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La première cyber guerre mondiale de l’Histoire c’est maintenant. Mais personne ne l’a encore appellé ainsi

Les cyberattaques sont devenues plus médiatisées ces dernières années, depuis les révélations qui ont suivi la publication des documents de l'ambassade américaine par Wikileaks. Elles sont de natures variées, que ce soit le piratage des comptes Yahoo ou celui du site de la chaîne de télévision TV5 Monde

Gare aux virus

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La première cyber guerre mondiale de l’Histoire c’est maintenant. Mais personne ne l’a encore appellé ainsi

Atlantico : De nombreuses cyber-attaques se sont multipliées ces dernières années comme l'attaque du parlement, des ministères et des banques en Estonie en 2007. La Russie a été accusée de l'avoir mené avec un accord de l'Etat. Il y a aussi le "hacking" du programme nucléaire iranien en 2010 et la divulgation de documents confidentiels de l'ambassade américaine par WikiLeaks toujours en 2010. Dernier élément en date, l'élection présidentielle américaine en 2016. Sommes-nous entrés dans une époque de cyber-guerre ?

Pourquoi les dirigeants politiques, les analystes ne la nomment pas comme telle ? 

Pierre Conesa : Le cyber est un moyen d'action qui offre de multiples possibilités dont des situations de guerre. Aujourd'hui, nous ne sommes pas dans situation de guerre. L'élection américaine est une pièce de théâtre de Boulevard. C'est la situation du mari qui trompe sa femme et qui accuse l'amant de celle-ci. Là, on a un pays qui passe son temps à surveiller et intercepter des communications, qui arrive à pénétrer sur des sites internet, y compris le téléphone portable de l'un de ses principaux alliés, en l'occurrence, la Chancelière Allemande, Angela Merkel. Il fait semblant de découvrir que ses sites internet peuvent être exposés à des opérations de cette nature. Quand on pense à Edward Snowden qui est l'un des lanceurs d'alerte les plus connu qui a révélé des pratiques de l'armée américaine en Irak et qui est interdit de séjour aux Etats-Unis et vit en Russie parce qu'il est menacé d'être emprisonné à vie dans les pays Occidentaux, on se demande si un lanceur d’alerte a le droit d’exercer.  

Il faut faire la part entre le débat politique interne américain, et la réalité de la menace. Celle-ci existe depuis longtemps. Les américains ne se sont pas privés pour en faire usage. La polémique l'emporte sur le rationnel. Si les documents interceptés par les russes ont été confié à Edward Snowden qui les a mis sur marché américain, on ne sait pas qui est le méchant.

A l'heure actuelle, il n'y a pas lieu d'évoquer le terme de guerre. Des tensions internationales existent à la rigueur. Il ne faut pas utiliser des termes à double sens et les utiliser quand on en a besoin. Le virus Stuxnet dont on ne connait pas l'origine, dirigé contre le programme nucléaire iranien, a vu deux explications émerger. D'une part, il s'agirait de l'action d'un Etat parce qu'il faut de gros moyens pour réussir cela. D'autre part, ce peuvent être des hackers qui travaillent en réseaux qui seraient derrière cette attaque. On n'est pas capable de détecter l'origine d'une attaque, donc l'accusation est difficile à brandir. Dans le cas de Stuxnet, une fois que le virus est lancé, on ne sait pas où il va aller. Il peut revenir dans la périphérie de l'attaquant. Nous n'avons pas d'éléments technologiques pour savoir quelles sont les capacités pour atteindre de tels objectifs. Si les systèmes hospitaliers étaient touchés, on aurait une situation de blocage. Bloquer la France en paralysant les services d'urgences au moment de l'épidémie de grippe serait dramatique. Dans le cas des élections américaines, dire qu'Hillary Clinton a été battue parce que les russes ont piraté des éléments sur le site du parti Démocrate est un détail.

 
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Pierre Conesa

Pierre Conesa est agrégé d’Histoire, énarque. Il a longtemps été haut fonctionnaire au ministère de la Défense. Il est l’auteur de nombreux articles dans le Monde diplomatique et de livres.

Parmi ses ouvrages publiés récemment, La Fabrication de l’ennemi : ou comment tuer avec sa conscience pour soi (Ed Robert Laffont, septembre 2011). 


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