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Mises en examen dans l'affaire du Mediator : notre système de santé est-il complètement corrompu ?

L'affaire du Mediator rebondit une nouvelle fois. Un responsable et une ancienne employée des laboratoires Servier, ainsi que deux anciens responsables de L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) auraient été mis en examen entre le 12 et le 14 février.

Tous pourris ?

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Atlantico : L'affaire du Mediator rebondit une nouvelle fois. Un responsable et une ancienne employée des laboratoires Servier, ainsi que deux anciens responsables de L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) auraient été mis en examen entre le 12 et le 14 février, selon une source judiciaire de l'AFP. L’affaire du  Médiator est-elle révélatrice d’un système de santé français corrompu ?

Frédéric Pierru : Envisager ce type d’affaire sous le seul angle de la corruption me semble réducteur, voire cela met sur de mauvaises pistes. La question de la responsabilité individuelle et de l’entorse aux règles juridiques et éthiques relève des tribunaux.

Sanctionner les déviances est certes nécessaire. Mais ça n’est certainement pas suffisant, du point de vue politique et pratique. En effet, on ne peut pas se contenter de faire appel à la vertu privée pour encadrer un marché à la fois mondialisé et très profitable. Pour paraphraser un ouvrage de l’économiste Frédéric Lordon à propos de la finance, ce n’est pas la seule vertu (individuelle) qui sauvera le monde du médicament. Il faut se poser la question, certes politiquement beaucoup plus dérangeante, des structures, c’est-à-dire des rapports de force, des règles et des incitations à adopter tel ou tel type de comportement. Rappelons que les scandales en matière de médicament se sont succédé depuis les années 1960. C’est la raison pour laquelle, à compter de la moitié des années 1960, en réaction notamment au scandale de la thalidomide, les pouvoirs publics des pays européens ont bâti des systèmes d’évaluation et de régulation du médicament, plus ou moins calé sur me modèle de la puissante Food & Drugs Administration américaine. L’épidémie de SIDA et les dysfonctionnements de certaines administrations, en particulier française, ont accéléré le processus. Plusieurs pays se sont dotés, à partir de la fin des années 1980, d’agences voulues « indépendantes ». Ainsi, en France, est créée, en 1992, l’Agence du médicament, qui a repris, en les externalisant par rapport à l’administration centrale, les missions de la direction de la pharmacie et du médicament, mise en place en 1978. Plus généralement, en France, on voit se multiplier dans les années 1990 les agences sanitaires avec comme objectif d’éloigner les fonctions d’expertise et d’évaluation du ministère de la Santé pour en garantir l’objectivité et la neutralité. C’est en 1999 que l’Agence du médicament est transformée en AFSSAPS. Si je rappelle ces quelques dates, c’est pour souligner combien la mise en place de dispositifs publics d’évaluation et de régulation est, singulièrement en France, finalement récente dans la très longue histoire du médicament. C’est peut-être ce qui en explique les imperfections. Aux Etats-Unis, la FDA est beaucoup plus solidement établie, reconnue, bénéficiant d’une forte réputation auprès des différents publics du médicament : acteurs politiques, administratifs, scientifiques, associatifs, médiatiques et, bien entendu, industriels. Comme l’a bien montré le politiste américain Daniel P. Carpenter dans une somme remarquable consacrée à l’histoire de la FDA, la réputation de rigueur et d’efficacité exerce des effets dissuasifs sur le secteur de l’industrie du médicament. En regard, l’AFSSAPS était beaucoup plus « faible » et donc beaucoup plus vulnérable à des débordements de la part des acteurs industriels et de leurs relais politiques, comme on a pu le voir dans l’affaire du Mediator. Une première leçon doit être tirée : il faut renforcer les moyens humains, matériels, d’expertise du dispositif français d’évaluation.

 
Commentaires

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  • Par bagad - 21/02/2013 - 11:03 - Signaler un abus réponse

    OUI ! ensuite, si je ne me trompe pas, j'ai lu quelque part que l'industrie pharmaceutique française tient la seconde place dans le pib du pays. si c'est vrai, c'est suffisamment parlant pour affirmer que la santé est devenue une affaire financière purement et simplement. quid de la santé publique ? un fond de commerce.

