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Migrants : cette terrible erreur de diagnostic sans laquelle l’Europe aurait pu éviter la tragique crise des migrants

Absence d'aides financières et logistiques conséquentes aux pays voisins de la Syrie, ligne diplomatique manquant de réalisme, erreurs de diagnostic... En suivant de telles logiques, les pays européens se privent des moyens les plus efficaces de réduire l'afflux de réfugiés à leurs frontières.

Le grand renoncement

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Migrants : cette terrible erreur de diagnostic sans laquelle l’Europe aurait pu éviter la tragique crise des migrants

Atlantico : Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), 2,5 milliards de dollars ont été distribués ces quatre derniers mois pour venir en aide aux réfugiés syriens, soit moins d’un quart des onze milliards de dollars promis par la communauté internationale aux pays voisins de la Syrie d'ici à 2020. Le directeur du HCR pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Amin Awad, dénonce "un échec collectif qu’il faudra réparer". En quoi le manque de réalisme de la politique étrangère, qui s'ajoute à cette absence d'aides versées aux pays d’accueil, prive-t-il l'Europe des moyens les plus efficaces pour parvenir à limiter l'afflux de réfugiés ?

Gérard-François Dumont : Sur la question syrienne, au début de la crise, les pays européens ont cru que se déroulait dans ce pays une révolution, comme cela s'est produit en Tunisie puis en Egypte.

En effet, ils pensaient qu'il s'agissait d'un simple changement de régime qui allait céder rapidement ; ils n'ont pas compris que c'était en fait une guerre civile, attisée par des influences extérieures, qui démarrait. Or, lorsqu’il y a une guerre civile, il y a toujours des réfugiés. L'Europe n'a pas voulu voir qu’inévitablement, des personnes allaient fuir la Syrie espérant assurer leur survie. Cette erreur d'analyse initiale a conduit à refuser de voir que des pays limitrophes de la Syrie, la Jordanie, le Liban et la Turquie voyaient plusieurs millions de personnes venir chez eux pour échapper aux violences de la guerre civile, une guerre civile d’autant plus terrible qu’elle est nourrie par de multiples factions, dont l’organisation État islamique. Comme l’Europe a méconnu cette réalité, elle n’a guère fait pour soutenir ces pays alors que c'est dès 2011 qu'il fallait les aider à accueillir des Syriens qui cherchaient un refuge. 

Toutefois, la situation était différente et est toujours différente selon les trois pays : la Jordanie et le Liban étaient prêts à ce que des gouvernements ou des ONG européennes interviennent pour les aider à faciliter la prise en charge des réfugiés. En revanche, la Turquie refusait, et continue de refuser, de permettre à des ONG ou à des pays européens d’intervenir sur son territoire à des fins humanitaires. Donc, on ne sait pas exactement ce qu'il se passe dans ce pays, et ce n’est pas la visite par des émissaires étrangers de tel ou tel camp qui sert de vitrine qui permet de connaître la situation. 

L'erreur d'analyse initiale s'est poursuivie. Par exemple, en 2012, lorsque la France a supprimé son ambassade à Damas, on a fait savoir qu'il serait de retour sous 15 jours, le laps de temps nécessaire à un changement de régime acceptable par la France. Or, en 2016, le régime est toujours en place, ce qui montre bien que l'analyse géopolitique concernant la Syrie(1) était complètement erronée.

Pourtant, certaines caractéristiques de la situation étaient faciles à comprendre en examinant un élément simple que j'appelle "le vote avec ses pieds". Nul doute que le régime de Bachar el-Assad est autoritaire, et que, comme tous les régimes autoritaires, il n’hésite pas à user de moyens contondants, sachant qu’il dispose d’excellents services de renseignements. Mais nul doute également qu'au cours de ces dernières décennies, et avant 2011, une différence majeure par exemple entre l'Irak et la Syrie permet d’éclairer la situation de la Syrie. En effet, au fil des années, de nombreux Irakiens ont fui leur pays jugeant la situation véritablement insupportable. D’ailleurs, la Syrie, dans les années 2000, a accueilli plus d’un million d’Irakiens comme elle avait accueilli de très nombreux Palestiniens, dont le nombre en 2010 était d’environ 500 000. La Syrie était donc un pays de refuge, d’accueil et, de leur côté, avant 2011, les Syriens n’émigraient pratiquement pas, contrairement par exemple, aux Cubains(2) ou aux Erythréens. Cela prouve qu'en dépit du caractère autoritaire du régime, la possibilité de "vivre et travailler" en Syrie était jugée globalement favorable même si, bien évidemment, de nombreux Syriens auraient préféré une évolution vers des libertés démocratiques.

En quoi l'aide aux pays d’accueil que sont le Liban ou la Jordanie permettrait-elle de répondre efficacement à la question migratoire ? Dans quelles proportions ? Quels sont les freins à une telle politique ?

