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L’islam face à la modernité : les raisons théologiques et historiques pour comprendre pourquoi les musulmans ont tant de mal à faire évoluer leur religion

A chaque attentat terroriste revendiqué par les djihadistes, l'origine de la radicalisation de l'islam fait débat. Enfermés dans des écrits d'une autre époque, certains croyants sont pris dans une spirale de violence sans fin. La faute à une religion qui peine à s'adapter à son temps.

Retour vers le passé

Publié le - Mis à jour le 10 Janvier 2015
L’islam face à la modernité : les raisons théologiques et historiques pour comprendre pourquoi les musulmans ont tant de mal à faire évoluer leur religion

L'islam est une religion qui peine à s'adapter à son temps. Crédit Reuters

Atlantico : Quelle est la marge de manœuvre de l'islam relativement à la parole de Mahomet ? Pour quelles raisons ?

Rémi Brague : Mais ce n’est pas la parole de Mahomet ! Le Coran, pour les musulmans, c’est la parole de Dieu, et en un sens très littéral, il a été dicté par Dieu. Dieu est pour eux l’auteur du Coran de la même façon que Flaubert est l’auteur de Madame Bovary. Mahomet n’a fait que prendre à la dictée. Il est certes le "bel exemple", ce pourquoi ses déclarations et ses actions (hadith) peuvent servir de sources de droit.

Tout le monde parle d’interpréter le Coran.

Mais si c’est Dieu qui y dicte ses volontés, on ne pourra guère interpréter que le sens des mots. Le voile des femmes restera un voile ; on s’interrogera seulement sur sa longueur et son opacité.

A lire aussi : Charlie Hebdo : qui est l’ennemi ? Ce qu’il faut comprendre de l’islam pour sortir de la grande confusion intellectuelle ambiante

Peut-on considérer que l'islam est piégé dans une interprétation figée de cette parole ? Quelles en sont les conséquences concrètes pour les musulmans ? Quel peut être le rapport de l'islam à la modernité ?

Il est déjà trompeur de parler de "théologie". C’est un mot chrétien, emprunté lui-même à Platon qui l’a forgé pour la première fois. Il désigne la tentative d’une exploration des mystères divins au moyen des instruments de la raison, et en particulier de la raison philosophique. Les philosophes arabes ont essayé quelque chose de tel, qui a tourné court.

Il faut plutôt chercher la réflexion des penseurs musulmans du côté de ce que l’on appelle le Kalâm, qui est une entreprise apologétique. On y cherche à montrer que les dogmes islamiques, supposés vrais et clairs en soi, sont plausibles, et que ceux des autres religions sont absurdes.

Le fait que l’islam soit vieux de quatorze siècles n’est pas décisif en soi. Si Mahomet avait vécu à la même époque que Joseph Smith, le prophète des Mormons, cela ne changerait rien. Ce qui est vraiment décisif, c’est l’idée d’une dictée d’un texte par Dieu, qui est éternel et omniscient.

"Islam" et "modernité", voilà deux mots sous lesquels on peut mettre mille choses. Tout dépend de ce que l’on entend par "islam". Le mot désigne une religion, une civilisation et des populations. Et la "modernité" est une période de l’histoire pendant laquelle sont apparues des choses plus ou moins bonnes. Bien des gens, dans les pays dans lesquels l’islam est la religion dominante, aspirent à certains aspects de la modernité. Ils se méfient d’autres. Et je les comprends. Nos sociétés "modernes" se portent-elles si bien que cela ?

Les différentes branches de l'islam sont-elles confrontées à la même difficulté ?

Le chiisme a formé un clergé, ce qui lui assure une certaine cohérence et de la discipline.

Il n'y a pas de clergé côté sunnite. Est-ce une raison des dérives ?

Non, mais l’absence d’un magistère interdit de distinguer ce qui représente légitimement l’islam et ce que l’on considère comme des déviations. Personne n’a le droit de dire : "tout ceci n’a rien à voir avec l’islam !"

