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Kalachnikov à 400 euros : "Un petit investissement pour un gros business..."

A trois reprises, en moins de 24h, la Kalachnikov a semé la terreur à Vitrolles et à Marseille. L'an passé, les autorités s'inquiétaient déjà "de la banalisation de l'usage du fusil d'assaut" lors des règlements de comptes et des attaques de fourgons blindés... Désormais, un vol de langoustes chez Picard nécessite le même armement qu'une attaque de centre-fort... Explications.

Trop d'la balle !

Publié le

Atlantico : Etes-vous étonnés par cette recrudescence des attaques à la Kalachnikov, comme ces derniers jours dans Marseille et sa banlieue ?

Laurent Appel et Fabrice Rizzoli : Nous ne sommes pas étonnés. Tout d'abord, la France n'est pas épargnée par la violence du crime organisé. Chaque année, il y a 30 homicides (tentatives incluses) du fait des clans corses. Ce qui, rapporté aux 300 000 habitants de l'île, en fait un lieu bien plus violent que Palerme ou Naples. Les règlements de compte n’ont pas lieu qu’à Marseille. Cela peut aussi être à Grenoble ou en Seine-Saint-Denis (93).

Les exemples de ces derniers jour confirment que les attaques à main armée contre des commerces par des gangs encore peu organisés sont en recrudescence.

A contrario, les attaques de fourgons, dont les gangs français ont l'expertise au niveau européen, sont en baisse car le trafic de drogue rapporte plus.

La plupart de ces attaques sont dues à une tentative d'accumulation primitive du capital, comme l'attaque de la bijouterie à Cannes afin d'entrer dans le business de la drogue. Pour ces gangs des cités, il s'agira ensuite de se mettre en lien avec le crime organisé français basé en Espagne pour obtenir le droit de livrer des tonnes de cannabis en France.

Les consommateurs délaissent la résine de cannabis pour l’herbe, les stocks deviennent plus difficiles à écouler, les bonnes places sont chères, la violence se généralise. La production française de cannabis est en constante progression. Certaines organisations criminelles plantent maintenant à l’échelle industrielle et le contrôle des exploitations et les vols vont encore faire augmenter la violence. Récemment un gardien de plantation clandestine a tiré mortellement sur un voleur de cannabis près de Nîmes. La violence des pays producteurs du Sud s’exporte en France. La corruption aussi. Et l’affaire Neyret, de la PJ de Lyon, démontre ce risque de dérive. La guerre à la drogue version « hardcore », la dérive mafieuse, le péril démocratique et l’argent noir nous incitent à penser que notre politique des drogues est dans une impasse meurtrière...

Combien vaut une Kalachnikov sur le marché noir ?

Le prix des AK47 a plongé, il se situerait entre 400 et 2000 euros selon les sources - un petit investissement en matériel de dissuasion et de sécurité comparé aux bénéfices.

Quelles sont les filières ?

Les armes de guerre ont fait une apparition massive dans les banlieues françaises depuis la guerre des Balkans. Des filières, liées aux belligérants, échangeaient alors des drogues contre des armes destinées au conflit.

A la fin des années 1990, la paix et la baisse de la consommation d’héroïne (liée à la réussite de la politique de substitution) ont incité les trafiquants à inverser la route pour fournir les dealers de nos quartiers (rendus trop prospères par 30 ans de prohibition) en "guns".

Les armes de point - y compris les fusils d'assaut - ont toujours suivi le marché de la drogue. C'est l'étude du trafic de drogue qui permet de comprendre le trafic de Kalachnikov.

Pourquoi la Kalachnikov fascine-t-elle autant : est-ce son exceptionnel rapport-qualité prix ou le mythe de Scarface ?

La Kalachnikov est un symbole de puissance. C'est la possibilité pour le crime organisé d'utiliser une arme de guerre maniable et pas chère. Même les mafias italiennes ont succombé au charme du fusil d'assaut russe. Au début des années 1980, le groupe des Corléonais, commandé par le chef des chefs Toto Riina, prend le contrôle des routes de l'héroïne vers les Etats-Unis. Les “culs-terreux” de Corleone mènent une guerre contre les dandys de Palerme et exterminent des centaines de rivaux. La Kalachnikov devient une arme de prédilection, y compris pour assassiner des personnalités politiques ou des représentants d’institutions. En 1982, les sicaires de Cosa nostra abattent le Général Dalla Chiesa avec cette arme. Aujourd'hui, la 'Ndrangheta calabraise, la mafia number one, utilise cette arme pour démontrer la puissance du clan.
Dans son livre Gomorra, Roberto Saviano raconte très bien cette fascination des mafieux pour l'arme russe. Il décrit à merveille la visite d'un mafieux napolitain qui se rend en Russie pour voir Mikhaïl Kalachnikov : un pèlerinage !

