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Montée du niveau de la mer : portrait de 3 villes françaises d'ores et déjà grignotées par les eaux

Face à l'érosion des sols et à la montée du niveau des mers, de nombreuses communes côtières doivent repenser leur configuration. Deuxième volet de notre série consacrée à la montée des eaux avec les exemples de Cayeux-sur-Mer (Picardie), Dieppe (Seine Maritime) et Soulac (Gironde).

Les pieds dans l'eau

Publié le - Mis à jour le 26 Décembre 2014
Montée du niveau de la mer : portrait de 3 villes françaises d'ores et déjà grignotées par les eaux

Cayeux-sur-Mer, Dieppe et Soulac sont des villes directement touchées par la montée des eaux. Crédit Mark Walz/Flickr

Atlantico : Face aux risques climatiques, comment les villes en bord de mer s'organisent-elles pour répondre aux conséquences de la disparition du littoral ? Quelles sont les stratégies adoptées ?

Soulac

Renaud Lagrave : En région Aguitaine, nous avons mis en place depuis 2008, un groupement d'intérêt public qui s'appelle le "GIP Littoral Aquitain" qui réunit la région, les trois départements, l'Etat et toutes les communautés de communes ainsi que les communes du littoral Aquitain.

Notre but a été d'anticiper et de réfléchir sur la protection et l'aménagement du littoral car nous sommes face à un problème imminent d'érosion des sols, à Soulac comme pour d'autres villes le long du littoral.

Lire également : Montée du niveau de la mer : ce qu’on peut déjà mesurer sur nos côtes d’un énorme désastre au ralenti

A Soulac, pour le moment, un seul immeuble de vacances a été interdit d'habitation par un arrêté préfectoral. Mais ce problème risque de s'étendre à l'ensemble des habitations du littoral si les pouvoirs publics n'agissent pas en concertation.  C'est pourquoi nous avons proposé plusieurs stratégies à adopter par les villes pour lutter contre les désordres environnementaux tels que l'érosion des côtes. D'autant plus que nous sommes confrontés à une érosion du sol contre laquelle parfois nous ne pouvons lutter. A certains endroits du littoral, il est même préconisé de laisser les bords de mer se faire grignoter.

Parmi les solutions proposées, il existe  une stratégie de défense qui consiste à réinvestir dans des ouvrages de protection tels que des digues ou l'entretien des dunes, ou une stratégie de retrait, que nous préconisons en Aquitaine notamment à Soulac, qui vise à relocaliser l'activité commerciale un peu plus loin dans les terres sans forcément trop s'éloigner du bord de mer.  Sur chaque territoire impacté, il revient à l'élu local de décider quelle stratégie il souhaite adopter. Pour le moment, à Soulac, les élus sont en cours de rédaction de la stratégie souhaitée.

Cependant, si une ville du littoral souhaite relocaliser son activité, à moyens constants, nous sommes dans l'incapacité de le faire.  Nous sommes confrontés à des problèmes financiers (qui maîtrise le foncier ?), administratifs et juridiques, avec la loi du littoral de 1986, qui nous interdit de déplacer sur le bord de mer des activités liées au nautisme par exemple. Pour véritablement encourager la relocalisation, il faudrait modifier les choix faits par le législateur il y a une trentaine d'année.

Dieppe

Alexandre Dudouble : La stratégie actuelle est dans la droite ligne des décennies précédentes : lutter contre la nature ! L’urbanisation du linéaire côtier a poussé les décideurs à tenter de contrecarrer tout à la fois les incursions marines, les effets mécaniques de la houle et le recul des falaises. Une politique de défense contre la mer a vu le jour à la fin du XIXe siècle avec la construction d’ouvrages lourds – jetées portuaires, digues, perrés, murs, épis, enrochements, etc. – destinés à prévenir les submersions. 

Mais les ouvrages de protection perpendiculaires à la côte ont un inconvénient majeur : ils constituent des obstacles pour les galets, qui dérivent vers le nord-est sous l’effet de la houle. C’est le cas, notamment, de la jetée portuaire de Dieppe, construite en 1913. Cette longue digue, de près de 500 mètres, entraîne une accumulation de galets dont le volume est estimé à 830 000 m3.

Ce cordon de galets dissipe une partie de l’énergie de la houle et assure ainsi une certaine protection, dont l’importance est toutefois discutée par les scientifiques. Mais, en piégeant les galets en transit, cet aménagement entraîne un déficit de galets en aval, privant les cités maritimes suivantes d’une protection contre les submersions de tempête.

