Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 30 Mai 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

La Tunisie a-t-elle échangé la France contre la Turquie ?

En Tunisie, si les résultats officiels de l'élection de l'Assemblée constituante ne sont pas encore tombés, la victoire du parti islamiste Ennahda se précise. Et son leader Rached Ghannouchi est bien davantage tourné vers la Turquie que vers la France...

Influence

Publié le
La Tunisie a-t-elle échangé la France contre la Turquie ?

Le parti Ennahda, dirigé par Rached Ghannouchi, sort vainqueur du scrutin tunisien.

C’est pratiquement sûr. Ce n’est plus simplement d’une grande victoire dont on parle aujourd’hui en Tunisie au vu du score réalisé par le parti islamiste Ennahda, dans les premières élections libres dans le pays, mais quasiment d’un véritable triomphe. Même si Abdelhamid Jelassi, porte-parole d’Ennahda a le succès humble, les 45 % des voix que son parti aurait engrangées en font la première force politique du pays.

Ils sont en effet loin ces temps où les militants islamistes se terraient un peu partout quand ils ne croupissaient pas dans les geôles de Ben Ali ou quittaient la Tunisie vers des rivages plus cléments.

Ils sont tout aussi loin ces élections législatives d’avril 1989 où les listes du Mouvement de la Tendance Islamiste (MTI) fraîchement baptisé parti Ennahda se voyait voler une éclatante victoire électorale en n’obtenant finalement que 13 % alors qu’il en avait remporté 30 %.

Depuis, les principaux dirigeants d’Ennahda pourchassés par l’implacable police politique de Ben Ali ont préféré aller « prêcher » la bonne parole ailleurs. Dans sa fuite, le leader d’Ennahda, Rached Ghannouchi, tente de rejoindre alors la France. Celle-ci ne veut pas indisposer le président tunisien qui jouissait de solides amitiés au sein de l’establishment français. La France qui craignait la montée de l’islamisme radicale au Maghreb tourne le dos à Ghannouchi qui se rabat sur l’Angleterre.

A Londres, le patron d’Ennahda noue des relations avec les islamistes de tous bords qui font de la capitale britannique leur fief. Il se lie d’amitié avec le soudanais Hassan Tourabi. Il effectue également plusieurs séjours dans les pays du golfe et notamment au Qatar. Malgré les accusations des autorités tunisiennes de l’époque, on ne lui connait pas de liens avec les salafistes violents ou avec les Djihadistes. Londres refuse à maintes reprises de l’extrader vers la Tunisie ou de réduire ses activités.

En France, les leaders d’Ennahda sont malmenés par les sbires du régime tunisien. Les services de sécurités tunisiennes, saisies par les militants islamistes, préfèrent regarder ailleurs. C’est le grand désamour entre Ennahda et la France. Cette coupure va aller crescendo avec l’arrivée de la droite au pouvoir. Sous la présidence de Jacques Chirac, la France quand elle ne ferme pas les yeux sur les dérives du régime de Ben Ali, l’encense publiquement. Cela s’aggrave encore plus sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Alors que le modèle tunisien tant vanté par les élites politiques françaises se craquelle de toutes parts, les ministres et les responsables politiques de l’hexagone multiplient les déclarations élogieuses et les visites « privées » et officielles dans le pays du jasmin. Quand la crise de décembre 2010, qui fut fatale au président Ben Ali, éclate, les dirigeants d’Ennahda réapparaissent sur les plateaux des télévisions arabophones. En France, la « myopie » est toujours de mise. Elle durera jusqu’à la fuite du dictateur et le retour triomphal de Rached Ghannouchi et des autres leaders islamistes.

C’est donc à partir de janvier 2011, qu’en France on redécouvre Ennahda. Aucun lien n’existe réellement entre les dirigeants de ce parti et les officiels français. Rached Ghannouchi et ses ouailles regardent vers la Turquie. Le chef des islamistes tunisiens rappelle à chacune de ses sorties que la Turquie est aujourd’hui l’exemple à suivre, d’autant plus qu’il se délecte à rappeler que les islamistes turcs se sont dans les années 1990 inspirés des idées défendues par Ennahda. Cela dit, la victoire des islamistes ne sonne pas à elle seule le glas de l’influence de la France en Tunisie. La deuxième place du Congrès pour la république (CPR)-crédité de 15 % des suffrages- dont le leader Moncef Marzouki n’a pas pu être élu à Nabeul est un mauvais signe à l’adresse de la France. C’est effectivement le très charismatique Mohamed Abdou, dirigeant au CPR, dont le discours nationaliste et teinté d’un panarabisme très hostile à l’ancienne puissance colonisatrice qui a forgé cette deuxième place du CPR. Mohamed Abdou a lui aussi à maintes reprises affirmé sa fascination pour le modèle turc.

D’un autre côté, le Parti démocrate progressiste (PDP) de Nejib Chebbi et de Maya Jribi, adepte d’une laïcité à la française a essuyé une cuisante défaite. Monté en épingle par la pesse française, la popularité présumée de ce parti a été balayée par les résultats provisoires du vote pour l’assemblée constituante. Un autre signal que la France est en perte de vitesse dans un pays où elle a été jusque-là sans concurrence.            

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Demystificateur - 25/10/2011 - 09:57 - Signaler un abus Pour être objectifs n'oublions rien !!

    ''Cela s’aggrave encore plus sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Alors que le modèle tunisien tant vanté par les élites politiques françaises se craquelle de toutes parts, les ministres et les responsables politiques de l’hexagone multiplient les déclarations élogieuses " Il ne faut pas oublier non plus le satisfecit délivré en 2010 par DSK DG du FMI à Ben Ali pour sa bonne gestion du pays !

