Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 08 Décembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Concurrencer la SNCF ?
C’est possible (mais pas facile)

La France disposera-t-elle un jour d’un réseau de lignes régulières d’autocars intercités comme les autres pays civilisés ? Peut-être. Mais pas sûr.

Zone franche

Publié le

La nouvelle n’a pas fait l’effet d’une bombe, mais elle aurait pu. Il est désormais possible de relier par autocar plusieurs villes de France dans le cadre de services réguliers… « Hein ? Quoi ? Tu parles d’une info fracassante… » lâcheront les Britanniques ou les Espagnols, pour lesquels prendre un car pour Barcelone depuis Madrid ou de Londres pour Manchester est d’une affligeante banalité.

Mais c’est qu’il ne connaissent pas la France, où ces services n’existent tout simplement pas, l’État et les collectivités locales n’appréciant guère que la route vienne concurrencer leurs intérêts ferroviaires.

Oh, il y a bien, au niveau départemental, des réseaux reliant certaines agglomérations les unes aux autres dans le cadre de partenariats entre conseil généraux et transporteurs privés, mais un Lille-Paris ou un Marseille-Lyon, no way.

Première brèche ouverte dans le monopole « intercités » de la SNCF, les quelques liaisons proposées depuis quelques jours par Eurolines, l’opérateur transeuropéen géré par le groupe Véolia. Non pas que la France ait assoupli sa position sur la question, mais Bruxelles a rendu légal le « cabotage », c’est à dire le droit, pour un transporteur assurant une liaison internationale, de charger et de déposer des voyageurs « domestiques ». D’où la naissance d’un Rouen-Paris ou d’un Narbonne-Toulouse, deux des six nouvelles relations nationales inédites intégrées à un trajet saute-frontières mais organisées «  aux risques et périls du transporteur » ― c’est à dire sans subvention.

L'autocar, un mode de transport moderne ?

Contrairement à une idée répandue sous nos climats, le transport routier de voyageurs n’est pas au ferroviaire ce que l’homme de Cro-Magnon est à l'homo sapiens. Ailleurs dans le monde, on le percevrait plutôt comme un mode concurrent ― à la fois plus flexible et plus économique qu’un TGV ou un TER circulant aux trois-quarts vides sur des rails achetés au prix du métal jaune en pleine crise financière.

Témoin, les huit petits euros que demande Eurolines pour vous acheminer de la capitale de Normandie à celle de la Gaule. Huit euros ? Tss, on ne va même pas de la gare du Nord à Roissy en RER (9,10 €) pour ce prix-là…

Éric Ritter, le secrétaire-général de la FNTV, la fédération professionnelle des autocaristes, s’il se réjouit de ce pas en avant, a tout de même une surprenante tendance à ne pas se montrer trop enthousiaste. Et s’il serait ravi de voir ses ouailles quadriller le pays avec leurs véhicules modernes et confortables, les liens privé-public lui imposent la prudence :

« En France, comme l’Union européenne le permet, on a décidé que les transports intercités relevaient du domaine public et qu’il fallait une autorisation de l’État ou, au niveau régional, des collectivités locales, pour mettre en place une ligne régulière. Ce n’est pas le cas d’autres pays, mais c’est notre environnement réglementaire et il faut faire avec ».

Du coup, pour rester copains avec les élus locaux dont ils assurent les dessertes, les autocaristes rongent leur frein : « Il serait délicat de demander la mise en place de nouvelles liaisons qui déstabiliseraient celles qui existent déjà », explique-t-il. En d’autres termes, il serait délicat de concurrencer un TER financé par la région qui vous offre par ailleurs de desservir telle ou telle liaison départementale...

« Inertie plus que volonté de préserver un monopole »

Le professionnel est pourtant optimiste à long terme :

« Ce que l’on a longtemps appelé « coordination rail-route » [mais ce que le journaliste moins diplomate qualifie plutôt de protection d’un monopole et d’entrave à la concurrence] est en train de changer et s’il y a des blocages, c’est plus par inertie que par volonté politique même si l’on imagine mal qu’un gouvernement s’amuse à provoquer les syndicats de la SNCF à un an d’une élection. En tout cas, les gens comprennent que l’autocar peut devenir une alternative au train, y compris si les trajets sont plus longs car les publics n'ont pas tous les mêmes priorités ».

Les nouvelles liaisons Eurolines seront d’ailleurs un excellent laboratoire de la demande, même si les fauteuils risquent d’être rares : pour éviter qu’il ne s’abrite derrière une autorisation de cabotage fictive et chasse essentiellement  la clientèle domestique, le transporteur doit en en effet réserver la majorité de ses sièges aux voyageurs internationaux. En l'espèce, Véolia la joue d'ailleurs particulièrement profil bas, lançant ses liaisons dans la plus grande des discrétions et n'autorisant pas son service de presse à communiquer sur leurs enjeux.

