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Tyrannie des marchés : l'Eglise, le capitalisme et la justice sociale, ce qu'elle en pense, ce qu'elle en comprend

Dans une exhortation apostolique publiée mardi 26 novembre, le Pape François a souhaité fustiger la "nouvelle tyrannie des marchés" tout en plaidant en faveur d'un retour "à une éthique de l'être humain". En accord avec la doctrine sociale traditionnelle de l'Église, ces déclarations auraient néanmoins besoin d'être appuyées par une pensée économique plus aboutie.

Charité plus que marxisme

Publié le

Atlantico :  Au-delà des déclarations récentes du souverain pontife, perçues par beaucoup comme un choc, quelle est la position actuelle du Vatican vis-à-vis du capitalisme ? Sur quels éléments se fonde-t-elle ?

Philippe Chalmin : Il s'agit d'un thème que le pape François a déjà beaucoup abordé depuis son accession à la fonction de souverain pontife. Déjà en juin dernier il s'était ainsi fait remarquer en dénonçant la spéculation sur les marchés agricoles lorsqu'il avait reçu les ambassadeurs auprès de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, NDLR).

Je dirais que cela fait finalement partie d'une posture finalement assez traditionnelle de l’Église contre la finance, mais qui  n'est pas à mon sens la plus éclairée si l'on regarde la doctrine sociale de l’Église. Nous sommes bien ici dans le domaine de l'exhortation, dont les conséquences pratiques resteront relativement limitées. Dénoncer les méfaits de la finance et de la spéculation dans leur ensemble peut paraître porteur symboliquement, mais une telle démarche semble ignorer que dans le monde actuel, fait d'instabilité, la spéculation (sur les marchés agricoles notamment) est nécessaire pour fournir aux marchés les liquidités dont ils ont besoin. Ce que l'on peut définir comme fondamentalement malsain, c'est la spéculation malhonnête qui orchestre des manipulations de marchés à son seul avantage et au détriment de beaucoup. Dans un cadre structuré, les spéculations ne sont finalement que la somme des anticipations des opérateurs sur les marchés, ce qui n'est, en soi, pas choquant. D'aucuns diront que je suis un affreux libéral mais je pense, sans contester le droit au Pape de faire de telles déclarations, que de telles critiques nécessiteraient une connaissance bien plus approfondie sur un phénomène aussi complexe.

Originellement, l’Église condamnait toute forme de prêt à intérêt, et voyait par extension les activités financières d'un très mauvais œil. Peut-on dire que le pape François tente de renouer avec cette vision aujourd'hui ?

Le prêt à intérêt a effectivement été interdit par l’Église jusqu'au XVIIIe siècle, mais on trouve dans les textes originaux de la Chrétienté des passages qui abondent dans l'autre sens, dont la célèbre Parabole des Talents, où le maître reproche à son serviteur d'avoir enfoui son patrimoine dans la terre plutôt que l'avoir porté au banquier pour le faire fructifier.

Pour répondre plus directement sur les objectifs personnels du Pape François, il faudrait être à sa place. Je dirais néanmoins que cette exhortation apostolique ne sera probablement pas considéré comme l'un des textes emblématiques du magistère de l’Église. A l'inverse, l'encyclique "Veritas in Caritate" (La vérité dans la charité) produite en 2008 par Benoît XVI est un texte extrêmement poussé sur ce que l'on appelle la grâce et la beauté du don, dans le sens où il cherche les esprits par la conduite individuelle plutôt que par la remise en cause d'un système économique conséquent. Il est clair que les structures de l'économie mondiale ont été mal construites, mal organisées, mais une remise en cause globale exige une critique extrêmement aboutie.

La banque du Vatican, éclaboussée à plusieurs reprises par des scandales, s'est essayée depuis le mois d'octobre à la transparence en fermant plusieurs comptes douteux et en rendant ses rapports publics. Cette politique de l'exemple peut-elle faire des émules dans d'autres pays ?

