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Menace nucléaire : mais que se passerait-il vraiment si cela tournait mal en Corée du Nord ?

La révélation a été faite mardi 8 août par le Washington Post. Selon les conclusions d'experts du renseignement américain, la Corée du Nord est capable d'embarquer une bombe nucléaire sur ses missiles intercontinentaux. Donald Trump a brusquement haussé le ton, mardi 8 août, promettant une réaction d’une ampleur « que le monde n’a jamais vue jusqu’ici ».

Conflit en vue

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Menace nucléaire : mais que se passerait-il vraiment si cela tournait mal en Corée du Nord ?

Atlantico : Derrière l'inquiétude des observateurs face à la situation en Corée du Nord, la question des conséquences d'un conflit lancé à l’initiative de Pyongyang semble hanter les esprits. Malgré l'improbabilité d'un tel cas, quelles pourraient être les conséquences d'une telle attaque, sur la Corée du Sud, ou sur le Japon, notamment en cas d'utilisation d'un missile intercontinental ? 

Jean-Vincent Brisset : Sur le papier, Pyongyang dispose d’un outil militaire impressionnant. 1.200.000 hommes sous les drapeaux, 600.000 réservistes entraînés, plus de 5 millions de miliciens. Sur une population de 25 millions d’habitants, cela veut dire que plus d’un Nord-Coréen sur quatre est -théoriquement- prêt à combattre. Les quantités de matériels conventionnels sont tout aussi impressionnantes. 3.500 chars, 20.000 pièces d’artillerie, 20 sous-marins, 500 avions de combat. Il faut toutefois fortement nuancer les capacités réelles de ces forces.

Les matériels sont très obsolètes et les soutiens logistiques tout aussi limités. Un assemblement de forces à proximité de la ligne de démarcation (Séoul, 10 millions d’habitants, n’est qu’à moins de 50 kilomètres au Sud) serait rapidement détecté.

Mais, si la Corée du Nord ne semble pas capable de lancer une attaque aéroterrestre frontale contre son voisin du Sud, les capacités non conventionnelles du pays sont beaucoup plus difficiles à évaluer et représentent un très fort potentiel de nuisance. Il existe des centaines de vecteurs, roquettes de gros calibre et missiles à courte portée capables d’emporter non seulement des charges classiques, mais aussi des armes de destruction massive (chimique ou radiologiques) dont on peut craindre l’existence.
Pourtant, ce qui est le plus souvent évoqué est l’utilisation d’un missile à longue portée, qui serait porteur d’une charge nucléaire. Il est certain que cette menace ne doit pas être écartée. Toutefois, outre les mesures de prévention active contre une telle action qui seront évoquées plus bas, il faut quand même penser que, même si des progrès sont constatables, les capacités réelles restent à démontrer. Si toutefois un tel tir devait intervenir, et si Kim JongUn parvenait à faire exploser une bombe de quelques dizaines de kilotonnes sur Séoul ou sur une grande ville japonaise, les victimes se compteraient en centaines de milliers. Une riposte, dont les contours sont difficiles à évaluer à ce jour, impliquerait -au moins- toute l’Asie du Nord Est et provoquerait de lourdes destructions tant humaines que matérielles. Ce qui est nouveau par rapport à ce qui s’est déjà passé dans la péninsule coréenne dans les années 50, c’est que les conséquences à moyen terme, matérielles au moins, s’étendraient sur l’ensemble de la planète.

Alain Rodier : Derrière toutes les gesticulations qui ont lieu à l’heure actuelle au niveau de la Corée du Nord, il convient de raison garder. Pour essayer de commencer à comprendre la situation, il convient de revenir à un plan technique. Même si Kim Jong-un, le « leader suprême » souhaite prioritairement créer une force nucléaire militaire, la Corée du Nord est encore loin de bénéficier d’une force de frappe opérationnelle. Pour mémoire, depuis 2006 elle a procédé à cinq essais de bombe A (à fission) et peut-être à un essai d’une bombe H (à fusion) bien que ce dernier reste sujet à controverse. La puissance de ces essais serait de six à vingt kilotonnes.

