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Pierre Péan : "Dans la guerre du Kosovo, il n'y a pas de bons, ni de méchants"

Adepte des pavés dans la marre, Pierre Péan en lance un nouveau avec son ouvrage Kosovo. Une guerre "juste" pour un État mafieux. Quatorze ans après, il lève le voile sur la vérité de cette guerre menée par l'OTAN au nom d'une morale qui a largement profité aux mafieux albanais.

Mains sales

Publié le - Mis à jour le 5 Juillet 2013
 

Atlantico : Votre nouveau livre, Kosovo. Une guerre "juste" pour un État mafieux, met en évidence le fait que les preuves ayant incité certains pays de l'UE, dont la France, à intervenir ont été fabriquées. Cette guerre du Kosovo ne constitue-t-elle pas un Irak avant l'heure ? 

Pierre Péan : Absolument. Plus généralement, ce qui m'a intéressé dans cette affaire, c'est le remodelage du monde depuis la chute du mur de Berlin. La guerre du Kosovo constitue l'aboutissement du démembrement de la Yougoslavie. Ce qui est fascinant est de voir les méthodes utilisées pour parvenir à écarter le Kosovo de la Serbie.
On a alors dit qu'un génocide était en préparation, une allégation qui a le même effet qu'une arme de destruction massive. Qui pourrait résister à de telles affirmations ? Personne au monde n'est favorable aux génocides ! On retrouve donc là le même type d'argumentation que celle utilisée au sujet de l'Irak. La comparaison ne s'arrête pas là, et remonte même jusqu'aux événements de la Seconde Guerre mondiale, avec des Serbes transformés en nazis grâce à une propagande très forte. On s'est ainsi retrouvé, sans ambiguïté, avec des bons et des méchants. La comparaison est telle que les forces de l'OTAN se sont même appelées "Forces alliées".
Pour en savoir plus, retrouvez le livre de Pierre Péan : Kosovo. Une guerre "juste" pour un Etat mafieux chez Fayard. 

Au sujet de la guerre du Kosovo, vous rappelez souvent la phrase lancée par Lionel Jospin pour qui cette guerre "n'est pas une guerre mais des frappes menées au nom du droit". En effet, la protection des droits de l'homme a largement été brandie comme motif d'intervention, comme il le fut également pour d'autres conflits post-Guerre froide. Quelle réalité se cache derrière cette notion ?

Le problème réside surtout dans les motifs qui ont ici été invoqués, c'est à dire la prévention d'un génocide. L'opération "Fer à cheval" est très clairement une opération montée de toutes pièces, lancée par Joschka Fischer. Il y avait alors d'autant plus d'impératifs à brandir des principes tels que la morale. A cela s'ajoute le fait qu'il s'agit d'une guerre menée en toute illégalité. C'est pour cela qu'on a voulu en faire une guerre juste. Cette phrase de Jospin est formidable, tout comme celles de Tony Blair et de Vaclav Havel. La morale ainsi brandie a permis de compenser le caractère illégal de leur entreprise. Désormais, les guerres sont faites au nom de la morale, de la défense des valeurs. Ceci explique la nécessité d'avoir une propagande très forte, à l'instar de celle ayant accompagné l'opération "Fer à cheval". Rappelons-nous également de la communication autour du massacre de Ratchak, qui a été le déclic de la conférence de Rambouillet, alors que l'on sait que ce massacre n'a rien à voir avec ce que l'on nous a raconté.
 

Le 22 juillet 2010, la CIJ (Cour Internationale de Justice) reconnaissait la conformité au droit international de la déclaration d'indépendance du Kosovo. On a souvent accusé la CIJ d'être une justice internationale au service de l'Occident. Le verdict aurait-il été différent si la justice internationale était conçue différemment ?

On voit très bien dans ce cas précis que le fonctionnement de la justice internationale pose problème. Je m’appuie d'ailleurs pour le dire sur une grande personnalité de cette justice internationale, Carla del Ponte. Elle raconte bien dans La traque que tant qu'elle œuvrait en faveur de la justice des vainqueurs dans le cadre des crimes commis au Rwanda et en ex-Yougoslavie, tout allait bien. Mais dès qu'elle s'est mise à enquêter sur les crimes commis par ce camp des vainqueurs, à l'exemple de ceux perpétrés par le clan Kagamé, elle s'est purement et simplement faite renvoyée du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda). Il s'est passé la même chose lorsqu'elle a voulu s'attaquer aux crimes commis par les Kosovars : on l'en a empêché. On voit donc bien là la limite de ces juridictions internationales, et plus largement du droit international. Ce système fait partie d'une mécanique qui, volontairement ou non, est à l’œuvre depuis la chute du mur de Berlin.
 