Il convient de préciser que le coût d'un réfugié qui se trouve au Liban ou en Jordanie est infiniment plus faible que le coût d'un réfugié qui se trouve en Europe. D'un point de vue de solidarité humanitaire, il est beaucoup plus logique et efficient d'aider la Jordanie et le Liban plutôt que de le faire insuffisamment, ce qui met les Syriens en état de désespérance. Cela les pousse à recourir à des passeurs (dont, rappelons-le, le chiffre d'affaires au cours des 15 derniers mois tourne autour de 12 milliards d'euros) pour venir en Europe où ils escomptent, à juste titre, des conditions meilleures, en particulier des conditions juridiques plus favorables en terme de droit au logement, de droit aux soins médicaux, de droit au travail, de droit à la scolarisation pour leurs enfants…

Comme l’Europe n’a pas compris la nécessité d’organiser de la ré-émigration, donc des systèmes de transfert de réfugiés du Liban et de Jordanie, les réfugiés rejoignent l’Europe dans des conditions dangereuses et arrivent très dépossédés financièrement quand ils n’ont pas été obligés d'emprunter pour financer les passeurs. L’Europe a ainsi fait le jeu de passeurs comme, en même temps, le gouvernement turc.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 17/06/2016 - 10:16 - Signaler un abus Le Front National le crie (dans le désert) depuis

    le début de la crise! Il n'aurait pas fallu déstabiliser les dictatures éclairées du Proche-Orient, mais, puisque le mal a été réalisé par Clinton, Blair, Sarko-le-tricheur, Flamby-le-menteur, alors il faut aider les pays limitrophes à conserver leurs réfugiés en encourageant la re-migration dans les zones libérées par la coalition. Il n'est pas trop tard pour bien faire, mais il faut changer d'urgence les lois de l'UE, retirer leur pouvoir malsain aux caritativo-gauchistes, complices des mafias de passeurs, abroger Schengen et Mare-nostrum, interdire l'accès à travers Grèce et Italie, ou virer ces pays gauchistes de l'UE, s'ils n'acceptent pas la règle du jeu...il n'y a plus à tortiller!

  • Par HdH - 17/06/2016 - 12:22 - Signaler un abus HDH

    La situation de la zone puise ses dramatiques origines dans la "théorie" du fumiste mondain Kouchner qui preconisait un "devoir" d'intervention ; ajoutez y la vacuité fate de l'improbable couple Hollande-Fabius, audacieux va-t'en guerre verbaux dont la pensée gépolitique ne semble dêfinitivement pas dépasser la surface de leurs circonscriptions électorales !

  • Par cloette - 17/06/2016 - 13:54 - Signaler un abus @ Vangog

    Les responsables sont le Conseil de l'Europe, la Comission européenne, des groupes du parlement européen,quelques instances anglaises, quelques instances suisses, et une célèbre ONG américaine dont le fondateur milliardaire est bien connu . Tout ce petit monde veut et donc a intérêt au no-border en Europe , c'est clair ( enfin pas clair pour tout le monde semble -t-il )

  • Par Marie-E - 17/06/2016 - 16:31 - Signaler un abus le problème des pays limitrophes

    c'est qu'ils n'en peuvent plus. Quand vous parlez de réfugiés en Jordanie et au Liban il faut déjà voir la situation de ces 2 pays : la Jordanie où les Hachémites en minorité gouvernent un pays où les habitants sont à plus de 70 % Palestiniens avec pas forcément les mêmes droits, parfois un passeport jordanien (y compris d'ailleurs certains de Judée Samarie comme Abbas) reçoivent une aide américaine puisqu'ils ont signé un traité de paix avec Israël et qui n'ont pas beaucoup de ressources naturelles. Attaquée par Daech sur ses frontières a même reçu officiellement l'engagement d'Israël d'être protégé (Israël a déjà donné 10 hélicoptères et a fait des manoeuvres conjointes) Le Liban qui devait être le refuge des chrétiens reçoit des réfugiés syriens dont le nombre est très important par rapport à sa population alors qu'il a déjà ses camps de réfugiés palestiniens qu'ils surveillent de près et qu'ils empêchent souvent de tirer sur Israël pour éviter les ripostes. Le Hezbollah avec une partie des chrétiens alliés y compris avec Damas. Des chrétiens et des sunnites contre Assad et des réfugiés venant de Syrie qui a toujours considéré le Liban comme lui appartenant; Pas facile

  • Par zouk - 17/06/2016 - 17:02 - Signaler un abus Migrants

    Cette proposition est tout siimplement celle qu'avaient annoncée tous les bons spécialistes du Moyen Orient, dont les Eglises et particulièrement l'Œuvre d'Orient. Nous aurions dû nous concentrer sur les aides à leur apporter CHEZ EUX.

  • Par Deneziere - 18/06/2016 - 01:13 - Signaler un abus Ce qui est sidérant dans tout ça...

    ... c'est que Fabius s'en tire la tête haute. La caste des intouchables a encore frappé.

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Gérard-François Dumont

Gérard-François Dumont est géographe, économiste et démographe, professeur à l'université à Paris IV-Sorbonne, président de la revue Population & Avenir, auteur notamment de Populations et Territoires de France en 2030 (L’Harmattan), et de Géopolitique de l’Europe (Armand Colin).

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