Après avoir réalisé une charge nucléaire, il faut la « militariser », c'est-à-dire la rendre transportable sur un vecteur, obus, bombe, missile ou fusée. Pour cela, il convient qu’elle soit d’une taille et d’un poids réduits et puisse résister aux contraintes imposées par le vecteur, particulièrement s’il s’agit d’un missile. A titre d’exemple, la première bombe atomique (A) française qui a explosé à Reggane dans le Sahara en 1960 baptisée « Gerboise bleue » avait la forme d’un cube d’un mètre de côté. Pour comparaison, elle a développé une puissance de 70 kilotonnes. La première bombe opérationnelle française n’est venue équiper des Mirages IV que quatre ans plus tard.

Pour l’instant, les Nord-coréens se trouvent face à ce problème. Il est possible qu’ils aient adapté une charge à tête unique sur une bombe lisse ou sur un missile de type SCUD. Si c’est le cas, cela met surtout à portée la Corée du Sud(1) et plus difficilement le Japon. Selon les Américains, la Corée du Nord possèderait actuellement entre 30 et 60 armes nucléaires, il lui est théoriquement possible de déclencher l’apocalypse chez ses proches voisins. Il convient d'ajouter toute une batterie d'armes chimiques et biologiques qui sont en réserve dans les dépôts de Pyongyang.

Dans une telle configuration, comment peut-on envisager la riposte, notamment du côté des Etats Unis ? Pour le chef d'Etat-major des armées américaines Joseph Dunford, une intervention militaire des Etats-Unis en Corée du Nord pourrait être "une perte de vies humaines comme nous n'en avons jamais vécu". Se dirigerait-on, le cas échéant vers un deuxième Vietnam ?

Jean-Vincent Brisset : On imagine mal une intervention militaire aéroterrestre de grande ampleur des Etats-Unis en Corée du Nord. Elle serait inacceptable pour la population américaine et militairement très complexe à mettre en œuvre. Et si, pour une raison encore impossible à imaginer aujourd’hui, elle devait se produire dans le futur, elle conduirait effectivement à de très lourdes pertes humaines, surtout du côté de Nord-Coréens, qui en restent encore à des schémas d’assaut frontal par de grandes masses humaines. Parce que, contrairement à ce qui s’est passé au Vietnam, les forces US n’envisagent plus de combattre « avec une main derrière le dos »  ("On ne demandera pas à nos soldats de se battre avec une main liée derrière le dos." Allusion au discours à la Nation de GW Bush en 1991) et emploieraient, dans un tel conflit, des armes très lourdes tirées à distance de sécurité.
Ce qui est bien davantage envisagé, et sans doute même d’ores et déjà étudié et préparé par les états-majors « au cas où », ce sont des frappes « préemptives ». On pense d’abord à une attaque de précision visant à détruire sur son pas de tir un missile intercontinental avant même son lancement. Si cela ne suffisait pas à amener à résipiscence les tenants du régime de Kim, des mesures plus lourdes pourraient être envisagées. Très vraisemblablement une série de frappes coordonnées visant à détruire, comme le fait régulièrement Israël, une partie plus ou moins importante des installations nucléaires et/ou liées au balistique. Les Etats-Unis restent depuis longtemps très discrets sur leur connaissance de ces installations, mais il est certain qu’ils disposent des renseignements tactiques (et de moyens d’attaque) qui leur permettraient, en quelques minutes, de ramener la Corée du Nord vingt ans en arrière dans ces domaines. Certains commentateurs évoquent régulièrement l’idée de frapper le régime à sa tête en assassinant Kim JongUn, mais un tel attentat (on se souvient de l’échec du raid américain de 1986) est beaucoup plus difficile à réussir et peut même se révéler contreproductif.

 
Commentaires

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  • Par Beredan - 09/08/2017 - 09:47 - Signaler un abus Ne pas dramatiser....

    Kim est profondément rationnel .... il exhibe ses vieilles fusées dont seule la portée peut inquiètes , alors que le guidage demeure aléatoire ...il s'agit en fait d'un chantage économique désespèré pour l'obtention d'une aide massive.... tout le reste n'est que gesticulations.

  • Par Olivier62 - 09/08/2017 - 11:06 - Signaler un abus Gesticulations d'un empire finissant.

