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Emmanuel Macron lors d'une allocution depuis l'Elysée
Emmanuel Macron lors d'une allocution depuis l'Elysée
©©SARAH MEYSSONNIER / POOL / AFP

Verdict

(Plein) Emploi, croissance record : mais comment la France est-elle arrivée à la situation miraculeuse décrite par Emmanuel Macron ?

Mais y-est-elle vraiment parvenue, par la seule grâce du Covid et des plans de relance ?

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Sur 1 an, le chômage en France aura baissé de 10% et, au troisième trimestre 2021, le taux de chômage s’est stabilisé à 7,6% de la population active. La France est-elle vraiment arrivée à une situation de l’emploi favorable à l’aide des plans de relance et la crise sanitaire ? Comment Macron est-il arrivé à un tel constat ?

Au-delà des chiffres, il convient de considérer trois choses.

Tout d’abord, comparée aux États-Unis et à l’Allemagne, la France est en décalage dans le cycle économique : elle a été confinée plus longtemps et la réouverture définitive a été plus récente. Après une période dynamique de rattrapage - dans laquelle la France se trouve actuellement -, l’économie de nos pays partenaires commence à s’essouffler et se complique notamment avec le retour de l’inflation. Une période de stagflation ne sera en aucun cas favorable à l’emploi en France.

Ensuite, il faut revenir sur la définition du chômage. La communication gouvernementale en la matière s’appuie sur la « catégorie A » de Pôle emploi. Or, la population de cette classe n’a pas/peu bougé à la faveur du chômage partiel durant toute les premières phases de la crise sanitaire tandis que celles des catégories B et C (personnes qui travaillent quelques heures par semaine) ont fortement augmenté. En fait, nous avons eu tendance à faire circuler les chômeurs de catégorie A vers les autres catégories, via la formation… et, prochainement, vers des formes d’emplois plus précaires en raison du durcissement du régime d’indemnisation du chômage. En quelque sorte, nous sommes en passe de faire disparaître la dimension statistique du chômage en France et bientôt, nous n’aurons plus de « vrais » chômeurs.

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Enfin, il convient de prendre en compte un phénomène naissant : la « grande démission ». Une partie des employés, qui ne souhaite pas revenir au monde pré-Covid, abandonne leur statut de « salarié » pour prospecter un nouvel emploi ayant du sens pour eux - en tant qu’auto-entrepreneur ou en travaillant quelques heures (catégorie B) - à la recherche d’un nouvel équilibre entre vie privée et épanouissement professionnel. 

La mosaïque, qu’est devenu notre monde du travail, n’est plus entièrement représentée par des statistiques officielles qui ne montrent qu’imparfaitement ce qu’il est. Les progrès de notre économie sont réels et logiques après l’effondrement de 2020. Cependant, en l’absence d’indicateurs économiques pertinents au cours des prochaines années, il n’est pas certain que la prospérité soit automatiquement et inéluctablement au « coin de la rue », notamment pour les personnes sous-employées.

Si la situation n’est pas favorable pour procéder à la réforme des retraites, pourquoi la situation économique est-elle bonne pour réformer l’assurance chômage ?

S’agissant de la réforme des retraites, Emmanuel Macron avait indiqué qu’elle nécessitait deux conditions : une situation sanitaire assainie et une reprise économique bien installée. La première exigence n’est pas, pour l’instant, réalisée.

Les conditions nécessitant la réforme de l’indemnisation du chômage (baisse du nombre de chômeurs en catégorie A de 130 000 sur 6 mois et nombre de déclarations préalables à l’embauche de plus d’1 mois - hors intérim - supérieur à 2,7 millions sur 4 mois consécutifs) sont, a priori, réalisées. 

Si cette réforme vise à ce que le travail paye plus que l’inactivité, elle doit aussi permettre de réaliser des économies. L’Unedic estime qu’elle conduirait à une baisse des dépenses d’environ 2,3 milliards d’euros par an en régime de croisière c’est-à-dire lors du retour à une situation économique proche de celle d’avant la crise sanitaire.

Plus concrètement, Emmanuel Macron ressort une promesse de campagne. Ne croyant pas à la « fin du travail », il veut, au contraire, créer une « société du travail » où le travail permet de sortir de sa condition et de se faire une place dans la Société. Une émancipation de l’individu par le travail et au travail. Cinq ans plus tard, le président serait-il candidat à sa succession ? Vraisemblablement, à ce jour.

Pour Emmanuel Macron, « Nous ne viserons pas 7% de chômage, mais bien le plein emploi », est-ce concrètement réalisable ?

Après le recul de 8,4% en 2020, la France connaît un fort rebond 2021 en lien avec la dynamique des mesures sanitaires. Sur le front de l’emploi, la même chose se produit avec des embauches décalées dans le temps. 

7% de chômage était la promesse du candidat Macron. Viser le « plein emploi » aujourd’hui est ambitieux dans la mesure où notre pays enregistre un taux de chômage, que nous pouvons observer dans des pays d’Europe du Sud, et un fonctionnement du marché du travail heurté avec des difficultés de recrutement de pays d’Europe du Nord. 

Il est essentiel qu’il précise ce que cette expression signifie pour lui. Autrement dit, alors que, par exemple, le taux de chômage de l’Allemagne s’établit à 5,4%, où se situe le plein emploi pour notre pays ? D’autant que, même si les économistes ne savent pas exactement, de manière générale, ce que représente le plein emploi en France, cette situation nécessiterait, au moins, deux conditions : une croissance soutenue et durable ainsi que des travailleurs qualifiés et compétents pour permettre l’équilibre entre les offres d’emploi et la demande. 

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