En France, les films comme "Scarface" ou le gangsta rap, ont propagé le modèle du caïd américain lourdement enfouraillé pour défendre son "ter-ter" ("territoire", NDLR). Mais c'est du côté du trafic de drogue qu'il faut trouver les raisons d'une telle violence.

Au fond, face à l'usage banalisé du fusil d'assaut russe, les solutions sont ailleurs. Une politique de régulation des drogues réduirait l'accumulation du capital des gangs. Enfin, la réutilisation à des fins sociales des biens confisqués au crime organisé réduirait aussi le consensus social envers les gangs. En Italie, la maison de Toto Riina, celui qui éliminait ses adversaires à la Kalachnikov, est devenu un lycée agronome pour les jeunes Siciliens. A quand un centre culturel à Marseille à la place de la maison de l'utilisateur du fusil d'assaut russe ?   

Propos recueillis par Antoine de Tournemire

 

 
Commentaires

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  • Par Lepongiste - 03/12/2011 - 11:22 - Signaler un abus Chez nous c'est de la frime !!

    des petits voyous qui utilisent cette arme pour attaquer Picard , le bar tabac ou l'épicier du coin .... ça fait bien sur leur CV et puis ce n'est pas cher !

  • Par lorrain - 03/12/2011 - 11:41 - Signaler un abus consignes d'ouverture du feu

    il devient urgent que nos policiers aient les mêmes droits au feu que les gendarmes, ils ne sont en effet pas armés pour une réponse proportionnée à ce genre de puissance de feu. pour moi, un policier qui tire le premier sur un type qui sort un AK, c'est normal, si jamais il attend que l' autre tire, il n' aura plus l' occasion de le faire, même son gilet n' est pas conçu pour arrêté du 7,62x39

  • Par Ravidelacreche - 03/12/2011 - 11:41 - Signaler un abus la Kalachnikov

    Il faudrait plus s’intéresser à ceux qui la tienne plutôt qu'à l'arme elle même.

  • Par Chamaco - 03/12/2011 - 13:19 - Signaler un abus armes de point ??

    vous parlez d'une machine à coudre je suppose ? - LE (fusil d'assaut) Kalachnikov AK n'a pas vraiment de prix : tout dépend du pays d'acquisition et si le modèle est d'origine ou une copie (et elles sont nombreuses !), du type : ak47 (7.62) 74 (5.5) 101, etc...

  • Par ZOEDUBATO - 03/12/2011 - 16:45 - Signaler un abus La délinquance violente serait-elle le résultats de'exemples ?

    Au Conseil Général, sur le port avec les Dockers et les marins la délinquance et la violence semblent permettre t d'obtenir beaucoup d'argent indu ? alors pourquoi se priver et ne pas imiter les ainés ?

  • Par laurentso - 04/12/2011 - 12:10 - Signaler un abus @Zoedubato

    A parce que pour vous, un marin ou un docker, c'est un délinquant ou un braqueur d'épicerie ? Vous êtes grave, vous...

  • Par LeditGaga - 04/12/2011 - 12:50 - Signaler un abus @Chamaco

    Non seulement l'utilisation du terme "armes de point" (sic, ci-dessus) est affligeante dans un article, mais vous aurez remarqué par ailleurs (et même pas railleur) qu'ils sont deux gugusses à avoir signé celui-ci ! On peut même penser qu'ils seraient capables de mettre "les poings" sur les i !!! Atlantico, Voici et Gala, même combat avec" l'arme de point... l'arme préférée de la couturière !

  • Par ZEL - 04/12/2011 - 14:32 - Signaler un abus Photo...

    La photo farcie de vieilles pétoires completement rouillées .Rouillées comme ce qui est raconté.Il semblerait que l'on découvre qu'il y a des kalachs et autres uzi dns les quartiers.Affligeant./

  • Par M.A.T. - 04/12/2011 - 22:29 - Signaler un abus @ZEL

    Non, pas rouillées : à priori brûlées pour effacer les traces ADN. Quant à votre opinion sur cette interview, je penserais volontiers que vous n'avez soit pas lu soit pas compris ce qui se joue de nouveau ici, c'est à dire la banalisation gravissime de l'utilisation d'armes de guerre pour taxer des couches-culottes.

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Fabrice Rizzoli et Laurent Appel

Fabrice Rizzoli est docteur en science politique. Il enseigne dans différentes universités. Spécialiste des mafias, il  représente l'ONG
FLARE (Freedom, Legality and Rights in Europe) : premier réseau de la société civile contre le crime organisé transnational. 

Laurent Appel est journaliste spécialiste des drogues et de la réduction des risques sanitaires et sociaux, rédacteur d'ASUD Journal, membre associé à la rédaction de la revue de l'Observatoire Géopolitique des Criminalités.
 

 

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