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Toutes les questions que le suicide assisté ne réglerait pas davantage que l'euthanasie

Après cinq mois de réflexion et une dizaine de "débats citoyens", le professeur Didier Sicard a rendu mardi à François Hollande un rapport sur la fin de vie.

Ethique

Publié le - Mis à jour le 16 Décembre 2013
Toutes les questions que le suicide assisté ne réglerait pas davantage que l'euthanasie

Le rapport Sicard considère que "l'assistance au suicide peut être envisagée dans certains cas".

Atlantico : Le comité dirigé par le professeur Didier Sicard, qui a rendu mardi son rapport sur l'assistance à la fin de vie à François Hollande, dit "non" à l'euthanasie, "peut-être" au suicide assisté, et conforte la possibilité du laisser-mourir, "l'euthanasie passive". Faut-il préférer le suicide assisté à l’euthanasie ?

Vincent Morel : Les deux ne sont pas du tout dans le même champ. Dans le cadre de sa mission, le professeur Sicard n’est d’ailleurs ni favorable à l’euthanasie ni au suicide assisté. Il ouvre seulement le débat sur le suicide assisté.

La question du suicide assisté interroge sur la liberté d’une personne à demander à mourir.

La plupart des patients demandent à mourir parce qu’ils souffrent, parce qu’ils ont un symptôme et qu’ils nécessitent des soins. Lorsqu’on les prend correctement en charge, la souffrance s’atténuant, la douleur diminuant, la demande d’euthanasie disparait et s’atténue également. Il reste néanmoins un certain nombre de personnes qui expriment la volonté d’anticiper la mort, alors même qu’ils n’ont peut-être pas de symptômes. Ces patients expriment une liberté, une volonté d’autonomie. Ils demandent à la société d’organiser cet acte de suicide assisté.

Eric Deschavanne : C'est Charybde et Scylla ! Avec l'euthanasie active stricto sensu, on attribue au pouvoir médical un pouvoir de vie ou de mort sur les malades. La justification est de rendre la fin de vie des malades incurables plus douce parce que plus rapide. Cela implique toutefois, si l'on veut éviter les pires dérives, de confier à une instance collégiale la responsabilité d'évaluer le sens et la valeur de la vie humaine. Pour tout l'or du monde je ne voudrais avoir à exercer une telle responsabilité ! Quels critères objectifs et indiscutables invoquer pour légitimer le partage entre les vies dignes d'être prolongées et celles qui ne le sont pas ? La souffrance ? Comment s'évalue le degré de souffrance légitimant l'homicide ? Le caractère incurable de la maladie ? On peut objecter que plus le temps qui reste à vivre est court, plus il est précieux. Je n'ignore pas qu'il existe des situations sans espoir où l'exigence de soulager une douleur extrême peut conduire le médecin à précipiter la mort. Comme la plupart des adversaires de l'euthanasie active, je considère néanmoins que ces pratiques doivent être tolérées tout en conservant leur caractère transgressif. La légitime défense, aussi, peut être justifiée : ce n'est pas une raison pour inscrire dans la loi le principe suivant lequel quiconque se sent menacé par son voisin a le droit de le tuer !

Le suicide assisté, stricto sensu, se fonde sur le principe de la liberté individuelle : on oppose au pouvoir médical, et à l'éthique médicale, le droit du malade à disposer de lui-même. L'assistance au suicide est destinée à offrir à celui qui veut mourir mais qui est dans l'incapacité de réaliser par lui-même son projet les moyens d'arriver à ses fins (si je puis dire). Le pouvoir médical serait ainsi soulagé de la responsabilité d'avoir à juger si la vie d'autrui vaut la peine d'être prolongée; chacun déciderait pour lui-même. On mesure aisément la force de séduction d'une telle argumentation, qui promet à chacun la maîtrise des conditions de sa fin de vie. Le problème, si l'on est cohérent, est que l'on sort du cadre de l'euthanasie (passive ou active), c'est-à-dire des pratiques destinées à rendre la mort plus douce (la fin de vie des malades incurables moins douloureuse). S'il faut, en effet, poser le respect de la liberté individuelle en dogme intangible, pourquoi ne pas offrir sa dose de poison à quiconque en fait la demande expresse - quelles que soient les raisons invoquées ? Pourquoi ne pas offrir l'assistance au suicide à l'adolescente déprimée par un chagrin d'amour ? Au regard de l'argument de la liberté, toute condition restrictive devrait être considérée comme une discrimination ! Bien entendu les partisans de l'euthanasie par suicide assisté plaident pour des conditions très restrictives, examinées par une instance collégiale, etc..... où l'on retrouve Charybde !

Le suicide assisté résout-il vraiment tous les problèmes de cas de conscience ?

Vincent Morel : Il va falloir complètement explorer la notion de suicide assisté. Ce n’est pas une question qui appelle à une réponse de la médecine mais à la réponse de la société. Dans le suicide assisté, c’est le malade lui-même qui prend la potion. Le médecin peut être appelé au moment du diagnostic pour s’assurer, et c’est la moindre des choses, que le patient n’est pas dans un état dépressif. Après, la médecine se mettrait en retrait, d’après les premières réflexions du professeur Sicard. Cela serait la société qui organiserait par la suite le suicide assisté de la personne qui le souhaite.

 
Commentaires

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  • Par oneshot - 19/12/2012 - 10:03 - Signaler un abus my way

    Arriérés de droite !!!

  • Par Iletvilain - 20/12/2012 - 11:15 - Signaler un abus La maladie nosocomiale comme solution ?

    Ce que l'on pourrait appeler l'euthanasie involontaire... "Euthanasie et maladies nosocomiales" http://www.grincant.com/2012/12/20/euthanasie-et-maladies-nosocomiales/

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Eric Deschavanne et Vincent Morel

Eric Deschavanne est professeur de philosophie. Il anime depuis quinze ans à la Sorbonne, avec Pierre-Henri Tavoillot, le Collège de philosophie.

Vincent Morel est président de la SFAP (Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs).

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