  • Par vangog - 21/02/2013 - 12:12 - Signaler un abus Géneralisation et amalgame sont les 2 mamelles de la propagande

    socialiste! Pour parler du système de santé Français, un Sociologue qui en appelle à la" vertu privée" pour gérer une industrie mondialisée!.. Et il préconise la vieille antienne des socialo-communistes " plus de "moyens humains, matériels et d’expertise du dispositif français d’évaluation"... Mais mon pauvre Pierru, si le fait de multiplier les moyens humains était un gage d'efficacité, la France serait première au monde, largement devant les autres... Si le système de santé est malade , c'est parce qu'il croule depuis trente ans sous des réglementations et un système étatique imbécile. Avant ces trente années de fuite en avant étatique, il était en pleine forme: La Thalidomide ou le Talc Morange ont fait moins de morts que le "sang contaminé"... Lavez vous le cerveau de la propagande des monsieur plus de la Gauche archaïque et reprenez votre copie... avec l'aide de vrais Scientifiques, cette fois-ci!

  • Par Indigène Indigné - 21/02/2013 - 16:46 - Signaler un abus Ne soyons pas dupes C'est gros comme une maison ! La multipli

    Ne soyons pas dupes C'est gros comme une maison ! La multiplication des mises en examen ne vise qu'à remonter jusqu'à un des avocats de Servier. Le tapage de sa mise en cause servira comme toujours une idéologie extrémiste, celle de gôche. Ah oui ! le nom de l'avocat : Hollande, non il gérait sa sci. Méllenchon, non plus, il a jamais bossé. Sarko quoi ? Sarkozy ? ? ?

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 21/02/2013 - 21:11 - Signaler un abus Les solutions proposées ont toutes échouées

    je ne sais pas si donner la parole sur plusieurs pages à un étatiste socialiste est une bonne idée.. "La médecine a défini, au début du XXème siècle, son identité libérale contre l'Etat et la Sécurité sociale. " Visiblement il est en plus sociologue et pas économiste. 1. la médecine est étatisée en France depuis l'extension du conventionnement 2. il y a des fonctionnaires à l'acte et d'autres au salaire mais TOUS sont payés par de l'

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 21/02/2013 - 21:16 - Signaler un abus Suite

    argent public! Parler de médecine libérale est une illusion qui permet ensuite de stigmatiser l'ultralibéralisme etc 3. les faillites de la "politique du médicament" sont simplement des faillites d e l'état corrompu connivent et rongé par les conflits d'intérêt. 4. une des solutions est bien sur d'introduire le marché dans l'offre des assureurs maladie; les assureurs autres que la sécu seront plus attentifs à leurs dépenses car ils n'auront pas à négocier politiquement les prix avec des syndicats de médecins de pharmaciens le MEDEF etc. En même temps ce sera assez facile car la sécu est un payeur aveugle. 5. Il y a des mesures simples et efficaces de régulation qui ont été adoptées par bp d'autres pays européens mais Mr kle sociologue ne connait pas le mot benchmarking...

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 21/02/2013 - 21:21 - Signaler un abus "le trou de la sécu est un mythe"

    Voilà le genre de video Utube de Pierru! Et l'excédent de la sécu allemande c'est aussi un mythe? En attendant nous on emprunte et eux investissent. La négation de la réalité est un piler du socialisme et du post modernisme. Et Mr Pierru est en plein dans ce système de négation des réalités.

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 21/02/2013 - 21:23 - Signaler un abus Une autre perle de Pierru: la planif des années 50!

    "Les principes et les instruments de la planification sanitaire des années 1950 sont de plus en plus contestés pour leur inefficacité, voire leurs effets pervers. Le plan Hôpital 2007, la suppression de la carte sanitaire puis la loi HPST ont fait de la concurrence – antinomique de la planification – le nouveau principe des politiques publiques. L’idéal d’un développement sanitaire piloté en fonction de besoins sanitaires objectivés par des disciplines comme la santé publique ou l’économie de la santé semble donc disqualifié. Les corps administratifs qui faisaient concrètement vivre l’idéal et la démarche de la planification connaissent un lent déclin au profit d’acteurs porteurs d’autres compétences et d’autres principes d’action. Cet article revient sur les facteurs de ce déclin. Pâtissant de la contestation néolibérale du « planisme » mais aussi et surtout des critiques montant au sein de la communauté planificatrice elle-même, la planification et ses acteurs ont dû affronter la concurrence d’autres lieux administratifs où se déploient de nouveaux savoirs et pouvoirs." Voilà le genre d'article payé par nos impôts....