Quel intérêt pour les Occidentaux, et notamment la France, d'avoir été aussi permissifs à l'égard des chefs mafieux albanais ?

C'est une grande question qui est désormais plus simple à aborder, quatorze ans après. Le cas du trafic d'organes au Kosovo, qui est d'une certaine manière le fil rouge de mon nouveau livre, révèle bien que ceux qui étaient en mesure de savoir savaient, et qu'en dépit de cela, rien n'a été fait. Ceci s'explique de façon évidente: à partir du moment où l'on aurait reconnu tout ce que les services secrets ramenaient sur la table, il aurait été alors très difficile de justifier la guerre et d'aller jusqu'au bout de l'indépendance du Kosovo. Les politiques ont donc préféré faire comme s'ils ne voyaient rien afin d'éviter que tout leur système ne soit remis en cause.
 

Le fléau mafieux du Kosovo constitue-t-il la principale raison expliquant que près de la moitié des États de l'ONU, dont cinq pays membres de l'UE, ne reconnaissent toujours pas le Kosovo ?  

Il y a un certain nombre d’États inquiets de cette remise en cause des frontières. Beaucoup d’États ont des problèmes avec une province ou une région. L'indépendance du Kosovo met le doigt dans une mécanique qui sera difficile à maîtriser. On peut donc comprendre aisément la non-reconnaissance du Kosovo par la Russie et la Chine, au-delà du caractère mafieux de l'Etat albanais. C'est cette nouvelle définition de la légitimité qui fait que de nombreux États n'ont pas reconnu l'indépendance du Kosovo, celle de la légitimité démocratique par opposition à la légitimité historique.
 
 

En insistant sur le caractère mafieux de cet État kosovar ainsi que sur les atrocités commises par l'UCK, ne contribuez-vous pas, d'une certaine manière, à réhabiliter le grand méchant Serbe ?  

Oui, mais de façon mécanique. Il n'y a rien d'intentionnel dans cette entreprise. Tout le monde y a été de son couplet sur les Serbes nazis. Ce que je dis dans le fond, c'est qu'il n'y a pas de bons, ni de méchants, comme dans toutes les guerres. Par conséquent, mon propos allège la responsabilité des Serbes, même si, je le répète, cela n'a rien d'intentionnel. Je pense que les Serbes seront quelque peu contents que l'on puisse les présenter sous une forme dénazifiée.

 
Commentaires

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  • Par duval - 01/06/2013 - 10:17 - Signaler un abus souvenir souvenir2

    J'ai soutenu à fond la guerre du Kosovo. Ce qui m'a permis d'en suivre le déroulement comme un supporter d'équipe. Aussi convaincu que je suis de l'imminence du danger, j'ai dû constater dès les premiers engagements: 1- Il n'y avait pas eu de génocide. 2- Les kosovars dans les camps de réfugiés ne croyaient pas un mot de la propagande des ONG leur expliquant qu'ils venaient d'échapper au pire 3- Les bombardements évitaient justement toute cible miliaire, tels les chars. 4- Ils ne visaient que les cibles civiles. Centrales électriques, hopitaux, prison, etc.. 5- Nous avons assisté presqu'en direct au pitoyable numéro des soldats français expliquant aux kosovars qu'ils devraient attendre un mois avant de rentrer pour cause de déminage, si même ils pouvaient rentrer un jour. 6- Les kosovars n'en ont pas cru un mot. Ils ont forcé les barrages et foncé sur les routes, dont aucune n'était piégée. 7- Les nouvelles autorités kosovars de l'otan ont refusé d'organiser des élections seul moyen de réconciliation et de développement. 8- Le TPI a été immédiatement une justice des vainqueurs. En 20011, pour la lybie, j'ai pu tout de suite reconnaitre le crime.

  • Par gliocyte - 01/06/2013 - 11:02 - Signaler un abus Ni bons, ni méchants?

