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Missiles braqués vers l'Europe, veto anti-français à l'ONU : l'atmosphère de la visite de Vladimir Poutine à Paris va-t-elle continuer à se dégrader ?

Ce week-end aura été l'occasion pour la Russie, une nouvelle fois, de marquer son opposition par rapport aux Occidentaux, et notamment vis-à-vis de la France, dans la résolution du conflit syrien. Le veto russe contre la résolution française présentée ce samedi au Conseil de sécurité témoigne également de l'éloignement diplomatique entre les deux pays qui remonte à l'annexion de la Crimée.

Escalade à haut risque

Publié le - Mis à jour le 14 Octobre 2016
Missiles braqués vers l'Europe, veto anti-français à l'ONU : l'atmosphère de la visite de Vladimir Poutine à Paris va-t-elle continuer à se dégrader ?

Des convergences existent entre Paris et Moscou sur la lutte contre le djihadisme et le respect de la souveraineté des États. Mais incontestablement, la Russie et la France sont à un point bas de leurs relations.  Crédit Reuters

Atlantico : Ce week-end, la Russie a eu recours à son veto au sein du Conseil de sécurité contre une résolution française visant à interrompre les bombardements sur la ville d'Alep en Syrie. Que révèle cette situation quant au niveau des relations diplomatiques entretenues actuellement entre Paris et Moscou d'une manière générale, et sur le dossier syrien en particulier ? 

Cyrille Bret : L'usage du veto atteste d'une tendance à l'éloignement entre Paris et Moscou qui date de l'annexion de la Crimée et des opérations menées dans le Donbass, marquées par l'adoption de sanctions, et notamment l'annulation de la livraison de bâtiments de projection et de commandement Mistral.

L'éloignement est fortement marqué sur les théâtres d'opération syrien et libyen. La France est attachée au respect du droit international humanitaire – la protection des civils et du personnel soignant – alors que tout un faisceau de signes indiquent que la Russie continue à soutenir le régime de Bachar al-Assad à Alep sans tenir compte de ce droit international humanitaire. Toutefois, des convergences existent entre Paris et Moscou sur la lutte contre le djihadisme et le respect de la souveraineté des États. Mais incontestablement, la Russie et la France sont à un point bas de leurs relations. Reste à voir comment cela se manifestera lors de la visite de Vladimir Poutine à Paris la semaine prochaine pour l'inauguration du Centre culturel et religieux russe au pied de la Tour Eiffel. Cette inauguration fait d'ailleurs partie de l'un des axes du soft power de Moscou en France, en plus de l'ouverture de l'exposition Potanine à Beaubourg, et de la transformation annoncée des médias russes francophones. 

Florent Parmentier : il est évident que depuis plusieurs années, la France et la Russie ne partagent pas le même diagnostic sur la situation en Syrie, et par conséquent, pas les mêmes remèdes non plus.

Pour Paris, le conflit syrien découle d’une guerre civile résultant des révolutions du "printemps arabe" de 2011, qu’un changement de régime pourrait résoudre ; le terrorisme n’est que le produit dérivé de la tyrannie et de l’obscurantisme. Pour Moscou, ce sont les puissances sunnites, via des mouvements djihadistes devenus incontrôlables, qui ont nourri le conflit syrien. L’objectif dans ce cadre est de protéger des implantations militaires russes dans la région et l’expansion de la puissance iranienne, que le pouvoir de Bachar Al-Assad peut garantir.

François Hollande a cherché à impliquer Vladimir Poutine dans la coalition contre Daech, mais les deux acteurs n’ont incontestablement pas la même perception des enjeux. Pour autant, en dépit de ce véto, Moscou mise un certain nombre d’espoirs sur la prochaine présidentielle française, en cas d’alternance. Une bonne partie du spectre politique, essentiellement à droite (Sarkozy, Fillon), mais aussi à gauche, semble intéressée pour une coopération plus poussée avec la Russie. Le phénomène Poutine dérange aujourd’hui autant qu’il fascine bon nombre d’hommes politiques.

En d’autres termes, le veto ne change pas fondamentalement les relations entre la France et la Russie, qui sont chacune sur leurs positions respectives, et il illustre l’absence de convergence d’intérêts sur ce point.  

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 10/10/2016 - 08:46 - Signaler un abus Ce matin j'ai entendu notre

    gros nain dire qu'il n'a plus envie de voir Vlad après son veto. On aurait dit qu'il voulait punir ce dernier, qui n'a pas de temps à perdre avec un être aussi insignifiant.

  • Par jurgio - 10/10/2016 - 10:52 - Signaler un abus Le meilleur chef d'État de l'année a mis ses galons

    Le grand-chef (sans plumes) de la puissante France bombe le torse devant la toute petite Russie.

  • Par Olivier62 - 10/10/2016 - 11:11 - Signaler un abus Bavardage bien-pensant

    "La France est attachée au respect du droit international humanitaire" : à hurler de rire. Elle est surtout attachée aux ordres aboyés de Washington, dont elle suit la politique et les intérêts avec servilité. Ce n'est certes pas de cette pitoyable petite chose appelée Hollande que les USA ont à craindre la moindre insoumission !

  • Par vangog - 10/10/2016 - 11:26 - Signaler un abus Le droit international humanitaire????

    Ce n'est pas une n droit, mais un choix politique français incohérent: déclencher des guerres droidelhommistes ne satisfait que la fierté de leurs indicateurs, les Kouchner-Levy-Sarkozy et autres généraux de l'idéologie droidelhommisme. Les populations, elles, subissent indéfiniment ces guerres droidelhommistes et leurs conséquences, exodes de population, affaiblissement de l'Occident chrétien, corruption et islamisme... Les Russes ont raison de s'attaquer aux racines du mal, ou qu'il soit, car leur intervention appropriée (mon dieu, les bisounours n'auraient jamais imaginé cela: la guerre tue des civils et des enfants...arrêtez tout!) inverse le cours de la guerre et permet d'en envisager la fin...oui, il faut que Bachar al Assad reconquiert son territoire, comme les alliés avaient repoussé les socialistes allemands hors de France! et cette reconquête provoqué des morts, tant pis! Car la guerre droidelhommiste n'aboutit qu'à la prolongation des exodes et des massacres, et seule l'alliance Russo-Irano-Syrienne permet d'entrevoir la fin de ce jeu macabre, déclenché par les bisounours occidentaux!

  • Par Papy Geon - 10/10/2016 - 17:48 - Signaler un abus Que défendent-ils donc ?

    Leur poste, comme certains journalistes, en usant, d’ailleurs peut-être inconsciemment (je suis gentil !), d’une philosophie d’apatrides mentaux. Mais il n’y a pas que les socialistes qui sont porteurs de ce travers permettant de se donner facilement bonne conscience, et d’oublier les gens qu’ils font assassiner loin de chez nous. Je crois que certains individus, qui se trouvent aux postes de décision à la tête de l’Etat, et cela dure depuis de nombreuses années, défendent autre chose, quelque chose qui nous est étranger, et qui va à l’encontre du « bien-vivre » des Français. Nos gouvernants sont aux ordres de qui dans cette affaire, ou plutôt de quoi ? J’espère au moins qu’ils n’ont pas envoyé des militaires Français au casse-pipe, en les utilisant finalement comme des mercenaires. Ce serait un comble, et nos militaires seraient en droit de se révolter.

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective et est vice-président de Global Variations, un think tank travaillant sur les effets géostratégiques des innovations disruptives.

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

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