 
Commentaires

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  • Par Thierry CB - 09/01/2015 - 12:33 - Signaler un abus Lettre ouverte au monde musulman, d'Abdennour Bidar

    Que pense le prof. Brague de la "lettre ouverte au monde musulman" du philosophe Abdennour Bidar, publiée fin 2014. Peut elle avoir un impact sur la nécessité pour les musulmans de poursuivre une réflexion sur leur vision du monde, leur intégration dans des états modernes, de se libérer des "chaines de la soumission" pour redevenir des "Serviteurs de la Lumière" ? http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html

  • Par G.L. - 09/01/2015 - 14:57 - Signaler un abus Cela me laisse pessimiste

    De penser le Coran comme on pense les Evangiles du Nouveau testament est bien une erreur et ce professeur nous le rappelle. Ainsi le Coran ne prêterait pas à interprétation. Il n'y aura pas lieu de croire qu'il y aura un jour l'équivalent institutionnel d'un Vatican. L'Islam en tant que religion du Coran est bel et bien insoluble avec notre République. C'est malheureux à dire mais à moins de bien vouloir demander poliement à Dieu de reécrire le Coran, on est dans une impasse.

  • Par Leucate - 09/01/2015 - 15:44 - Signaler un abus @GL

    C'est bien la grande différence entre le Coran et la Bible, ancien et nouveau testament. L'Ancien Testament, c'est l'histoire du peuple hébreu, de ses rapports avec Dieu et de son alliance avec Lui. Le nouveau testament, c'est le récit des prêches de Jesus-Christ, Dieu fait homme, et de la nouvelle alliance contractée qui remplace l'ancienne. Qu'il s'agisse de ancien ou du nouveau, il s'agit de documents écrits par des hommes, des scribes juifs ou des secrétaires des apôtres, et cela tous les croyants, juifs et chrétiens le savent. Le Coran, c'est la parole de Dieu dictée directement à Mahomet, le Messager, via l'ange Gabriel saint patron des transmetteurs ou un ange cornu qui se faisait passer pour lui. On ne peut donc rien y changer, comme le rappelle l'Organisation des Droits de l'Homme de la Conférence Islamique faisant référence au Coran et à la Sunnah .."A ce titre, ces droits se présentent comme des droits éternels qui ne sauraient supporter suppression ou rectification, abrogation ou invalidation. Ce sont des droits qui ont été définis par le Créateur -à lui la louange!- et aucune créature humaine, quelle qu'elle soit, n'a le droit de les invalider ou de s'y attaquer.""

  • Par toupoilu - 09/01/2015 - 19:12 - Signaler un abus Fut un temps ou la bible etait lettre d'or.

    L’évolution est possible. Mohamed Arkoun par exemple, grand savant reconnu de l'islam récemment décédé à paris disait clairement qu'il fallait sortir de la lecture littérale du coran. Ça viendra probablement de chez nous, mais on ne peut pas attendre, il va falloir les y forcer.

  • Par hmrmon - 09/01/2015 - 20:58 - Signaler un abus Sectarisme.

    Toutes les croyances religieuses et certaines, plus que d'autres, ont comme une de leurs grandes priorités, celle de la soumission totale de leurs ouailles, par un travail d'endoctrinement "lobotomisant", dès le plus jeune âge des enfants de la communauté et, de ce côté là, la religion musulmane n'est pas en reste, question lavage de cerveau. Faut dire qu'il faut s'y prendre tôt, pour faire prendre pour argent comptant, des absurdités, entre autres, comme celle d'un ange dictant dans une caverne, à un analphabète les lois divines, d'une jument à tête de femme et queue de paon, au dos de laquelle le prophète se serait déplacé sur terre et même monté jusqu'au ciel rencontré le "grand patron", d'une araignée qui aurait bouché avec sa toile l'entrée d'une caverne pour que le prophète échappe à ses poursuivants ou encore les fameuses houris, toujours vierges jeunes, belles, qui attendent les martyrs morts à la guerre sainte. Vous me direz, pas plus absurde qu'un dieu qui fait un enfant à une vierge puis le ramène s'asseoir à ses côtés, s'asseoir sur un trône céleste, d'où ils tiennent un dossier sur chacun de nous!

