Zone franche
Le débat français : les autres, c'est l'enfer
La France est-elle la première des jungles ultranéolibérales ou la dernière des dystopies communistes ? Le débat fait rage.

« Prends ça dans ta face, bolcho-collectiviste ! » « Ah tu ne perds rien pour attendre, libéral-fasciste ! » Crédit Paul Hackett / Reuters
Bernard Accoyer qui suggère que l’arrivée de Hollande à l’Elysée, c’est la promesse d’une guerre ― ou du moins d’une situation aussi terrible que la guerre ― c’est effrayant de stupidité mais pas tellement plus, au final, que de passer son temps à expliquer que Sarkozy nous force à revisiter les « heures les plus sombres de notre histoire » depuis 2007…
Tout comme les gens qui s’inquiétaient de voir débarquer des chars soviétiques à Strasbourg en 81 n’ont rien à envier à ceux qui habillent Éric Besson en Marcel Déat pour l'hiver.
La culture politique française, c’est l’outrance et l’exagération permanente et ça n’aide pas beaucoup à faire avancer le schmilblick. Ça rend sans doute le débat plus vif et, d’une certaine manière, plus intéressant que dans les pays à consensus mou mais il y a tout de même des moments où faire un break ne serait pas du luxe.
Le plus étrange tout de même, c’est qu’ils sont souvent sincères, les paranos des deux rives. Un Serge Dassault vivant essentiellement de la commande publique est effectivement convaincu que la France est une dystopie communiste où une armée de fonctionnaires et d’allocataires du RMI s’épanouit aux crochets d’une minorité de « workaholics » enthousiastes mais bridés dans leurs élans créatifs.
Un Olivier Besancenot (si je dis Phillippe Poutou, personne ne saura de qui je parle alors je préfère citer le facteur par commodité anachronique) est, de son côté, absolument persuadé qu’en redistribuant près de 55% de son PIB ― aisément le taux le plus élevé du monde ― et en multipliant les systèmes de solidarité et de promotion sociale, ce pays reste la première des jungles ultranéolibérales de la planète.
Et ça ne vaut pas que pour les têtes d’affiches. Demandez donc à un lecteur de Libé s’il ne pense pas que les médias sont à la botte du MEDEF mais tombe des nues quand son cousin, abonné au Figaro, s’excite contre ces journalistes de gauche distillant leur venin collectiviste sur toutes les antennes…
Pas évident de tenter de prendre du champ et de jouer les électrons libres, dans un contexte pareil. Se prétendre hors-usinage (et certainement pas « centriste », puisque ça ne veut vraiment rien dire du tout), c’est même le meilleur moyen d’être renvoyé au camp d’en face par les uns comme par les autres. Mais ça reste tout de même plus rigolo. Et moins risqué pour sa mâchoire.
Hugues Serraf
Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.
Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).


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Comme quoi, il ne faut jamais désespérer :-)) Il Mériterait presque un AAA.
Pour faire tenir des pans entiers de l'économie protégée par la loi et l'Etat, on surexploite le reste de la population qui ne peut ou ne sait pas aussi bien se défendre ... Donc l'ultralibéralisme comme béquille du système étatisé ...
La France est la seule démocratie où un fonctionnaire peut faire une carrière politique sans démissionner de la fonction publique. Ils trustent donc une proportion massive des postes de responsabilité politique.
La parité H/F, on s'en fout, on veut la "parité" fonctionnaires/non fonctionnaires.
qui nationaliserait tout le pays et qui mettrait des commissaires politiques ayant droit de véto dans chaque conseil d'administration !!
et qui paradoxalement remonte le moral :o)
Juste une petite question : quand il parle de pays à "consensus mou", des exemples sont-ils disponibles ?
hein, lesquels ?!
Plus fort j'entends pas...!