    Ainsi donc, encore une fois on a manipulé les esprits, caché des informations, diabolisé les Serbes, angélisé les Kosovars. A croire que dès qu'on met en avant la morale pour agir, cela signe uniquement et seulement l'immoralité de celui qui s'en sert... Et si les Serbes avaient de par le despotisme de leurs dirigeants fait barrage à l'islamisme? Ce qui revient à se demander si, en corollaire, la démocratie n'avait pas grand ouvert la porte à l'islamisme? Voici un article intéressant à consulter. http://www.mecanopolis.org/?p=355 "La morale ainsi brandie a permis de compenser le caractère illégal de leur entreprise" Cette phrase ne pourrait-elle pas s'appliquer à la gauche au pouvoir qui s'est toujours targuée d'être le seul vrai défenseur de la MORALE, la seule à vouloir et savoir MORALISER la vie politique, MORALISER l'éducation de nos enfants? Tout cela fait peur et donne la nausée.

  • Par cappucino - 01/06/2013 - 11:16 - Signaler un abus Pour la Syrie c'est la même chose.

    Depuis le début de la décennie 1990, la plupart des guerres ont été organisées par l'occident pour remodeler la planète. Du grand moyen orient voulu par les USA à l'intégration des pays de l'ex union soviétique ce ne fut beaucoup de manipulation des populations. On ne parle pas des tentatives de déstabilisation des petits pays comme la Moldavie, avec une guerre de quelques jours fomentée par les USA depuis la Roumanie. Toujours sous couvert de guerres "ethniques". De fait, le communautarisme ou l'identité a toujours été un levier pour que les peuples se déchirent et par la même, fassent basculer les Etats.

  • Par Ravidelacreche - 01/06/2013 - 12:01 - Signaler un abus Adepte des pavés dans la marre

    Ce qui est dommage c'est d'attendre qu'il y ait des marres de sang pour jeter des pavés dedans :o((.

  • Par Bara - 01/06/2013 - 12:17 - Signaler un abus Raison trot tôt

    En 1991, j'avais parié qu'il faudrait 10 ans pour qu'on connaisse la vérité sur le démembrement de la Yougoslavie. 20 après, ce n'est toujours pas le cas: plus on maintient longtemps le couvercle de la cocotte-minute, plus la pression monte (Confucius)

  • Par martien - 01/06/2013 - 13:51 - Signaler un abus Choc des cultures

    Longue histoire que celles des Serbes en lutte pendant des siècles contre la pression islamique et son prosélytisme. Ils ont leur Poitiers! Et nous, pour d'obscures raisons, avons amputer leur pays au nom de la morale ! La désinformation me fait vomir. Le Kosovo est Serbe comme l'aquitaine est Française ! Lorsqu'ils ont accueillis les Albanais qui fuyaient les persécutions nazies ils étaient loin d'imaginer le taux de fécondité des familles musulmanes, encore mois qu'elles les mettraient dehors ! Heureusement qu'ils y a encore du journalisme d'investigations pour jeter un un nouvel éclairage, si tardif soit il. J'ai eu l'occasion de barouder en Serbie... ce sont des gens formidables, de grandes valeurs morales, ...et de gros fêtards.

  • Par Jeannot - 01/06/2013 - 14:53 - Signaler un abus Persecutions actuelles au Kosovo

    Pour en savoir plus, sur la souffrance des chretiens du Kosovo, victimes du racisme et des persecutions encore actuelles par les albanais musulmans, voir le site d'une association francaise qui fait un travail humanitaire remarquable : www.solidarite-kosovo.org

  • Par cbrunet - 01/06/2013 - 17:53 - Signaler un abus Péan et ses questions !

    Mais à qui profite les crimes ? Roumanie, Irak, Yougoslavie, frontières russes, Afrique du Nord, Syrie ... Qui veut remodeler des partis entières du monde à son profit ? Pas les mafieux, ils se contentent des miettes ! Alors Pierre, juste une hypothèse s'il vous plait . Quant aux Serbes il est légitime qu'ils récupèrent un jour le Kosovo . Que ferait-on si cela arrivé à la région Paca ? Ou à l'Andalousie de nos frères espagnol ?

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Pierre Péan

Pierre Péan est un journaliste d'investigation français. Il a publié une vingtaine d'ouvrages depuis 1975. Certains ont été des succès, comme TF1, un pouvoir, écrit en collaboration avec Christophe Nick, ou l'Argent noir ou encore Une jeunesse française – François Mitterrand, 1934-1947, qui a été son best-seller.

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