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Les Yazidis d’Irak (de nouveau) abandonnés à leur sort tragique

Des milliers de membres de la minorité Yazidi ont fui l'État islamique au début du mois dernier. Beaucoup ont été bloqués sur les pentes arides du Mont Sinjar et subissent encore le joug des djihadistes. Les autres, réfugiés en zone kurde, tentent de survivre dans des camps de fortune.

L’Occident, intermittent de la compassion

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Les Yazidis d’Irak (de nouveau) abandonnés à leur sort tragique

Un camp de réfugiés Yazidis Crédit REUTERS/Youssef Boudla

Atlantico : Des milliers de membres de la minorité Yazidi d'Irak ont fui de l'État islamique au début du mois dernier. Beaucoup ont été bloqués sur les pentes arides du Mont Sinjar. Les autres se sont réfugiés en zone Kurde, au Nord de l'Irak. Que devient cette minorité ? 

Karim Pakzad : Ils sont installés un peu partout dans le Nord de l'Irak, sur la frontière turque, autour de Dêrelûk, Zakho. Ils tentent de survivre dans des camps de fortune, privés de l'essentiel, sous un soleil de plomb qui, bientôt, tournera en un froid aussi glacial que meurtrier.

Ils sont installés au bord de la route, sous des bâches, des tentes, dans les batiments publics, les écoles, les gymnases, etc. Ils sont dans une situation de grande précarité. Contrairement à certaines populations chrétiennes déplacées qui ont pu rejoindre leurs familles en Europe, les Yazidis sont livrés à eux-mêmes.

Que fait la communauté internationale ?

Cette dernière a réagi très vite. L'ONU et l'Europe ont mis en place des relais d'aide humanitaire en provenance de l'Iran, de Bagdad, de la Turquie, etc. Même la croix rouge est intervenue.

Mais les fonds alloués par les organismes institutionnels ont dratiquement chuté ces derniers mois, et l'aide se fait plus rare désormais.

Les autorités kurdes ne peuvent-elles pas prendre en charge cette minorité (kurde qui plus est) ?

Les autorités kurdes ont dû faire face d'un coup au mouvement d'une population de milliers Yazidis. Ils ont tenté de prendre en charge ces réfugiés, mais débordées, il en ont appelé à la communauté internationale.

Il faut comprendre que le gouvernement kurde n'est pas réellement formé, et que ce territoire se limite à deux provinces irakiennes. Sur le plan économique, le Kurdistan n'avait pas donc les moyens d'accueillir et de prendre en charge ces réfugiés.

Ensuite, le Kurdistan a dû tenter de contenir la poussée des forces militaires de Daesh (l'Etat islamique), alors même qu'il ne disposait pas des forces armées nécessaires.

Pour finir, avant même l'invasion des forces armées islamiques, les autorités kurdes ont du faire face à un afflux massif de réfugiés, suite à la fuite des Kurdes de Turquie.

Sans compter que les populations chrétiennes ont aussi fui l'invasion de Daesh. Les autorités kurdes ont donc été submergées par des vagues successives de réfugiés, plus une invasion militaire. Le tout sans moyens économiques réels.   

Qu'advient-il des Yazidis restés bloqués en territoire conquis par les forces armées de Daesh, notamment à Sinjar ?

Les Yazidis qui se trouvent aux mains de Daesh subissent un sort extrêment pénible, et encore, le mot est faible... Les enfants sont assassinés, les femmes violées, vendues sur le marché comme esclaves à Mosul. Des témoignages rapportent même que des gens ont acheté certaines de ces femmes pour les libérer ensuite.

Ils ne sont pas considérés comme des croyants, mais comme des adorateurs de Satan. Leur croyance repose en effet sur la vénération de l'ange déchu, représentant de dieu sur Terre, et sauveur. Leur croyance ne rentre donc dans aucune logique des religions monolithiques. Pour Daesh, ce sont des gens à exterminer. Ils ne sont pas dignes d'être convertis à l'Islam, ce sont des sous-hommes.

Voilà le sort des Yazidis ! Même les chrétiens ont été mieux traités. C'est dire.

Quel avenir pour cette minorité : la Turquie, une province autonome Kurde, ou le retour dans leur village à la fin des combats ?

Tant que la contre-attaque des forces kurdes - coordonnée avec les forces irakiennes - n'aura pas permis la libération des territoires occupés, leurs conditions de vie ne changeront pas.

Si la contre-offensive kurde et irakienne permet la libération de Sinjar, Mosul et Tal Afar, ainsi que d'autres villages, les Yazidis pourront évidemment regagner leur foyer, même si plus rien ne sera comme avant. Des familles auroint été brisées, massacrées.

Ce qui est certain, c'est qu'il n'y aura pas de création de provinces autonomes, ni pour les chrétiens ni pour les Yazidis. Les forces kurdes et irakiennes sont occupées à autre chose, la contre offensive contre Daesh. 

Quant à la Turquie, la plupart de ces familles réfugiées en territoire kurde ne disposent pas de papier, car elles sont parties précipitamment. La question des visas est alors très secondaires. Et les Turcs ont fermé la frontière pour les Irakiens qui n’ont pas de passeport...

Une aide internationale plus soutenue permettrait a minima de soulager le quotidien de ceux qui sont en zone kurde, et ce ne serait pas du luxe... Pour les autres, seule la libération des territoires occupés permettra de mettre fin aux atrocités.

   

 
Commentaires

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  • Par Gré - 05/10/2014 - 21:32 - Signaler un abus Pas d'argent ?

    Plutôt que débloquer des fonds pour "désintoxiquer" des djihadistes, il vaudrait mieux leur interdire le retour sur le territoire et consacrer cet argent à aider les populations victimes de leurs exactions

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Karim Pakzad

Karim Pakzad est chercheur associé à l’Institut de recherches Internationales et Stratégiques (IRIS). Il a été professeur de sciences politiques à Kaboul.

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