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L’incroyable pouvoir de Google sur chacun d’entre nous

Google sait à peu près tout de nous : ce que nous lisons, notre métier, nos amis, où nous nous trouvons en temps réel... Et il en saura bientôt encore plus : sur l'état de notre santé, de nos finances personnelles... Un pouvoir en réalité bien plus fort et insidieux que celui d'un Big Brother.

Un ami qui vous veut du bien

Publié le - Mis à jour le 7 Avril 2015
L’incroyable pouvoir de Google sur chacun d’entre nous

Google sait à peu près tout de nous. Crédit Reuters

Notre vie privée

Jean-Gabriel Ganascia : Google accumule à notre insu une foultitude d’informations personnelles sur chacun d’entre nous. De multiples signes en attestent. Ainsi, lorsque vous demandez à obtenir les nouvelles sur Internet (news), Google vous renvoie immédiatement à la page donnant des informations nationales qui dépendent de l’endroit où vous vous trouvez. Nous sommes donc localisés et suivis à la trace. De même, si un jour vous cherchez à acheter des lunettes de soleil avec Google, des publicités pour des lunettes de soleil vous seront présentées dans les semaines qui suivent.

Les requêtes que nous formulons se complètent automatiquement en reprenant d’anciennes requêtes que nous avons formulées... Tout ce que vous nous faisons est enregistré.

Les risques

Les risques apparaissent évidents. Toutes ces données sont revendues à des industriels qui les utilisent pour nous profiler et calibrer les sollicitations qu’ils nous adressent, afin de mieux nous séduire. S’il n’en allait que de cette activité marchande, cela nous irriterait sans avoir de grandes conséquences. Mais nous savons que les Etats, en particulier le gouvernement des Etats-Unis, vont plus loin : ils demandent à Google de leur fournir des informations, au prétexte d’assurer la sécurité. La conséquence majeure apparaît évidente : on supprime les libertés individuelles !

Lire également : L’UE et les Etats-Unis s’attaquent à Google mais quel Etat a encore vraiment le pouvoir de résister au géant du web ?

Comment y échapper

Pour s’affranchir de l’emprise de Google, il suffit simplement de ne pas utiliser Google... Il existe d’autres moteurs de recherche qui ne tracent pas leurs utilisateurs ; citons par exemple le moteur français Qwant qui se révèle à l’usage pratiquement aussi efficace que Google, avec une interface mieux faite. Malheureusement, l’inertie est forte et les habitudes sont bien ancrées !

Nos finances personnelles

Pascal Perri : Google dispose d’un accès direct à une grande partie des consommateurs du monde. Sur la base de son métier de base, la recherche d’informations, Google a mis la main sur un stock considérable de données personnelles. C’est la base de la connaissance client, le saint Graal du commerce. Le moteur de recherche est devenu une interface entre les commerçants et les consommateurs. Il manquait juste les moyens de paiement. C’est désormais chose presque faite. Demain Google pourrait aussi devenir banquier comme l’a fait Alibabuy en vendant des produits financiers aux Chinois. Et pour quelle raison ? Parce que nul autre que ces entreprises ne connaît mieux les consommateurs : leurs habitudes d’achat, leur capacité contributive, leur épargne. Nous entrons dans un monde où le pouvoir de marché se déplace. 

Notre santé

Jean-Gabriel Ganascia : Plus que d’une mainmise sur la santé, Google veut montrer qu’il aide à faire progresser la médecine en engrangeant et en interprétant les données, par exemple en détectant, par une analyse des requêtes qui lui sont soumises, l’émergence d’un foyer infectieux et le début d’une épidémie, ou en analysant le génome et en prédisant les facteurs génétiques prédisposant à une maladie. Mais Google va plus loin et investit dans des sociétés comme Calico (California Life Company) qui veulent lutter contre l’altération des cellules et faire reculer la mort.

 
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Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du  LIP6, dans le thème APA du pôle IA où il anime l'équipe ACASA .
 

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Pascal Perri

Pascal Perri est économiste. Il dirige le cabinet PNC Economic, cabinet européen spécialisé dans les politiques de prix et les stratégies low cost. Il est l’auteur de  l’ouvrage "Les impôts pour les nuls" chez First Editions et de "Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien" chez Anne Carrière.

En 2014, Pascal Perri a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France au ministre de l’économie.

Il est membre du talk "les grandes gueules de RMC" et consultant économique de l’agence RMC sport. Il commente régulièrement l’actualité économique dans les décodeurs de l’éco sur BFM Business.

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François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’IRIS.
 
Il enseigne notamment au Celsa Paris IV à l’IRIS Sup et anime le site http://huyghe.fr
 
Spécialiste des stratégies de l'information, il est l'auteur de nombreux ouvrages - dont La Soft-idéologie (Robert Laffont ), L'Ennemi à l'ère numérique (PUF), Comprendre le pouvoir stratégique des médias (Eyrolles), Maîtres du faire croire de la propagande à l'influence (Vuibert), Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire (avc A. Bauer, PUF), Terrorismes, Violence et Propagande (Gallimard) 
 
Son dernier ouvrage : Désinformation Les armes du faux (Armand Colin 2016)

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