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Comment Giscard a révolutionné l’Europe plus que tout autre président français
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Deuil national

Comment Giscard a révolutionné l’Europe plus que tout autre président français

Héritier des pères fondateurs du projet européen, presque tous issus de la démocratie chrétienne, Valéry Giscard d’Estaing comprend vite qu’il faut trouver une troisième voie entre l’Europe fédérale de Monnet et Spinelli et l’Europe des Nations et des Etats.

Guillaume Klossa

Guillaume Klossa

Penseur et acteur du projet européen, dirigeant et essayiste, Guillaume Klossa a fondé le think tank européen EuropaNova, le programme des « European Young Leaders » et dirigé l’Union européenne de Radiotélévision / eurovision. Proche du président Juncker, il a été conseiller spécial chargé de l’intelligence artificielle du vice-président Commission européenne Andrus Ansip après avoir été conseiller de Jean-Pierre Jouyet durant la dernière présidence française de l’Union européenne et sherpa du groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe (Conseil européen) pendant la dernière grande crise économique et financière. Il est coprésident du mouvement civique transnational Civico Europa à l’origine de l’appel du 9 mai 2016 pour une Renaissance européenne et de la consultation WeEuropeans (38 millions de citoyens touchés dans 27 pays et en 25 langues). Il enseigne ou a enseigné à Sciences-Po Paris, au Collège d’Europe, à HEC et à l’ENA.

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Cela ne l’empêchera pas de garder une amitié indéfectible pour l’inspirateur de la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950, qui pose avec la CECA les fondements de ce qui va devenir l’Union européenne. L’esprit européen chevillé au corps, Giscard comprend que l’Europe ne peut pas être perçu comme un projet français et qu’elle doit être une communauté d’Etats et de citoyens s’appuyant sur des avancées concrètes. A peine élu en 1974, le nouveau président français affirme que désormais l’Europe ne doit plus être traitée comme une affaire étrangère mais une affaire intérieure, en rupture avec l’approche gaullienne.

Son amitié indéfectible avec le futur chancelier Helmut Schmidt, créera une exceptionnelle fluidité entre Paris et Berlin qui permettra aux Européens d’innover tout en veillant à ce que le moteur franco-allemand, qui est à l’époque une réalité concrète, ne soit perçu comme exclusif. Les deux dirigeants veillent ainsi à inclure les autres dirigeants européens dans leurs initiatives. Alors qu’ils sont tous deux ministres des finances, Giscard et Schmidt créent le Système monétaire européen et l’écu, ancêtre direct de l’euro. Avec le soutien de Berlin, Giscard, alors plus jeune président de la Vème de la République, lance les sommets européens qui prendront le nom de Conseil européen et permettront d’impliquer collectivement les chefs d’Etat et de gouvernement dans la construction européenne. Il obtient l’accord de ces derniers pour une élection au suffrage universel d’un Parlement européen aux pouvoirs élargis. Son plus grand désir qui deviendra réalité en 1979 est que Simone Veil, qui a connu la barbarie des camps de concentration, en devienne la présidente. Conscient du décrochage de l’Europe en raison des crises pétrolières, il propose de créer ce qui deviendra le G7, rassemblant les 7 premières puissances économiques du monde, pour trouver des solutions aux dérèglements monétaires et économiques internationaux.

Le dernier grand fait d’armes européen de celui qu’on surnomme VGE est le traité de Constitution pour l’Europe. L’ambition qu’il affirme au début de la Convention sur le futur de l’Europe en 2002 est de faire de l’Union européenne une terre d’opportunités pour les citoyens de l’Union. Il s’engage dans la campagne en tentant de s’adresser directement aux jeunes générations. Aussi, le premier grand débat public qu’il accepte pour présenter sa constitution se tient le 3 juin 2004 devant un parterre de 300 jeunes européens à l’initiative d’un tout jeune think tank EuropaNova. Les non aux référendums français et néerlandais en mai et juin 2005 le désespèrent. Mais ruse de l’histoire, le traité de Lisbonne adopté en 2008, reprend l’essentiel du texte du traité de constitution pour l’Europe, de sorte que l’on peut dire que Giscard est l’un des pères des institutions européennes actuelles. Il n’en regrette pas moins que les potentialités du traité de Lisbonne qui permet de passer dans de nombreux domaines à la majorité qualifiée, de renforcer la dimension sociale et de mieux associer les citoyens européens, soient sous-exploitées.

Son dernier combat, le projet Re-Imagine Europa, une fondation visant à donner un nouveau souffle au projet européen en associant les citoyens de l’Union, s’apprêtait à faire des propositions décapantes capables de redonner du sens collectif à l’Union et de mobiliser les citoyens européens. L’ambition qu’il avait esquissée reste pertinente pour la conférence sur l’avenir de l’Europe qui s’annonce : créer les conditions pour faire de l’Union, une véritable puissance démocratique et politique inspirant tant les citoyens européens que le reste du monde.

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