Les cités balnéaires protégées par des ouvrages "durs" finissent en position saillante par rapport aux falaises situées de part et d’autre, qui, elles, reculent inexorablement. Elles sont ainsi exposées à des tempêtes et à des submersions plus violentes et destructrices. Il faut alors reconstruire sans cesse les ouvrages de protection dégradés, emportés ou affouillés. La position actuelle de nombreux spécialistes est que les aménagements protecteurs ne constituent qu’une réponse limitée dans l’espace et dans le temps – et souvent inadaptée – au risque littoral. Fondamentalement, il est impossible de stopper à long terme le recul du trait de côte.

Cayeux-sur-Mer

Emmanuel Garnier : Les villes réagissent en ordre dispersé, chacune ayant ses propres enjeux économiques et démographiques à préserver. C’est d’ailleurs pour cette raison que les politiques de défense se révèlent fréquemment inefficaces puisque chaque entité urbaine réaménage sa portion du littoral sans prendre en compte les effets pervers que son action aura sur les cités voisines. Cette absence d’approche intégrée est probablement aujourd’hui la principale faiblesse de la politique de défense de nos littoraux.

D’une manière globale, les élus français sont les partisans inconditionnels de l’endiguement, fruit d’une culture de l’ingénieur toute puissante au sein de nos élites nationales. Ils restent ainsi convaincus, alors que les contre-exemples sont légion, que la digue est le remède définitif aux risques littoraux. C’est oublier un peu vite que sa construction à un coût élevé et qu’elle implique un effort d’entretien durable et soutenu de la part de la collectivité.

 
Commentaires

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  • Par Bretondesouche - 23/12/2014 - 16:31 - Signaler un abus Effet de mode

    Faire construire au bord de la mer est une notion récente, Nos ancêtres construisaient leurs villages des assauts de la nature simple question de mode et de bon sens

  • Par Leucate - 23/12/2014 - 17:38 - Signaler un abus @bretondesouche - Dahut fille de Gradlon et de Malgven

    Il n'en a pas toujours été ainsi; souvenez-vous de la princesse Dahut, séduite par le diable déguisé en beau chevalier, qui vola la clé des digues de la ville à son père, le roi Gradlon, et les ouvrit. La mer s'engouffra alors, noyant la cité d'Ys. Le roi réussit à s'enfuir sur son cheval Morvac'h et sauva sa fille Dahut. La mer allait les rattraper. Saint Guénolé apparut alors dans les brumes et cria alors au roi "Gradlon, lâches la princesse, jettes à la mer le démon assis derrière toi ! Gradlon jeta alors Dahut à la mer tandis que la ville était engloutie avec tous ses habitants. Galopant alors toute la journée Morvac'h conduisit le roi jusqu'à Quimper dont il fit sa capitale et où il mourut.

  • Par bjorn borg - 23/12/2014 - 18:45 - Signaler un abus Quimper

    est donc la capitale de la Bretagne? Vive les Bretons de souche.

  • Par Anouman - 23/12/2014 - 23:03 - Signaler un abus Littoral

    Le plus simple est de ne rien faire. Quand les gens seront lassés d'avoir les pieds dans l'eau , ils iront ailleurs.

  • Par Benvoyons - 24/12/2014 - 10:41 - Signaler un abus Pour la France et les Français c'est la montée de la Mer..

    Socialiste qui pose problème.Vous me direz comme un certain nombre de Français aime tellement çà, qu'ils veulent du FN pour amplifier le phénomène. En plus grâce au FN MLP et la proportionnelle nous aurons des députés Islamistes. Chercher pas c'est typiquement Français de souche!

  • Par bjorn borg - 28/12/2014 - 13:43 - Signaler un abus la mer monte avec la marée

    et descend avec elle. Alors ne nous faisons pas de bile. Ce n'est qu'un éternel recommencement.

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Emmanuel Garnier

Emmanuel Garnier est directeur de recherches CNRS (LIENSs-Université de La Rochelle).

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Alexandre Dudouble

Alexandre Dudouble est chargé de mission communication de l’environnement et du développement durable auprès de l'Agence régionale de l'Environnement de Haute-Normandie.

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Renaud Lagrave

Il est vice-président de la Région Aquitaine, membre de la commission du développement durable et président du "Gip Littoral Aquitain".

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