Bof, j'entends juste rappeler que dénoncer la violence du débat reste un vœu pieux dans le contexte actuel, et je continue à le penser, navré. Les partis n'incarnent plus la vraie ligne de schisme du débat d'idées. A cet égard la violence qui s'y exprime n'est qu'un vague reflet de celle qui fait pression dans la société civile, c'est pourquoi je pense qu'elle n'est pas appelée à se résorber.
du cerveau. De nombreuses études existent à ce sujet et c'est seulement maintenant que la méthode syllabique refait surface.
C'est sans doute la plus grande oeuvre de destruction de la société française de la gauche.
C'est tout à fait juste, il aurait pu le rappeler et j'aurais rajouté le plus catastrophique : l'éducation. C'est en effet pour des raisons politiques (politique de gauche je précise) que la méthode de lecture globale a été imposée aux professeurs. Une méthode censée casser la domination du patron sur l'ouvrier. Une méthode dont les principes vont à l'encontre du fonctionnement même
Ceci étant, je pense comme vous que les opinions se sont radicalisées et je me pose des questions quant à la possible cohabitation entre ces deux "camps". C'est une opposition qui tourne à la haine.
Mais bien sûr qu'il faut la dénoncer !! Mais il ne faudrait rien dire ? Vous vous égarez ! Reconnaissez votre erreur, ce n'est pas si grave.
Et je ne pense pas qu'il s'agisse de choix cruciaux mais de positionnement idéologique. Le programme du PS n'est pas établi d'ailleurs. L'auteur a raison de leur demander de faire un break.
Il ne s'agit pas de l'UMP et du PS. Le débat s'est radicalisé parce qu'il cristallise des opinions radicalement opposées et qui recèlent des choix cruciaux. Je ne plaide pas pour la violence dans le débat. Je dis simplement qu'elle est un symptôme et que la dénoncer en tant que telle ne permet ni d'échapper aux coups, ni de la faire disparaître.
La démonstration de Serraf consistant à mettre en parallèle les outrances des plus abrutis des deux camps pour conclure "1 partout la balle au centre" ne tient pas. Elle occulte le déséquilibre historique qui perdure en France depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et l'OPA réussie par le "parti des fusillés" sur la culture, la morale, la philosophie, les médias et la haute fonction publique
"en suggérant que la meilleure attitude consiste à se désintéresser du débat sur la foi du présupposé que tout le monde a tort"... alors vous, vous n'avez rien compris... illustration parfaite du propos de l'article ! Bravo.
Mais vous n'avez rien rien compris ! Mais assez ASSEZ de ces commentaires où l'on fait dire à l'auteur ce qu'il n'a pas dit.
Il faut un break dans "l’outrance et l’exagération permanente". D'ailleurs il y a eu un échange Aubry Sarkozy à ce sujet et il semble bien que pour une fois, les deux soient d'accord. D'autant plus que ni l'UMP ni le PS n'ont intérêt à poursuivre sur ce ton.
Venir dénoncer "l'outrance" en suggérant que la meilleure attitude consiste à se désintéresser du débat sur la foi du présupposé que tout le monde a tort, c'est simplement ériger son irrésolution en philosophie de vie. L'asséner dans un édito derrière, là c'est franchement prendre les gens pour des cons et vous-même avec. Non, vous n'échapperez pas aux coups de cette manière, M. Serraf.
Dit par la presse bien pensante et neutre cela prend tout son sens!
Excellent article qui résume à lui seul la situation quasi inextricable dans laquelle nous vivons en France !
Cela étant dit, et bien dit, quelle est la solution, ou les solutions pour en sortir ?
Probablement aucune, c'est bien ce qui inquiète, la paranoïa est une maladie difficile à soigner.
Ou peut-être faudrait-il plus d'articles comme celui de Hugues Serraf pour "éveiller" les esprits ...?
Il serait grand temps de sortir de notre modèle d'économie mixte, héritée du CNR.
C'est pas gagné lorsque l'on sait, que la majorité des étudiants souhaitent être fonctionnaires.
Pauvre France
merci pour ce point de vue que sans doute beaucoup partagent mais que l'on entend que trop peu dans les médias.