    Je ne crois pas que les USA se risquent à attaquer la Corée du Nord. Ils n'attaquent que s'ils sont sûrs de gagner et ne pas avoir de répercussions sur leur propre territoire. Aucune de ces conditions n'est remplie dans ce cas. Dans l'incertitude des moyens réels de la Corée du Nord, quel président prendra le risque de subir une attaque nucléaire (les performances du bouclier anti-missile étant sujettes à caution) ? La vérité est que les USA ne peuvent en réalité pas grand'chose contre la Corée du Nord. Les centres de production et de recherches atomiques sont certainement très camouflés et enterrés, et sans doute invulnérables à une attaque préventive. Les gesticulations d'un empire à bout de souffle n'impressionnent plus grand monde. Même la Corée du Nord est devenu un trop gros morceau pour lui !

  • Par ajm - 09/08/2017 - 14:55 - Signaler un abus Risque bien réel de conflagration.

    Olivier: si les Etats-Unies sont un empire finissant face à un petit pays sous-développé dont une grande partie de la population ne mange pas à sa faim, quid de l' l'Europe, de la Franxe, de la Russie (PIB russe= 7% du PIB US)? Une attaque Nord-Coréenne nucléaire serait suivie dans la demi-heure par une riposte nucléaire US qu la rayerait de la carte totalement (avec sans doute des dégâts collatéraux de radioactivité considérables sur la Corée du Sud) . S'agissant de frappes préventives; les US disposent de bombes spéciales dédiées à la pénétration et à la destruction d'objectifs enterrés et bunkerises en profondeur. Contrairement à ce que voys pensez, la Chine prend cette hypothèse très au serieux et c'est pour cette raison qu'elle a, pour la première fois, voté la dernière resolution de l'ONU proposée par les USA qui est extrêmement contraignante pour la Corée du Nord et qui met cette dernière dans une situation de quasi-embargo économique et financier. Le risque d'embrasement général lié au programme nucleaire et aux menaces lancées par le dernier rejeton dégénéré de la clique familiale criminelle qui règne sur la Corée communiste depuis la guerre est bien réel.

  • Par ikaris - 09/08/2017 - 15:35 - Signaler un abus Quelle rationnalité ?

    Je me demande si dans cette affaire tout le monde ne surjoue pas un peu son rôle. La Corée du Nord est elle dans une logique d'agression ou dans une logique de sanctuarisation comme l'est l'Iran ? L'escalade des mots n'est elle pas justement que verbale ? Les USA ont besoin d'ennemis pour asseoir leur politique internationale et pour faire tourner leur industrie de défense. Au delà des scénarios inquiétants brossés par les 2 interviewés je me pose ces questions

  • Par Papy Geon - 10/08/2017 - 11:27 - Signaler un abus Il faut oser regarder la réalité.

    La Corée du Nord est en guerre avec les USA depuis les années 1950. Son régime, du type stalinien, comme la Russie de 1940, n’hésitera pas à faire tuer des millions de personnes pour chasser les américains de la Corée du Sud. D’autre part, les USA sont manipulés par des gangs qui sont tout à fait capables de faire tuer tout le monde, Sud-coréens compris, si cela est bénéfique pour leur commerce. Cette situation est effectivement « explosive ». J’ajoute une remarque à propos des risques « nucléaires », qui ne concerne pas les deux interviewés, que je respecte. Les Français sont majeurs, et capables d’assimiler ce que leurs responsables savent sur ces sujets. Il faut sortir des pratiques d’infodivertissement, représentées par tous les « experts » dont les écrans de télévision nous saturent les neurones par leur baratin et leurs contre-vérités. Il y a des risques que les Français doivent connaitre, des armes « sales », des armes "propres", voire non létales selon leur emploi, mais qui pourraient dans tous les cas nous envoyer faire un stage au moyen-âge.

  • Par tubixray - 11/08/2017 - 08:53 - Signaler un abus Remarquable article

    Ayant pris le temps de le lire, il apporte des informations fondamentales que les médias traditionnels sont incapables de diffuser ....

  • Par tananarive - 11/08/2017 - 09:24 - Signaler un abus Les affaires.

    La Corée du Nord est financée par les fabricants d'armes mondiaux qui voyaient les budgets militaires baissés, bravo les affaires reprennent.

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Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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