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Tous sur les réseaux sociaux et tous à cran politiquement : le graphique qui inquiète

Un graphique montre que depuis la naissance des réseaux sociaux, l'électorat démocrate américain tend à être de plus en plus libéral alors qu'au contraire les républicains deviendraient de plus en plus conservateurs.

Polarisation politique

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Tous sur les réseaux sociaux et tous à cran politiquement : le graphique qui inquiète

Atlantico : Un graphique du Pew Research Centre montre la polarisation des idées politiques depuis 2004 jusqu'à aujourd'hui, soit depuis la naissance et le développement des réseaux sociaux. Dans ce dernier on constate que l'électorat démocrate américain tend à être de plus en plus libéral alors qu'au contraire les républicains deviendraient de plus en plus conservateurs.  Est-ce que cette polarisation des idées est transposable en France ? Comment l'expliquer et est-ce que les réseaux sociaux sont les seuls responsables ?

 

Le graphique montre la distribution de la population en fonction de leur sympathie politique par parti, aux Etats-Unis (Parti démocrate en bleu et Parti républicain en rouge). 

Dominique Wolton : On ne peut pas dire que les réseaux sociaux soient les uniques responsables. La mondialisation plus la fin de la guerre froide effacent tous les critères classiques de positionnement politique. Il y a une perte des valeurs, on pensait à une mondialisation de la démocratie, mais on se retrouve avec une mondialisation du capitalisme, ce qui n'a rien à voir. Il y a une perte de repères qui favorise, notamment à l'occasion de la crise de 2008, des positionnements qui n'étaient pas autrefois simples à assumer. Cela explique une montée de l'extrême droite. D'autant plus que la social-démocratie a du mal à retrouver un horizon.

La mondialisation de l'information aboutie à un effet pervers et imprévu. On pensait que plus il y aurait d'information, plus il y aurait d'informations sur le monde. Mais c'est l'inverse qui s'est produit. La concurrence, la multiplication des chaînes de télévision, des radios et des journaux a abouti à une simplification de l'information mondiale. Avec par conséquent, une angoisse qui monte. 24h d'informations c'est 24h d'angoisse.  Si l'on résume : angoisse + déstabilisation + absence de repères, il est normal que ce cocktail créé un sentiment d'insécurité donc de repli sur des valeurs plus traditionnelles.

La modernité triomphante qui se réduit clairement par le simple fait de consommer à grande échelle a détruit les identités. Contrairement à ce que disent tous les démocrates, il faut défendre les identités au lieu d'y voir systématiquement le populisme. C'est parce qu'on n'a pas su défendre les identités que le populisme remonte.

Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène mais ne le créent pas. Corrélation n'est pas causalité.  Ils l'accentuent car l'expression généralisée se fait dans un cadre communautaire. Il n'y a pas que les algorithmes qui enferment les internautes dans des bulles composées de gens qui ne pensent que comme eux. C'est la logique même de l'expression qui fait que s'agrègent les gens qui pensent de la même manière.

C'est là où intervient la perversion de la démocratie. L'expression généralisée ne fait pas plus de démocratie.

Dans cette polarisation des idées politiques, quelle est la responsabilité des algorithmes utilisés par les réseaux sociaux pour "maximiser l'engagement" ?

Nicolas Vanderbiest : On avance souvent la question des algorithmes pour expliquer les phénomènes de bulles informationnelles dans lesquels nous nous situons. Or, si l’on prend un réseau social qui n’avait jusqu’à présent que très peu d’influence par algorithme, Twitter, nous observons exactement le même phénomène : nous ne suivons que ce que nous aimons. Mais ce constat était déjà le cas auparavant avec des journaux d’opinion. On ne voit pas la même information dans Le Figaro et dans Libération. Il y a un « cadrage informationnel » qui fait que l’on discute des mêmes faits, mais pas avec la même paire de lunettes. Pour moi, le problème tend plus à la surabondance de contenu sur le marché que de l’agencement des contenus. Comme il est devenu impossible de tout suivre et que vous avez un choix de contenus tellement large, vous faites des choix informationnels qui petit à petit vous isolent dans votre propre bulle.

 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 12/11/2017 - 19:30 - Signaler un abus Etrange

    car je ne vois pas très bien en quoi cette situation diffère radicalement de la précédente. On suit parfaitement l'article quand il soutient que la bipolarisation apparente sur les schémas donne sans doute une idée déformée mais..en quoi la majorité silencieuse avait-elle plus la parole quand les merdias de tous bords avaient le monopole de l'info. Donc, à mon sens, la seule question qui vaille n'est pas de savoir si chaque camp se "radicalise" mais quelle est l'importance relative de chaque camp et son évolution. L'ImMonde avait publié des photographies de la fréquentations des sites web qui étaient intéressantes et montraient, notamment, à l'époque un gonflement des sites proches des idées du FN. Depuis je ne sais pas car je ne supporte plus ce torche-cul!

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