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Le nombre d’hommes battus approcherait-il celui des femmes dans la même situation ?

L'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a publié ce mardi 23 octobre un rapport alarmiste sur les violences conjugales, et notamment sur les violences faites aux hommes.

Papa battu

Publié le - Mis à jour le 26 Octobre 2012
Le nombre d’hommes battus approcherait-il celui des femmes dans la même situation ?

L'ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales)a publié un nouveau rapport sur la violence conjugale. Crédit Reuters

L’ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales) publie un nouveau rapport sur la violence conjugale, cumulant les données recueillies par cinq enquêtes successives, menées de 2008 à 2012[1]. Les résultats globaux en sont les suivants : 1,2 personne de 18 à 75 ans sur cent a déclaré avoir été victime de violence conjugale au cours des deux années précédent l’enquête, ce qui en équivalent population, représente 540 000 victimes.

L’annonce de ce genre de résultat provoque habituellement et indissolublement deux types d’interprétations : la dramatisation et la sexuation.

Dramatisation car le chiffre est important.

Il faut cependant le relativiser pour deux raisons, qui tiennent à la conception du questionnaire. D’une part celui-ci s’applique non seulement à la violence du conjoint actuel, mais aussi à celle de l’ex-conjoint. De ce fait, certaines personnes sont comptabilisées comme victimes de violence conjugale alors qu’elles ne vivent plus en couple, parfois depuis longtemps ! D’autre part, le questionnaire n’exige pas que l’on ait subi un nombre minimal d’épisodes violents pour se déclarer victime. Ce qui conduit à recenser identiquement comme telle des personnes qui ont été frappées une seule fois en deux ans, et d’autres qui subissent le terrorisme conjugal, c’est-à-dire une violence quotidienne portée par le projet de leur conjoint de les détruire.       

Sexuation car aujourd’hui encore pour les médias, les politiques, et beaucoup de contemporains, la violence conjugale est une violence « contre les femmes ». C’est ainsi que Le Figaro titre tranquillement : « Près de 2% des Françaises sont victimes de violences », faisant ainsi l’impasse sur tout un volet du rapport, et non des moindres. Celui-ci, en effet, parmi les 540 000 victimes, en relève 136 000 de sexe masculin. Selon les années, la proportion d’hommes victimes oscille entre un quart et un tiers de l’ensemble des victimes.

Dans le passé, cette méconnaissance a été bien pire. Jusqu’en 2007, on ne prenait pas la peine de décompter les hommes victimes. Les enquêtes sur la violence conjugale n’interrogeaient que des femmes, et donc publiaient des résultats qui confortaient le public dans l’idée que ce type de violence est sexué. De plus, ces enquêtes, comme l’ENVEFF de Maryse Jaspard, basées sur une méthodologie fantaisiste, aboutissaient à des résultats extravagants, évaluant la proportion de « femmes battues » à 10%, un pourcentage qui manifestement est resté dans les esprits. A cette époque, il n’était pas rare d’entendre affirmer explicitement ou implicitement que « les hommes battus n’existent pas », par des chercheurs, comme Michelle Ferrand, ou des politiques de tous bords, comme Chantal Brunel ou Valérie Létard. 

A partir de 2007, l’atmosphère a changé : l’ONDRP a commencé d’interroger les hommes, et des associations se sont créées qui diffusent de l’information et s’efforcent de briser le tabou, comme Sos Hommes battus[2] et le Groupe d’études sur les sexismes (GES)[3]. Mais, comme on le voit, cela n’a pas suffi à compenser trente ans de vision unilatérale. D’autant que le renoncement au déni semble impossible pour certains : Sylviane Spitzer, la fondatrice d’Sos Hommes battus, reçoit souvent des menaces ; et la conférence récemment organisée à Lyon par le Ges sur le sujet a été perturbée en son début par un groupe qui prétendait l’empêcher.    

 
Commentaires

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  • Par ccompagnon - 24/10/2012 - 10:24 - Signaler un abus Il ne faut pas oublier

    La violence psychologique et la bonne éducation. Un homme peu subir une violence psychologique de la par de sa compagne. Mais du fait de sa bonne éducation (si je la frappe pour me défendre, vu son gabarit et vu le mien, je peux lui faire très mal, donc je dois me retenir de frapper). Alors qu'une femme, plus faible hésitera moins à frapper. Il faudrait faire une étude là-dessus. La violence ne se limite pas à la violence physique.

  • Par Ravidelacreche - 24/10/2012 - 11:18 - Signaler un abus Le nombre d’hommes battus...

    Parité oblige.

  • Par Nico Attal - 24/10/2012 - 12:21 - Signaler un abus 50 nuances de "bleus"

    Il est difficile d'adhérer à la conclusion de cette enquête et on peut sérieusement douter que les dommages corporels infligés par une femme sur un homme soient aussi graves que ceux infligés par un homme sur une femme. On ne conseille quand même pas aux femmes d'échanger leurs petits poings contre une cravache...

  • Par Ganesha - 24/10/2012 - 12:59 - Signaler un abus Exemple vécu

    Il y a quelques années, ma femme, sans aucune provocation de ma part, m'a sauté dessus avec l'intention de me planter un couteau de cuisine. J'ai appelé la police, il sont venus dire quelques mots et ils sont repartis en rigolant : dans le cas inverse ils m'auraient emmené menottes au poignet. Plus tard, je suis allé au commissariat : le principal élément contenu dans leur rapport c'était qu'ils avaient remarqué un magazine "Hot Vidéo" trainant dans le salon... J'ai eu beaucoup de difficultés à leur faire enregistrer ma plainte, qui n'a bien sûr jamais eu de suite !

  • Par Salvatore Migondis - 24/10/2012 - 20:29 - Signaler un abus Dominant, dominé.. domino?

    Chez les loups ou les babouins.. il n'y a pas corrélation entre force physique et statut alpha ou oméga. Tout se passe dans la tête et ni la justice ni la police n'y pourront rien changer.

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Patrick Guillot

Patrick Guillot est membre du GES (Groupe d’Etude sur les Sexismes) et auteur de trois essais sur la persécution des hommes dans le couple, dont le dernier « La Misandrie : histoire et actualité du sexisme anti-hommes ».

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