Je pense qu'il s'agit finalement d'un sujet assez secondaire, les problèmes qu'a connu la Banque du Vatican s'expliquant pour beaucoup par une accumulation d'incompétences plutôt que par une corruption omniprésente. Il fallait nettoyer les écuries d'Augias, et s'il n'est pas impossible que le Vatican puisse effectivement accoucher d'un modèle capable d'inspirer d'autres États, il s'agissait avant tout d'une question propre aux affaires de l'Eglise.

Plus largement, ces déclarations semblent acter une certaine volonté d'intégrer les sujets économiques et politiques. Le Vatican peut-il trouver son rôle dans un tel cadre ?

Il est important que le Vatican entretienne une réflexion économique, d'autant qu'il possède toujours une certaine responsabilité, ne serait-ce que sur le plan de la parole, en termes de développement économique. Il s'agit là d'un sujet sur lequel le clergé est autrement plus attendu que sur les questions de gestions du marché.

Le site d'informations Rue 89 a titré hier. "Cette fois, c'est sûr, le pape François est socialiste". L'analogie vous semble-t-elle crédible ?

Je resterai poli en disant que la comparaison n'est pas des plus intelligentes, d'autant plus qu'elle sous-entend que ceux qui prennent le parti des pauvres sont, de fait, socialistes. Je dirais par ailleurs que beaucoup commettent une erreur en croyant que ces déclarations font état d'une supposée révolution au sein de l’Église. 

 
Commentaires

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  • Par lsga - 28/11/2013 - 13:26 - Signaler un abus Saint Augustin, la Cité de Dieu, Livre V, XVIII-XIX

    « En effet, en maintenant dans l'opulence et la richesse la République, c'est à dire la chose du peuple, la chose de la patrie, la chose commune, ces Romains étaient eux mêmes si pauvres que l'un d'eux, qui avaient déjà été deux fois consul, fût chassé par le blâme du censeur, parce qu'on découvrit qu'il possédait dix livres d'argent en vaisselle. Ainsi, ils étaient pauvres eux-mêmes ; c'est par leurs triomphes que le trésor public était enrichi. Alors, est-ce que tous les chrétiens, dans un bien meilleur dessein, ne pourraient-ils pas mettre leurs richesses en commun, selon ce qui est écrit dans les actes des apôtres qu'il soit distribué à chacun selon ses besoins; que nul n'ait rien en propre, mais "qu'ils mettent tout en commun" ? »   Le Christianisme est un proto-communisme. C'est ainsi que la Révolution Socialistes sud-américaine s'appuie entièrement sur les "curés rouges".   La Pape François avait été élu pour lutter contre l'arrivé du Socialisme en Amérique du Sud. En réalité, il la soutient et appelle à son arrivé en Europe.   Ce Pape a peu de chance de vivre vieux. Le Vatican a déjà montré de quoi il était capable.    

  • Par lsga - 28/11/2013 - 13:27 - Signaler un abus Actes des apôtres :

       "Les Apôtres rendaient témoignage avec une grande force à la résurrection de Jésus-Christ Notre-Seigneur, et une grâce était en eux tous. Car il n'y avait aucun pauvre parmi eux: tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de ce qu'ils avaient vendu, et le mettaient aux pieds des Apôtres; on le distribuait ensuite à chacun, selon ses besoins."   http://www.magnificat.ca/textes/bible/actes-04.htm   Saint Augustin, un des fondateurs de la pensée Catholique, explique dans la Cité de Dieu que cette abolition de la propriété privée et cette redistribution des richesses peut-être systématisée au niveau de la société. Il appuie son argumentation sur les dirigeants Romains qui firent la grandeur de la République (Res Publica : Chose Commune) en renonçant à la propriété et en vivant dans la pauvreté :  

  • Par pascalou2 - 28/11/2013 - 17:12 - Signaler un abus bonjour

    pour le" retour a l ethique humaine ", la question qui est sous entendu c est comment l eglise doit elle acceuillire des enfant né de GPA.....etre humain c est bien acceuillire les plus faible et ils en font partie .... c est compliquer mais c est resolvable si on reste ethique .. pascalou amateur de science

  • Par EOLE - 28/11/2013 - 17:31 - Signaler un abus Ineptie: regardez la réalité en face!