Hum, Véolia n’a peut-être pas non plus très envie de mettre les cheminots en rogne en période de grands départs…

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Gilles - 27/07/2011 - 09:28 - Signaler un abus Rêves

    Comme toujours la France a des décennies de retard. Elle n'est plus depuis longtemps une grande puissance. Mais à Paris on se prend encore à rêver sous les lambris dorés des ministères dignes de l'Ancien Régime

  • Par Le Haricot - 27/07/2011 - 11:24 - Signaler un abus Entre Lille et Paris

    Covabus a contourné le problème en se disant compagnie de co-voiturage et permet (à petite échelle) de faire le trajet pour 15 €. Il est temps d'avoir une alternative au TGV, d'autant plus que la branche Voyages de la SNCF, surfant sur son succès, a classé la quasi-totalité des TGV entre Lille et Paris en "période de pointe". Plus un voyage sur strapontin si vous n'avez pas réservé en avance...

  • Par Septentrionale - 27/07/2011 - 11:25 - Signaler un abus constat et espérance

    une gestion étatique d'un autre âge une fonction publique plethorique archaïque la France s'est construite sur des monopoles qui la plombent dans le passé Sarkozy a un travail a terminé

  • Par Apicius - 27/07/2011 - 14:37 - Signaler un abus La France pays "Ultra Libéral " de quoi rire n'est ce pas ...

    Cet article illustre l'imposture intellectuelle délibérément adoptée par la Gauche, et l'essentiel de médias, quand il s'agit d'évoquer le statut économique de la France en la qualifiant de pays ultra libéral. En fait on vit dans l'économie dirigée, un mélange d'étatisme, de socialisme et de monopoles capitalistes, sous la houlette d'une aristocratie incompétente et dévoyée.

  • Par Aie - 27/07/2011 - 17:09 - Signaler un abus Dire que qu'en Amérique

    On voudrait remplacer les bus par des trains et des tramways pour réduire la pollution....

  • Par NOVY12 - 27/07/2011 - 17:11 - Signaler un abus Concurrencer la SNCF c'est impossible !!!

    Les dépenses s'élèvent chaque année à plus de 20 milliards d'euros (dont 9 milliards pour les seuls salaires), alors que les recettes , de ce que payent les usagers, se montent à 10 milliards d'euros. Le rail couvre seulement la moitié de ses coûts. Il est donc financé par le contribuable ou par l'augmentation de la dette publique, ce qui revient au même à hauteur de plus de 10 milliards par an !

  • Par Ch_Ri - 27/07/2011 - 19:38 - Signaler un abus Plus globalement ...

    ... réaction induit une plus grande demande, de la part des individus et des groupes sociaux lato sensu, de protections qui rigidifie un peu plus la société, ce qui grignote le PIB ... Un feed-back positif chimiquement pur. La question est de savoir si nous pouvons sortir de cette boucle de rétroaction délétère sans passer par la case "troubles majeurs"? ... Et comment ? ...

  • Par Ch_Ri - 27/07/2011 - 19:39 - Signaler un abus Plus globalement ...

    ... caractéristiques importantes de la société française, sa rigidité structurelle. Il n'y a pas à proprement parlé de Responsable, c'est une propriété émergeante de ce collectif de citoyens que l'on nomme la France. Et il faut reconnaitre qu'il est peu probable que cela s'arrange dans un futur proche. Les pertes de PIB engendrées par cette situation entrainent un lent appauvrissement qui en …

  • Par Ch_Ri - 27/07/2011 - 19:39 - Signaler un abus Plus globalement ...

    Oui, non seulement la SNCF met des bâtons dans les roues de tous ses concurrents potentiels mais en plus c'est une passoire financière lourdement endettée : en M€ et pour 2010, 8 499 soit 27,90 % du CA (30 466 ; Src : SNCF). A la décharge de cette compagnie il faut noter que partout en Europe les réseaux ferrés sont dans le rouge écarlate. Non rentables. Cette situation met en exergue une des …

  • Par le Gône - 28/07/2011 - 01:20 - Signaler un abus @Apicius

    pas mieux...j'ajoute que la France est un pays Marxiste..(comme liberaux il y'a eu Reagan..Thatcher..c'est tout !!)

  • Par Hugues Serraf - 28/07/2011 - 10:27 - Signaler un abus @Aie

    La question n'est peut-être pas de remplacer ceci par cela : le métro n'est pas là pour remplacer le bus. La question est plutôt de pouvoir utiliser le mode de transport de son choix, en fonction de ses impératifs spécifiques et de de ses besoins du moment : parfois le train, parfois l'avion, parfois le bus, parfois la voiture et parfois son vélo (mon mode de transport préféré).

  • Par zelectron - 28/07/2011 - 12:56 - Signaler un abus La SNCF ne survit que grâce au chantage

    C'est une entreprise exemplaire de nomenclatura qui jette en pâture quelques "cheminots" les plus mal habillés possible (Zola) et qu'ils gardent soigneusement en dessous de la ligne de flottaison pour montrer à la presse compatissante l'état désespéré de ces employés modèles (une fois les photos prises, ils sont remis dans leurs cages ? )

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€