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Mossoul : pourquoi la bataille contre l'Etat Islamique est loin d'être terminée

Les forces militaires irakiennes, soutenues par leurs alliés chiites ont pris le contrôle de l'Est de Mossoul le 24 janvier dernier. Cette petite victoire marque une première étape dans la chute du groupe Etat islamique. Le groupe terroriste va devoir être amené à repenser sa stratégie s'il veut garder son pouvoir de nuisance.

Victoire ou revers ?

Publié le
Mossoul : pourquoi la bataille contre l'Etat Islamique est loin d'être terminée

Atlantico : Le 24 janvier dernier, les forces irakiennes et leurs alliés ont repris la totalité de la partie Est de la ville de Mossoul, contrôlée jusqu'à présent par l'EI. Dans quelle mesure peut-on parler véritablement de victoire ? Comment juger de la crédibilité des forces irakiennes dans la poursuite de la lutte contre le groupe terroriste  ? 

Alain Rodier : Je dois reconnaître que j’ai été surpris de la rapidité des succès militaires remportés par les forces de la coalition irakienne à Mossoul. Il ne faut pas bouder son plaisir : le fait que l'Etat Islamique ait perdu, dans un premier temps les approches de la ville puis, dans un deuxième temps, la rive orientale du Tigre est une excellente chose.

Plusieurs faits ont participé à ces succès. D'abord la combativité retrouvée de certaines unités irakiennes - particulièrement la « division d’or » - qui ont été correctement entraînées et équipées, l’appui massif de la coalition internationale, les Américains s’engageant discrètement au sol mais n’hésitant pas à aller jusqu’au contact avec l’ennemi. Puis la sensible diminution des moyens tactiques de Daech face à la guerre d’usure qui lui est menée depuis des mois en Irak et en Syrie et un terrain favorable aux assaillants, les environs de Mossoul étant semi désertiques et l’Est de la ville étant la plus moderne avec de nombreux axes dégagés. Enfin, la supériorité des effectifs  même si des lacunes dans la coordination des opérations ont été constatées en raison de la diversité des unités engagées : armée régulière et troupes du ministère de l’Intérieur irakien, milices chiites (Unités de mobilisation populaires, Hached al-Chaabi), chrétiennes syriaques, turkmènes (les Unités de protection de la plaine de Ninive), les peshmergas …

Donc, le succès est indéniable. Mais, malheureusement ce n’est pas fini et le plus dur risque d’être encore à faire. Il convient de se rappeler qu’au début de l’offensive, les forces irakiennes ont subi d’importantes pertes qu’il est difficile de quantifier car l’état-major, et il a bien raison, ne communique pas sur ce sujet. Mais quand un camp est capable de remplacer les pertes humaines et matérielles subies, il est logique de penser qu’il va dans le bon sens. Durant la seconde Guerre mondiale, les Américains et les Russes fabriquaient plus de chars (et d’avions) qu’ils n’en perdaient. Ce n’était plus le cas des nazis à partir de 1942-43. C’est, toutes proportions gardées, le cas aujourd’hui. Il s’agit là d’une référence historique et pas d’une comparaison.

Que représente cette reprise pour l'EI ? Est-elle vraiment un coup dur porté à l'organisation ? 

C’est effectivement un coup très sérieux qui est porté à l'Etat Islamique. Les rumeurs les plus folles courent mais il s’agit peut-être de propagande gouvernementale irakienne. Ainsi Abou Bakr al Baghdadi serait furieux contre ses responsables militaires en charge de la défense de Mossoul-Est. Il en aurait démis un certain nombre de leurs postes et les aurait obligés à servir comme fantassins de base. Des cas de refus de combattre se multiplieraient - encore qu’à ma connaissance, aucun déserteur n’a été présenté à la télévision irakienne. Des témoignages filmés de déserteurs seraient certainement très utiles, si ce n’est pour casser le moral des combattants, au moins leur retirer l’appui des populations locales-. Les exécutions d’« espions », de « déserteurs » et de « défaitistes » se multiplieraient (là aussi, cela fait penser à la chute du nazisme)…

 
Commentaires

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  • Par Gordion - 30/01/2017 - 10:31 - Signaler un abus Iran et Irak..

    ...partitionnés de fait sont le théâtre d'affrontement des puissances nucléaires de la guerre froide (E-U en Irak, Russie en Syrie), la sanctuarisation des leurs espaces d'affrontement - ou plutôt d'influence - est un fait. Leurs supplétifs, alliés qu'ils soient ethniques, religieux ou les deux n'est que le prolongement de la stratégie de ses puissances. Le seul fait nouveau est le retour de l'Iran, qui cherche à s'implanter de façon pérenne en Syrie, poussant ainsi ses ressources en Irak et au Liban. Les deux inconnues dans ces manœuvres longues sont l'attitude des E-U avec Trump - des signaux contradictoires ont été envoyés - et la capacité des Kurdes désunis à contrer les offensives de la Turquie (d'où le rapprochement du PKK turc qui tire les ficelles derrières le PYS syrien avec ll'Iran). Résumé qui n'est que la partie émergée de la complexité de cette carte régionale...

  • Par Gordion - 30/01/2017 - 10:32 - Signaler un abus correction

    ...PYD syrien...

  • Par Ganesha - 30/01/2017 - 11:06 - Signaler un abus Sunnistan indépendant

    Regardons la réalité en face : Assad et ses alouites en Syrie, les chiites en Irak, ne sont pas assez nombreux pour imposer leur volonté sur l'entièreté du territoire de leur pays. La création d'un ''sunnistan indépendant'' est inéluctable.

  • Par emem - 30/01/2017 - 13:47 - Signaler un abus Le véritable ennemi

    La bataille contre l'EI est loin d'être terminée parce que l'EI est un leurre qui permet d'évacuer le véritable djihad, celui qui est inscrit dans le coran

  • Par emem - 30/01/2017 - 13:47 - Signaler un abus Le véritable ennemi

    La bataille contre l'EI est loin d'être terminée parce que l'EI est un leurre qui permet d'évacuer le véritable djihad, celui qui est inscrit dans le coran

  • Par fanfoué - 30/01/2017 - 20:21 - Signaler un abus Un sacré merdier

    La complexité de la situation et la fluctuation des alliances rendent impossible toute paix à court ou moyen terme. Il y a là un scénario à la libanaise mais à la puissance 10, et dont les retombées seront bien plus importantes. C'est des décennies de conflit qui attendent les populations de la région.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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