  • Par Decebal - 22/02/2013 - 01:15 - Signaler un abus C EST LA FRANCE

    c'est la France qui est corrompu et cela ne date pas d'hier , mais avec la gauche le camouflage fut enrober dans l'humanisme.

  • Par PIERRU - 22/02/2013 - 07:16 - Signaler un abus Quelques observations

    manifestement, certains, comme THEGAP, ne s'embarrassent pas de nuances : 1. Quand on cite des références, il faut les lire, sinon c'est contresens sur contresens. L'article sur la planif est un article non normatif mais constatatif sur le déclin de la planification dans la politique de santé, etc. 2. L'efficience des assureurs... comme aux Etats-Unis (17% du PIB, 46 millions de non assurés, etc.) ? Même Obama, ce "socialiste", voudrait une Sécu à l'européenne... C'est dire. Même l'OCDE ne vous suit pas, c'est dire ! Sûrement des économistes communistes. 3. Médecine libérale : allez demander aux médecins US ce qu'ils pensent du libéralisme des assureurs... Les médecins français sont beaucoup plus libres qu'aux pays du marché des assureurs privés. Exemple : la liberté de prescription très encadrée par les HMO, etc. 4. J'ai justement critiqué l'approche en termes de "vertu privée" au profit d'une perspective plus structurelle : vous me reprochez de dire le contraire ce que j'ai dit... 5. l'idéologie manifestement rend impoli, mal-comprenant, pavlovien, pose des problèmes de lecture, rend aveugle aux faits les plus élementaires

  • Par PIERRU - 22/02/2013 - 07:42 - Signaler un abus Observations supplémentaires

    Toujours à THEGAP... Un économiste de la santé américain, néoclassique (pas communiste donc), Kenneth Arrow, a été récompensé par un prix Nobel d'économie pour avoir montré que les caractéristiques de secteur de la santé (rôle clé de la confiance, asymétries d'information, etc.) rendaient impossible la régulation marchande... Ces intuitions ont été prolongées par le nord coréen Joseph Stiglitz, ancien chef économiste de la Banque mondiale et lui aussi Prix Nobel... Dès lors, vos fulgurances intellectuelles à propos de l'efficience du marché pour réguler la santé devraient vous valoir à n'en pas douter un Prix Nobel, tant elles prennent à revers les connaissances les mieux établies en économie de la santé. Donc foncez, n'hésitez pas... La récompense matérielle et symbolique vaut la peine de documenter vos analyses pointues et lucides. Et puis quel plaisir de battre en brèche les crypto-communistes....

  • Par PIERRU - 22/02/2013 - 08:18 - Signaler un abus Suite et fin

    Que les analyses de chercheurs ou autres nourrissent et provoquent le débat, rien que de plus souhaitable. C'est cela la démocratie. Par contre, que le débat soit escamoté par des lectures intéressées et bourrées de contresens, des affirmations péremptoires, des injures (pas seulement politiques) et des décollages indignes (les "chercheurs payés par nos impôts sont des nuls", etc.), voilà qui fait douter du temps passer à répondre aux questions d'un journaliste. On rêve toujours d'un débat de bonne tenue, argumenté, respectueux, où l'on apprend des choses... Et, au final, on lit des commentaires déplacés, à côté de la plaque, non argumentés sur le fond à part des pétitions de principe ("l'Etat c'est mal, c'est méchant, c'est paresseux, le marché c'est bien, c'est juste, c'est efficient", quel niveau, mon Dieu...) et insultants. C'est très décourageant, croyez le bien. Au moins THEGAP et consorts pourraient respecter le temps pris sur les activités professionnelles et souvent le temps personnel pour nourrir le débat. Même pas.

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Frédéric Pierru

Frédéric Pierru est sociologue, chargé de recherche au CNRS,au CERAPS-Université Lille 2 . Il travaille sur la réforme des systèmes de santé français et européens. Il a publié, entre autresHippocrate malade de ses réformes (Editions du Croquant – 2007), Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire, Paris, Odile Jacob, 2011 ; L'hôpital en réanimation, Editions du Croquant, 2011 et L'hôpital en sursis. Idées reçues sur le système hospitalier, Le Cavalier Bleu, 2012 (avec Bernard Granger).

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