Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 23 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

SOS École : ces sciences de l'éducation qu'ignore superbement la France en se noyant dans un pédagogisme stérile

Coupée de la recherche scientifique internationale en matière de sciences éducatives, la France est à la traîne. Ceci se ressent d'ailleurs à travers ses mauvais résultats dans les différents classements évaluant ses performances éducatives. La conséquence notamment à une insuffisance de la formation des enseignants qui n'ont pas accès à toute cette littérature publiée en anglais.

Conseils de discipline

Publié le - Mis à jour le 13 Mai 2016
SOS École : ces sciences de l'éducation qu'ignore superbement la France en se noyant dans un pédagogisme stérile

Atlantico : Lors d'une conférence organisée par l’université Paris Descartes, vous avez affirmé que la France avait un profond retard en matière d'éducation fondée sur des preuves. Qu'entendez-vous par cette expression "fondée sur des preuves" ?

Franck Ramus : C’est une traduction de l’anglais "evidence-based education", démarche inspirée de la médecine fondée sur des preuves, "evidence-based medicine". Une traduction plus juste et moins pompeuse serait "fondée sur des données factuelles". En médecine, cette démarche s’est développée depuis le XIXème siècle et est maintenant généralisée (en particulier dans l’évaluation des médicaments). Sans elle, les médecins n’avaient aucune évaluation objective de l’efficacité de leurs pratiques, et beaucoup persistaient dans des pratiques inefficaces, voire dangereuses (comme la saignée). Seules des méthodologies rigoureuses (comme l’essai clinique randomisé contrôlé) ont permis de faire le tri entre les pratiques efficaces, qui améliorent objectivement la santé des patients, et les pratiques inefficaces ou équivalentes au placebo.

(Pour approfondir sur le sujet : cliquez ici)

Mais cette méthode n’est en fait pas propre à la médecine : c’est juste la démarche scientifique appliquée à l’évaluation des pratiques. L’efficacité d’une pratique (médicale, éducative ou autre) est considérée comme une hypothèse, et cette hypothèse est testée en la confrontant à des données issues de l’observation ou de l’expérimentation, rigoureusement collectées et analysées. On peut ainsi conduire de véritables évaluations de l’efficacité de pratiques pédagogiques, et plus généralement, s’efforcer de faire de la recherche en éducation d’une manière totalement scientifique, en confrontant systématiquement les hypothèses et théories à des données factuelles.

Pourquoi ce retard est-il problématique ?

En France, la formation des enseignants est non seulement très insuffisante, mais ses contenus sont en plus très discutables. Les pratiques pédagogiques sont inspirées avant tout par de beaux discours, des philosophies très générales, et des arguments d’autorité (Vygotsky a dit…). Les données factuelles sur "ce qui marche" sont totalement ignorées. Leur existence et leur pertinence elles-mêmes sont ignorées ou dénigrées.

Du coup, les enseignants naviguent à vue. Certains ont du talent et réinventent par eux-mêmes la roue, convergeant rapidement vers des pratiques efficaces. D’autres pas. Certains, soucieux d’améliorer leurs pratiques, se transforment en chercheurs amateurs, tâtonnent pendant des années jusqu’à trouver des pratiques qui leur semblent efficaces. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas chercheurs et qu’ils n’ont pas les moyens d’employer une méthodologie rigoureuse leur permettant d’aller au-delà de leurs impressions subjectives et de tirer des conclusions valides. Ce n’est de toute façon pas à eux tous seuls de faire un tel travail.

Les victimes de tout cela, ce sont bien sûr les élèves. Les évaluations nationales et les comparaisons internationales sont là pour nous rappeler les piètres résultats de notre système scolaire, et le fait qu’il est possible de faire bien mieux. 

 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Aldel - 09/05/2016 - 11:03 - Signaler un abus Excellent: une démarche critique (a la Descartes) et constructiv

    J'aime dans cet article la justesse du diagnostique, sans être inutilement accusateur (à quoi cela servirait-il?), et les propositions concrètes pour améliorer les choses, sans prétendre faire un miracle instantané, en disant qu'il faut le temps, mais en traçant la voie de l'espoir. Bravo et merci. J'ajoute que j'espère que vous serez entendu.

  • Par Deudeuche - 09/05/2016 - 19:31 - Signaler un abus Well où est le problème si ce n'est que l'élite française

    est inapte culturellement à la langue anglaise, même après avoir étudié pendant un quart de siècle cette langue. Le problème est idéologique et géographique (cette putain de capitale culturellement assiégée qui s'appelle Paris).

  • Par vangog - 10/05/2016 - 00:09 - Signaler un abus La peur,et le dogme, peut-être?

    La peur que les méthodes pedagogistes gauchistes ne passent pas victorieusement le test de l'évaluation chère aux anglo-saxons? Et la peur que le dogme gauchiste n'y survive pas? Car ce dogme repose, en grande partie, sur une manipulation qui débute des la petite enfance, afin de produire des clones formatés uniformément, murs pour le paradis socialiste Orwellien. On comprendrait alors pourquoi la stratégie pedagogistes s'attache à développer une faible appétence pour les langues étrangères, susceptibles d'éclaircir leur caverne, exactement comme le sport et la pratique de la compétition ont été amoindries, afin d'écarter les enfants de toute culture de l'excellence. Cette stratégie est minutieusement pensée par des Trotskystes, et, contrairement à ce que laisse croire Ramus, il n'y a pas de hasard. Les petits Francais sont le produit d'un système de pensée autarcique et dogmatiquement archaique. Quand on pense que c'est nous, les patriotes, qu'on accuse de vouloir vivre en autarcie...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Franck Ramus

Franck Ramus est directeur de recherches au CNRS, au Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique, au département d'Etudes Cognitives, à l'Ecole normale supérieure à Paris.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€