  • Par Demystificateur - 25/10/2011 - 10:09 - Signaler un abus Le tourisme est la principale industrie de la Tunisie...

    Ce tourisme emploie presque deux millions de personnes.. ! Et ces touristes sont en majorité des Français et des Italiens sans parler des industriels Français de l’hôtellerie et des industries manufacturières (textiles, agroalimentaire et électro-mécaniques) qui ont investi là bas ... Seront ils remplacés par les Turques !!!

  • Par Demystificateur - 25/10/2011 - 10:13 - Signaler un abus Pour qui ont voté les Tunisiens de France ?

    C'est simple.... en majorité...pour les islamistes !!

  • Par kasimir - 25/10/2011 - 11:26 - Signaler un abus Comparons ce qui est comparable

    La Tunisie n'est pas la Turquie, le travail de laicité accomplie par Kemal Attaturk au 20eme siècle n'a pas été fait en Tunisie, la Turquie a une tradition laique certe récente mais ancrée dans les moeurs du pays, la Tunisie doit faire ce travail, alors rendez vous dans 25m ou 50 ans ..

  • Par xenophon - 25/10/2011 - 12:07 - Signaler un abus C' est possible

    Croire à des élections démocratiques en Tunisie, c' était accepter une résurgence islamique. Seuls nos germanopratins pouvaient, soit par myopie, soit par forfanterie, affirmer le contraire. Un islamisme "moderne" ( transitoire?) gouverne en Turquie. Il est donc probable que la tentation turque existe en Tunisie, ex dominion turc ( le beylicat historique).

  • Par xenophon - 25/10/2011 - 13:21 - Signaler un abus J' ajouterais volontiers que

    J' ajouterais volontiers que la diminution de l' influence française ne devrait pas déplaire aux Anglo-Saxons. Seule la manne touristique pourrait agir en contre-poids.

  • Par chnipe - 25/10/2011 - 15:43 - Signaler un abus Cela n'empêchera pas...

    ... les tunisiens d'essayer d'immigrer en France plutôt qu'en Turquie. Cherchez l'erreur ? C'est amusant le nombre d'articles parlant de désamour entre le Maghreb et la France malgré les chiffres de demandes de visa. Cherchent-ils à nous convaincre que les Maghrébins sont masochistes, idiots ou tout simplement vénaux ? Cherchez l'erreur ?

  • Par Aie - 25/10/2011 - 16:19 - Signaler un abus Pour profiter des français

    les tunisiens voudront tranverser les frontières. . La France est trop généreuse avec les immigrés et les illégaux immigrés.

  • Par Aie - 25/10/2011 - 16:22 - Signaler un abus Vouloir pour justice la charia

    est une démocratie moderne ratée.

  • Par Lézard florissant - 25/10/2011 - 17:48 - Signaler un abus Immigrés en Turquie ?

    J'aime bien la Turquie, on y est plus libre qu'au Maghreb, ils sont modernes, travailleurs, ils parlent le français (oui!), vous n'êtes jamais importuné par les mendiants. Les prix sont affichés, les infrastructures fonctionnent. Cependant, je pense que le Maghreb continuera à exporter sa misère chez nous plutôt qu'en Turquie. Ou chez leurs frères saoudiens si riches.

  • Par PASCONTENT - 25/10/2011 - 17:52 - Signaler un abus Rigolos qui croient

    ou font mine de croire que ce parti va se tourner vers la Turquie .au départ pour rassurer oui ,ensuite vers l'iran comme déjà la Libye.

  • Par cappucino - 25/10/2011 - 18:20 - Signaler un abus Non merci.

    Il ne faut pas exagérer, la France avait hébergé Khomeyni, elle ne va pas héberger tous les totalitaires musulmans. Pour avoir des fous furieux qui construisent des mosquées partout au frais du contribuables no merci "Rached Ghannouchi, tente de rejoindre alors la France. Celle-ci ne veut pas indisposer le président tunisien qui jouissait de solides amitiés au sein de l’establishment français.

  • Par sheldon - 25/10/2011 - 18:36 - Signaler un abus Si ça pouvait être vrai ? mais la déferlante sera pour le France

    De coeur ils aiment mieux ce pays qui se veut moderne et musulman "modéré". Mais les largesses pour les émigrés étant du côté de la France, la déferlante sera vers la France. C'est à prévoir comme dépenses supplémentaires.

  • Par Gaëtan Tremoine - 25/10/2011 - 18:43 - Signaler un abus Après la Révolution, la

    Après la Révolution, la Restauration ? C'est un peu l'ordre des choses...

  • Par Aie - 25/10/2011 - 19:09 - Signaler un abus non merci

    pas d'islam et sa charia en France

  • Par Rosine - 25/10/2011 - 23:21 - Signaler un abus et le droit canon

    et pourquoi pas réintroduire en France le droit canon, avec l'Inquisition, la condamnation des usuriers (banquiers) et des adultères, et couper la main aux voleurs et brûler les sorcières...comme ça la "loi chrétienne" sera sur le même plan que la "loi islamique", dans un bel esprit d'égalité, de parité et de diversité" respectueuse...et nous revenons au néolithique?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Karim Douichi

Karim Douichi est journaliste et analyste politique marocain sur le site maghreb-intelligence

Voir la bio en entier

En savoir plus
Je m'abonne
à partir de 4,90€