas avec ça qu'on va remettre m'économie française en marche et ça ne permettra pas de lutter contre le chômage de masse.

Il y a un manque de courage et je crains que l'on n'aille pas au bout des réformes que l'on aurait pu faire avec François Fillon pour vraiment redresser la France.

Edouard Philippe, Bruno le maire Gérald Darmanin ont rejoint le gouvernement en ne consultant pas le parti et en n'ayant rien négocié, ils ont parfois fait campagne aux législatives pour des candidats En marche contre des candidats Républicains. S'agit-il pour vous de traîtres ? Et la politique qu'ils portent vous parait-elle conforme aux valeurs des Républicains ?

Je ne parlerai pas de traitres mais, par contre, ils n'ont plus rien à faire chez nous. Tous ceux qui nous ont combattu ou affaibli ne font plus pour moi parti des Républicains et doivent être exclu le plus vite possible. Ils ont été des instruments de la politique de Macron pour déstabiliser la droite tout cela en échange d'une belle voiture, d'un beau bureau et d'un beau titre mais franchement je n'aimerais pas être à leur place.

Gérald Darmanin a passé son temps quand il était chez nous à dire qu'il voulait défendre les plus faibles et là il va chez Macron pour demander la CSG et demain des hausses d'impôt pour les Français. C'est lui qui assume la baisse des APL et la hausse du gasoil également. Pour quelqu'un qui veut défendre les plus faibles, c'est étrange.

La presse ou même des ténors LR ont beaucoup évoqué le fait que Laurent Wauquiez ait beaucoup d'ennemis au sein du parti, pensez-vous qu'il soit détesté pour sa personne, pour les valeurs qu'il entend porter ou pour son parcours politique et personnel passé ?

Laurent Wauquiez est quelqu'un qui a beaucoup de talent et qui peut apporter beaucoup de chose à notre famille politique. J'ai certains désaccords avec lui mais aujourd'hui il y a un travail de refondation, de reconstruction du parti qui est ingrat et ne me fait pas peur. Pour ma part je pense que celui qui arrivera à la tête du parti ne devrait pas avoir d'ambition pour 2022 et devrait se concentrer sur le rassemblement des talents.

Bruno Retailleau considère qu'il ne devrait plus y avoir de juppéistes, de fillonistes ou de sarkozystes pour que les Républicains survivent. Pensez-vous que l'idée d'un grand parti unique de la droite sans courant soit viable ?

Il dit qu'il faut mettre fin aux chapelles et ne pas en créer des nouvelles. Je mets en garde mes amis qui veulent refaire la primaire.  Je me retrouve dans ce que dit Bruno Retailleau. Il y a eu le temps des écuries présidentielles, il faut tourner le dos à cette période et ne pas faire de la présidence du parti une nouvelle écurie pour celle de 2022. Il faut tourner le dos à ces chapelles mais il faut tout de même être en capacité de faire vivre le débat d'idée au sein du mouvement. Le rôle du parti est de travailler sur un socle commun pour la nouvelle droite française. Ceux qui veulent apporter des nuances le feront, ce n'est pas au parti d'organiser en son sein les nuances que l'on peut apporter à un projet qui doit rassembler le plus largement possible.


Vous vous êtes attiré un procès en incohérence cet été en raison de votre critique vigoureuse de la politique gouvernementale de suppression des emplois aidés alors que la droite a longtemps dénoncé leur inefficacité en matière d'intégration sur le marché du travail. Comprenez-vous que les électeurs de droite puissent ne plus savoir à quel Saint se vouer puisque les valeurs et projets défendus depuis la primaire par la droite n'ont cessé de valser ?

 

Ce serait bien que l'on cesse de caricaturer la pensée des uns et des autres et de réduire les propos de quelqu'un à une phrase tirée de son contexte. Ce que j'ai dit sur RTL, on en a retiré une phrase. J'ai dit qu'il "fallait éviter de mettre fin brutalement aux emplois aidés" je n'ai jamais dit qu'il fallait les maintenir. Je ne vois pas pourquoi on m'a fait ce procès en sorcellerie. On tire une phrase de son contexte et en plus pour mal l'interpréter. Ayons un débat mature en France, soyons à l'écoute des uns et des autres avant de partir comme cela au combat. Je maintiens ce que j'ai dit. On a un système d'emplois aidés que je ne soutiens pas mais, avant de le supprimer, il faut travailler à la solution de remplacement.  Je n'ai de leçons à recevoir de personne à ce sujet au vu de ce que je fais dans ma commune. Mais le fait est que certaines communes rurales, assument aujourd'hui leurs missions grâce à ces mêmes emplois aidés. Si on les supprime brutalement, comment font-elles ? Il faut réfléchir à des solutions de remplacement. Je signale d'ailleurs que les faits m'ont donné raison puisque le gouvernement a été obligé de reculer parce qu'un certain nombre de communes ne pouvaient pas assumer la rentrée scolaire sans ces emplois aidés.

Même si un grand parti de gouvernement a bien sûr vocation à s'adresser à l'ensemble des Français, y a-t-il à vos yeux une cible à laquelle Les Républicains devraient être particulièrement attentifs ? Les catégories populaires manquaient à l'appel de la campagne Fillon comme à celle des Législatives, comment pensez-vous qu'il faille adresser à elles ?

Je pense qu'il faut remettre la valeur travail au cœur de tout. Le message qu'il faut faire passer c'est que quelqu'un qui travaille s'en sortira, améliorera son niveau de vie plus facilement que si il est assisté. Je pense qu'il faut parler aux catégories populaires avec ce type de discours. Ce qui agace ces mêmes catégories populaires c'est que l'ascenseur social est cassé, que quelqu'un qui travaille gagne sensiblement la même quantité d'argent que quelqu'un qui ne travaille pas, et que ceux qui travaillent ne s'en sortent plus alors que les riches sont toujours plus riches. C'est une révolte que je partage.

Il faut reprendre le slogan de Nicolas Sarkozy "travailler plus pour gagner plus" mais il faut expliquer comment on le met concrètement en œuvre. Là il y a du travail à faire, il faut que l'on soit capable de travailler sur le fond pour pouvoir traduire ces objectifs en proposition concrètes.

Que faudrait-il que le FN ait changé dans sa ligne politique pour qu'un dialogue avec les Républicains soit éventuellement envisageable un jour ?

Pour ma part l'échange avec le Front national n'est pas possible. Je suis un gaulliste et jamais je n'accepterai de travailler avec les gens du Front national. D'ailleurs c'est un faux débat et un faux problème. Ce qu'il faut, c'est redonner l'envie de droite aux Français et faire revenir les électeurs qui nous ont quitté pour l'extrême droite. Pour cela il faut nous réinventer, réinventer la droite et redonner aux Français l'envie de nous faire confiance.

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