  • Par Leucate - 09/01/2015 - 21:28 - Signaler un abus @toupoilu

    Ce que vous dites de la Bible est inexact. Essayez de trouver par exemple dans le Nouveau Testament de quoi justifier l'assassinat (de hashishin, les tueurs du Vieux de la Montagne) de mécréants. Je vous laisse car vous en avez pour un bout de temps. A la limite un tueur pourrait trouver justification de ses actes parce que l'Ancien Testament est l'histoire du peuple hébreu et que dans le tas, il y a eu des saints tandis que d'autres étaient de franches canailles comme on en trouve partout à toutes les époques, je pense ici au roi David qui fait trier un fidèle officier de sa garde dont il convoite la femme. Mais ce n'est pas la "parole de Dieu", à la différence du Coran.

  • Par Anguerrand - 10/01/2015 - 08:48 - Signaler un abus Hier soir dans "Naulleau/ Zemmour "

    Zemmour à lu toutes les sourates violentes et haineuses du Coran devant un "intellectuel " musulman, cet intellectuel ne pouvait absolument pas contredire Zemmour, et ces sourates faisaient froid dans le dos en particulier sur l'appel aux musulmans de l'extermination des mécréants ( cathos, juifs, athées, en un mot tous ceux qui ne sont pas musulmans). Alors quand on vient me parler de religion d'amour et qu'il ne faut pas confondre entre extrémistes et musulmans modères ça ne marche plus. ASSEZ!

  • Par abracadarixelle - 11/01/2015 - 16:32 - Signaler un abus Encore 700 ans à attendre pour une évolution ?

    Que dalle ! Laissons-les dans leur obscurantisme meurtrier. Je rappelle que rien dans les Evangiles n'incite à détruire les non-croyants. Les massacres et autres atrocités ont été commis par le pouvoir temporel, bien incité par le pouvoir spirituel faut dire ; ce qui n 'ôte rien à l' ampleur des tueries. Mais, mais, il y a une grande différence entre un violence prônée par un " livre saint" qui s'impose à tous ses lecteurs et la violence de quelques uns......

  • Par Leucate - 11/01/2015 - 17:08 - Signaler un abus @abracadariselle - la juste guerre

    Le christianisme est religion pacifiste par essence. C'est d'ailleurs pourquoi il a fallu deux Pères de l'Eglise pour permettre aux chrétiens de se défendre en "tirant l'épée" - "Alors Jésus lui dit: Remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée" - Il s'agit de Saint Augustin (V° siècle), l'évêque d'Hippone, dans le contexte du délitement de l'empire romain alors que la Maurétanie Césarienne (Algérie) est attaquée par les vandales, et de Saint Thomas d'Aquin "le docteur angélique" au XIII° siècle. Saint Augustin écrit: « Que trouve-t-on à blâmer dans la guerre ? Est-ce le fait qu'on y tue des hommes qui doivent mourir un jour afin que les vainqueurs soient maîtres de vivre en paix ? Faire ce reproche à la guerre est le fait d'homme pusillanimes et non d'hommes religieux. Ce qu'on blâme dans la guerre c'est le désir de nuire, la cruauté de la vengeance, une âme inapaisée et implacable, la fureur des représailles, la passion de la domination et autres sentiments semblables. » Saint Thomas définit les conditions de la Juste Guerre menée par des soldats chrétiens. Ce sont les "Jus ad bellum" (avant), Jus in bello (pendant) et Jus post bellum (après

  • Par marseillaise - 02/08/2016 - 14:20 - Signaler un abus La parole de Dieu

    Ce sont le hommes qui ont décidé que le Coran était la parole de Dieu. Comme cela on ne peut pas y revenir et c'est ainsi qu'on fait marcher les populations.

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Rémi Brague

Membre de l'Institut, professeur de philosophie à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne et à la Ludwig-Maximilians-Universitat de Munich, Rémi Brague est l'auteur de nombreux essais dont Europe, la voie romaine (1992), la Sagesse du monde (1999), La Loi de Dieu (2005), Au moyen du Moyen Age (2008), le Propre de l'homme (2015) et Sur la religion (2018).

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