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Raqqa libérée : nouveaux problèmes en vue après la chute de l’Etat islamique

Le symbole qu'on tente de faire de la "chute" de Raqqa occulte la réalité du terrain. L'Etat islamique, s'il n'a plus de grandes villes-forteresses, reste bel et bien vivant.

Conflit à l'afghane

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Raqqa libérée : nouveaux problèmes en vue après la chute de l’Etat islamique

Depuis lundi, les communiqués de victoire font la une de toute la presse : Raqqa la "capitale" du "Califat islamique" est tombée après quatre mois de combats. La fin de Daech est proche.

Comme d’habitude, les choses sont beaucoup plus compliquées. Certes, l’ "Etat" islamique n’existe plus en tant qu’entité territoriale avec une organisation administrative de type stalinien.

De plus, Daech va avoir deux problèmes majeurs à affronter : les "impôts" ponctionnés sur les populations qu’il contrôlait ne vont plus rentrer ce qui va représenter un manque à gagner important.

Plus grave encore, son prestige à l’extérieur va être sérieusement écorné ce qui pourrait diminuer le nombre de volontaires voulant le rejoindre.

Cela dit, Daech s’était préparé depuis de nombreux mois à la perte des villes de son "Califat". Il l’avait même annoncé officiellement en prônant un « retour au désert » en référence à la fuite en 622 AC de Mahomet vers l’oasis de Yathrib (devenu Médine). C’est à partir de ce moment là qu’il a proclamé le djihad guerrier qui est la base idéologique du salafisme-djihadiste d’aujourd’hui. Telle une boule de mercure qui tombe sur le sol, Daech va exploser en une multitude de gouttelettes (cellules) qui vont se répandre un peu partout sur le théâtre syro-irakien et ailleurs. De plus, Al-Baghdadi peut toujours compter sur ses wilayas extérieures en Libye, au Sahel, au Nigeria, au Sinaï, au Yémen, en Extrême-Orient, dans le Caucase, etc. Et c’est sans compter les nombreux adeptes de l’idéologie salafiste-djihadiste de par le monde qui vont passer d’une posture conquérante à une attitude "victimaire" tout aussi redoutable. A savoir qu’ils vont tenter de venger l’affront causé par l’agression des "juifs", des "chrétiens" et des "apostats" contre l’islam "réel" (en fait, l’idée qu’ils s’en font). Techniquement parlant, le front syro-irakien va s’afghaniser. Le temps des batailles de type conventionnel est terminé. C’est un retour aux actions de guérilla, de harcèlements, d’attentats dans les grandes villes, etc. Déjà, des zones dites sécurisées en Syrie et en Irak sont ré-infiltrées par des groupes clandestins qui disent appartenir à Daech. Les fonds vont continuer à rentrer grâce aux nombreux trafics auquel les djihadistes se livrent déjà en liaison avec le crime organisé.

En ce qui concerne les combattants étrangers (les mouhajirouns) qui n’ont pas été neutralisés, ils vont passer dans d’autres régions encore tenues par Daech : celle de Deir ez-Zor dans l’Est de la Syrie qui jouxte la province irakienne d’Al-Anbar. Là, ils vont poursuivre la guerre. Certains parviendront peut-être à s’exfiltrer bien que Daech les oblige à rester sur place car il a toujours besoin de combattants et les renforts se font rares. Il leur est aussi difficile de fuir puisque le front syro-irakien est bouclé par les pays voisins. De nombreux fuyards se font d’ailleurs arrêter alors qu’ils tentent de passer en Turquie qui se fait un devoir de les renvoyer vers leurs pays d’origine.

 
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  • Par hermet - 19/10/2017 - 16:22 - Signaler un abus pas à pas

    petit à petit tous les ingrédients se mettent en place pour les futures bains de sang, Européen cette fois, dans 8 ans ?

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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