    "la spéculation (sur les marchés agricoles notamment) est nécessaire pour fournir aux marchés les liquidités dont ils ont besoin." Non la spéculation est "pure" spéculation d'autant que tous ces marchés d'anticipations et de dérivés sont systématiquement manipulés par les grandes banques actrices à leur seul et plus grand profit. Des paris truqués, rien d'autre.

  • Par pascalou2 - 28/11/2013 - 19:17 - Signaler un abus bonjour

    d un autre coté , le pape peut s inspirer des philosophe ... platon a conjecturer que les salaire dans une cité ne devais pas depasser un rapport de 1 a 5 ....les suisse dans leur votation rater ,immaginais que les salaire ne devais pas depasser un ratio de 1 a 12, les gauche voudrai bien un raport maximal de 1 a 20.......mais en final aucun français ne souhait reelement de limitation en vertu de l espoir que leur enfant feront mieux qu eux et seront tirer partie du systeme ou le ratio esopen (en realiter de 1 a 100000 ...lol) les français aime l illusion ..cqfd pascalou

  • Par DEL - 28/11/2013 - 23:44 - Signaler un abus Un peu d'humanité dans un monde de requins fascisants...

    Ni croyant, ni chrétien et donc encore moins catholique, j'aime que de grandes organisations sachent rester humanistes, c'est à dire au service de l'humanité, à tout le moins dans leurs déclarations. La haine et le mépris étant le moteur sous-jascent des financiers, des politiques et autres actionnaires, il est agréable et porteur d'espoir de constater que des hommes veulent aider des hommes.

  • Par Heizen - 29/11/2013 - 03:46 - Signaler un abus Un libéral nommé Jésus

    Lire ce petit livre excellent de Charles Gave : "Un libéral nommé Jésus" Il démontre en analysant très simplement les paroles de Jésus qu'il est totalement absurde de penser que le Christ était anti-capitaliste, anti-libéral et marxiste. Au contraire ! Preuves par ses paroles directes dans les Evangiles... Qui veut savoir peut ! Lisez ce livre. Lecture entière gratuite sur le net, tapez le titre dans Google.

  • Par lsga - 29/11/2013 - 16:35 - Signaler un abus @Heizen : le christ appelait les apôtres à renoncer

    à la propriété privée, et à redistribuer à chacun selon ses besoins... Les premiers catholiques proposaient de systématiser ce système à l'échelle de la société, en ayant un monarque, représentant de Dieu sur Terre, pour redistribuer à chacun (voir mes postes plus bas).   C'est ça que tu appelles libéralisme ?   Tu as lu les penseurs libéraux ? David Hume par exemple ? Je te conseille l'enquête sur l'entendement humain. Les penseurs libéraux se situent tous CONTRE LE CHRISTIANISME. C'est même l'acte de naissance du libéralisme : la pensée LIBERTAIRE, anti-chrétienne.   David Hume va tenter de démontrer que chacun des péchés capitaux est bon pour l'économie, que la sommes des égoïsmes individuels est la source du bien collectif. Voilà la pensée libéral.   Bref, arrêtez de raconter n'importe quoi. Le Pape vous appelle à aller aider les roms, et le Christ vous appelle à partager vos richesses et à vivre dans la pauvreté plutôt que d'être riche au milieu des pauvres.    

  • Par Le gorille - 30/11/2013 - 08:15 - Signaler un abus Une bouteille à la mer

    Merci @ Heizen - 29/11/2013 - 03:46 Livre particulièrement intéressant que j'ai enregistré. Une bouteille à la mer... (citation de Charles Gave) Souhaitons qu'une pointure politique la pêche sur une grève, fasse sienne sa profonde analyse et puisse faire tache d'huile avant le cataclysme qui s'annonce ! En tout cas merci Ce principe du forum apparaît enrichissant.

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Philippe Chalmin

Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Membre du Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier Ministre, il est le président fondateur de CyclOpe, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières.

Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, dont le récent « Demain, j'ai 60 ans : Journal 2010 - 2011 ».

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