Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 21 Septembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Trump invité au 14 juillet : coup de com ou conversion d’Emmanuel Macron à la realpolitik?

Entre notre Président et celui des Etats-Unis, les relations sont plus complexes que ce qu'on en fait généralement dans les journaux. Si Emmanuel Macron a pu vouloir donner l'impression d'être indépendant face à Trump, il semble qu'il ait désormais besoin de lui.

Défilé

Publié le
Trump invité au 14 juillet : coup de com ou conversion d’Emmanuel Macron à la realpolitik?

Il y a quelques jours Emmanuel Macron défiait, à deux reprises, le président américain: par une poignée de main musclée puis en invitant les chercheurs américains travaillant sur le réchauffement climatique à venir s'installer en France. Et puis voici qu'aujourd'hui la France s'aligne sur les Etats-Unis qui disent anticiper sur une nouvelle attaque chimique en Syrie. Au passage, le président français fait savoir qu'il a réitéré une invitation déjà adressée à Donald Trump à venir assister au défilé du 14 juillet, pour le centième anniversaire de l'intervention des Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale.

Que se passe-t-il? Y a-t-il, sinon une cohérence, du moins une possibilité de rendre compte de cet enchaînement de positions qui apparaissent à première vue contradictoires à quelques semaines d'écart? Contrairement à ce que croit la postérité, rares sont les hommes politiques qui anticipent, encore plus rares ceux qui maîtrisent les événements - ou du moins réussissent à préserver la ligne qu'ils se sont fixée. Personne ne mettra en cause l'intelligence ni l'énergie du nouveau président français; mais la meilleure façon de "le suivre", c'est d'observer une succession d'événements.

Le président français rentre d'un sommet européen où il est loin d'avoir obtenu ce qu'il voulait. Ou plutôt, il s'est vu renvoyer, par ses collègues européens, la monnaie de sa pièce (franco-allemande). Macron veut-il un budget européen et un gouvernement de la zone euro? Le président de la Bundesbank fait savoir qu'il n'y a aucun cadeau à attendre pour le nouveau chef de l'Etat français: traduisez, "que la France remette son budget à l'équilibre et l'on verra après". Peut-être le président français s'est-il réjoui de savoir que le patronat allemand, lui, souhaite sa réussite - mais il n'a pas entraîné le Conseil européen vers une ligne de protection commerciale vis-à-vis de la Chine, ce qui aurait déplu au même patronat allemand. Quant à Angela Merkel, elle s'est réjoui de pouvoir dire que toutes les positions énoncées lors du sommet par l'Allemagne et la France avaient été concertées - traduisez: "aucune initiative française!".

La dure loi des relations franco-allemandes dans l'Europe de la monnaie unique s'impose au nouveau président français comme à ,ses prédécesseurs. Mitterrand, le premier, avait oublié la maxime du Cardinal de Richelieu: "Les rois doivent bien prendre garde aux traités qu'ils font; mais une fois signés, ils les doivent observer avec religion", c'est-à-dire respecter la parole donnée. Mitterrand avait très mal négocié Maastricht et ses successeurs ont eu les mains liées. Jacques Chirac pensait pouvoir s'asseoir sur les principes du pacte monétaire européen; Hollande voulait défier "la finance". Mais, pour parodier une célèbre formule angaise sur "le football, sport qui se joue à 22 et où à la fin c'est l'Allemagne qui gagne", "l'Europe, c'est une entité qui se construit à 26 mais où à la fin c'est toujours l'Allemagne qui impose les règles". Macron et tout son volontarisme font l'expérience vécue naguère par Nicolas Sarkozy.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Marie-E - 28/06/2017 - 09:12 - Signaler un abus L'UE

    L' a rabroué sur chaque point quelque soit le domaine. S' il veut briller à l' international, il a Poutine et Trump et il a besoin d'eux en Syrie pour se sortir du guêpier provoqué par les paroles de Hollande et Fabius et le renoncement d'Obama. Il est pragmatique, il se rapprochera de Trump,isolera moins la Russie et s'eloignera de l' Iran...et là il fera de la real politique.

  • Par Marie-E - 28/06/2017 - 09:27 - Signaler un abus L'UE

    L' a rabroué sur chaque point quelque soit le domaine. S' il veut briller à l' international, il a Poutine et Trump et il a besoin d'eux en Syrie pour se sortir du guêpier provoqué par les paroles de Hollande et Fabius et le renoncement d'Obama. Il est pragmatique, il se rapprochera de Trump,isolera moins la Russie et s'eloignera de l' Iran...et là il fera de la real politique.

  • Par clint - 28/06/2017 - 13:41 - Signaler un abus Il n'y a de 1ère place que pour un seul pays dans l' UE !

    Et c'est l'Allemagne qui l'occupe depuis des années ! Tout sera fait pour que par sa puissance, en tant que chef de l' Europe, elle "vassalise" la France si Macron continue à se "hollandiser" ! Avec le Brexit la GB n'a plus le même poids. Une "alliance constructive" avec les US de Trump serait une bonne solution !

  • Par C3H5.NO3.3 - 28/06/2017 - 14:10 - Signaler un abus politique réaliste

    « A quand une vraie realpolitik permettant l'établissement d'une marge de manoeuvre » Quand le budget de la France sera excédentaire.

  • Par Liberte5 - 28/06/2017 - 14:24 - Signaler un abus Quelque soit le Président Français, les marges de manoeuvres ...

    sont quasi nulles. Avec un chômage à 10%, des millions de pauvres, un déficit chronique depuis plus de quarante ans, une dette qui augmente chaque année, des mauvais classements internationaux dans l'enseignement, l'innovation, les universités, la criminalité, l’insécurité etc;, etc; vous n'avez aucune chance s'être considéré. Vous êtes à la remorque des grands. Si D. Trump vient, c'est vers lui que le succès ira. Et cela me réjouit.

  • Par vangog - 29/06/2017 - 10:09 - Signaler un abus Donald va lui demander de le suivre dans sa croisade

    anti-Qataris, anti-Iran et, par voie de conséquence, anti-Turque...il faut s'attendre à une recrudescence des attentats commandités par ces pays pendant l'été. Le petit Manipulateur Macron devra choisir entre sa position de vice-chancelier d'Allemagne, et l'alliance avec le grand-frère US. C'est là qu'on verra s'il a les cojones de choisir...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€