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Vers une police à la Minority Report ? Prédire crimes et délits, c’est déjà possible… mais pas prêt d’arriver en France

Caméras, écoutes téléphoniques... il existe de nombreuses méthodes de détection d'actes de délinquance. Aujourd'hui, la science permet d'aller jusqu'à déceler les zones d'agressivité du cerveau et la présence du "gène combattant". Les Américains exploitent pleinement les nouvelles technologies en matière de prévention policière. Les Français sont plus réservés, un choix assumé et politique.

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Publié le - Mis à jour le 12 Septembre 2014
Vers une police à la Minority Report ? Prédire crimes et délits, c’est déjà possible… mais pas prêt d’arriver en France

Image extraite du film "Minority Report". Crédit unrealitytv.co.uk

Atlantico : Aux Etats-Unis, des outils de prévention policière se multiplient notamment à travers l'identification de personnes ou voitures par caméras via des algorithmes. En France, quels sont les nouveaux outils en termes de profilage et de prévention de criminalité ?

Jean-Paul Mégret : Toutes ces recherches sont des recherches privées. Le budget de la police est déjà serré. On a des choses très classiques, pas de dispositifs très techniques comme aux Etats-Unis. On a des présences de caméras, de grilles, de protections très passives, de choses très formelles.

C'est un choix politique qui a été fait. Il est lié au fait qu'en matière de constitution et de libertés individuelles on ne pouvait pas aller plus loin que ce qui a été fait à cette époque (de la mise en place de caméras). Les caméras ne peuvent pas filmer les lieux privés sans autorisation de magistrat indépendant...

Carol Jonas : Ces outils de prévention ont une valeur pour cibler les lieux et les moments de la journée où il convient d'être plus attentif, un risque de vol à l'arraché par exemple. La police française est capable de s'appuyer sur des algorithmes. Elle sait par exemple que durant l'été et sur certains lieux touristiques les touristes sont particulièrement visés et peut déployer ses moyens en conséquence.

Algorithme, identification des zones d'agressivité du cerveau, détection du "gène combattant" jusqu'où peut aller l'avenir de la prévention policière ? La prévention de crimes est-elle amenée à prendre le pas sur la répression ?

Jean-Paul Mégret : On n'a pas la même philosophie que les Américains ou les Britanniques. La prévention par des dispositifs techniques est très peu développée. C'est une philosophie basée sur la présence policière, la dissuasion de caméra. On ne verra pas par exemple un suivi automatique par caméra de casseur dans une manifestation mais non aura un suivi humain. En favorisant la répression on contribue à une prévention. Une police à la Minority Report on en est loin et ce n'est pas souhaitable. Je suis très dubitatif.

Carol Jonas : Les techniques d'I.R.M. fonctionnelle permettent maintenant de mieux connaître les zones du cerveau qui sont utilisés dans certains types d'actes. Pour autant les études actuelles autorisent tout au plus des corrélations entre un acte et une zone du cerveau. Ces corrélations n'ont qu'une valeur statistique et ne peuvent donc pas être utilisées pour expliquer le comportement d'une personne X. Par ailleurs il ne faut pas confondre corrélation et lien de causalité. (Il y a une corrélation entre le port d'une cravate  et l’âge chez un homme, cela ne veut pas dire que le port de la cravate entraîne le vieillissement).

On a déjà parlé de chromosomes du crime ou de gêne de la violence. Actuellement cela n'a pas de signification pour un individu donné. Certains gènes ou l'augmentation de certains neuromédiateurs favorisent l'impulsivité qui n'entraîne pas toujours ni violence ni acte répréhensible. Il ne faut pas oublier que tous les autres éléments de l'environnement peuvent avoir un impact (conditions d'éducation du sujet, mode de vie, types de lien avec la victime, consommation de toxiques etc.)

La question ne doit donc pas être traitée comme celle d'un lien entre une caractéristique neurophysiologique et un comportement social, ce qui serait laisser de côté d'une part le libre arbitre de l'individu et de l'autre tous les éléments de l'environnement qui l'ont influencé qui l'influencent à  l’heure actuelle.

 
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Jean-Paul Mégret

Jean-Paul Megret est secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP).

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Carol Jonas

Dr Carol Jonas, Psychiatre des Hôpitaux, Chef de Service à Tours, Docteur en Droit, Expert judiciaire près la Cour d’Appel d'Orléans. Auteur de "Le psychiatre face aux juges " ainsi que  de "Psychiatrie légale et criminologie clinique" en collaboration avec Jean-Louis Senon et Mélanie Voyer.

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