Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 18 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Immobilisme à Bratislava : l'Union européenne est-elle une URSS en fin de course qui s'ignore ?

Ce vendredi s'ouvre à Bratislava un sommet européen, le premier sans la Grande-Bretagne depuis le référendum sur le Brexit. L'onde de choc suscitée par ce dernier a relancé la thématique du déclin de l'UE, que les dirigeants français et allemand souhaiteraient contenir. Mais face aux divergences entre partenaires européens sur de nombreux dossiers, la tâche s'annonce compliquée.

Etoutacou !

Publié le
Immobilisme à Bratislava : l'Union européenne est-elle une URSS en fin de course qui s'ignore ?

Atlantico : Ces dernières années, certaines personnalités, comme George Soros ou Vladimir Boukovsky, ont comparé l'UE à l'URSS dans leurs mouvements et dynamiques, prévoyant ainsi un effondrement de l'UE sur le modèle de celui de l'URSS. Quelles sont effectivement les similitudes de mouvements et de dynamiques que l'on peut retrouver entre l'UE et l'URSS au prisme de la notion de "déclin" ? Un effondrement, d'ici quelques années, de l'UE sur le modèle de celui de l'URSS est-il envisageable ?

Florent Parmentier : A y regarder trop rapidement, on pourrait écarter cette comparaison comme étant purement inepte, voire incongrue si l’on compare le bilan humain des deux entités.

En effet, on peut objecter que l’Union européenne s’est construite en aimantant des Etats qui ont voulu se joindre à un projet politique s’appuyant sur des régimes démocratiques, alors que l’URSS était une fédération qui s’est développée par la force autour d’un centre, Moscou, peut-être même au détriment et en contrepoids de ce centre. Le projet européen, chez les pères fondateurs, devait aboutir à une sorte de fédéralisme comme destination, là où la fédéralisation de l’URSS s’est imposée par le centre.

Leur raison historique diffère certainement. La création de l’URSS est le résultat de la Première Guerre mondiale, tournant le dos au tsarisme et au système capitaliste, là où l’Union européenne s’est construite sur les ruines fumantes de la Seconde Guerre mondiale et des divers nationalismes. Les deux sont cependant des constructions se mobilisant autour d’un projet politique, s’éloignant de l’Etat-nation classique.

Si l’on prend le prisme du déclin, on peut observer que l’Europe arrive aujourd’hui à une forme de stagnation économique relative qui remet en question la promesse de prospérité et de bien-être. Sa capacité d’absorption de nouveaux Etats semble s’affaiblir, son poids international s’érode et les Européens se divisent sur les valeurs à défendre. L’UE est-elle une super-bureaucratie que dénoncent les uns, ou le cheval de Troie de la mondialisation des autres ? Comme avec l’URSS, la question de la réforme du système européen se pose, et la réponse ne semble pas évidente.

Ainsi, l’UE peut-elle s’effondrer ? "Nous autres, civilisations, savons désormais que nous sommes mortelles", disait Paul Valéry. L’Union européenne est tellement présente dans l’esprit de nos élites qu’on n’en saisit pas sa fragilité intrinsèque. L’URSS a duré trois générations, et son effondrement semblait impossible, avant qu’on ne juge qu’il fût inévitable. Ce même type de surprise historique est également possible pour l’Union européenne : elle s’approche de l’âge qui a vu la disparition de l’URSS. L’Union européenne survivra-t-elle à sa troisième génération ?

Alain Wallon : Tout d’abord, il faut faire la différence entre ces deux "futurologues" : George Soros, tout en ayant bâti l’essentiel de sa très grande fortune sur des opérations de spéculation financière, notamment contre la Livre sterling à l’époque du SME, ancêtre de l’Euro, paraît pourtant se placer du côté des partisans d’une Europe plus forte, même s’il se dit inquiet de l’incapacité actuelle des chefs d’Etat européens à se dépêtrer de leurs égoïsmes nationaux et des tensions dangereuses qui se développent ainsi au sein de l’Union. En revanche, Vladimir Boukovski, malgré le respect que je dois à un dissident historique de l’ex-URSS, débite comme des oukazes à coup de mensonges un discours caricatural, factuellement erroné et simpliste contre l’Union européenne qu’il assimile purement et simplement à la dictature stalinienne. Son raisonnement tient en une phrase : puisque l’UE n’est que la répétition, plus ou moins maquillée, du modèle de l’URSS, elle s’effondrera comme son modèle, point final. Evidemment, toute construction humaine est faillible et fragile et l’UE peut connaître le sort des grandes constructions qui, soit brutalement, soit progressivement ont échoué à éterniser leur existence. Mais avant de tenter des parallèles entre la chute de l’empire romain, perse, ottoman ou communiste et la construction avant tout institutionnelle, quoique très politique, de l’Europe unie, il me semble qu’il faudrait d’abord isoler et définir ce qui peut constituer les principales lignes de faille, les défauts de fabrication, les points possibles de rupture de l’édifice puis, dans un second temps identifier les facteurs, déstabilisateurs ou stabilisateurs, qui sont aujourd’hui – ou à court et moyen terme – mis en jeu. Un phénomène, commun à tous les empires pour lesquels la puissance passait par leur expansion territoriale, est ce que les Anglo-saxons appellent le "stretching effect", c’est-à-dire le déchirement quasi inévitable du tissu de cette expansion au-delà d’un certain stade : autonomisation des provinces annexées ou pays vassaux, révoltes devenant endémiques aux marches de l’empire non jugulables par l’autorité ou la seule force du pouvoir central, refus d’y faire remonter l’impôt, etc. L’élargissement à l’Est, pourtant réclamé par ces pays eux-mêmes mais aussi souhaité et favorisé par les institutions de l’UE dans leur ensemble, relève-t-il de ce même type de phénomène ? L’incapacité à fixer une frontière géographique claire (quid de la Turquie, du Maroc, de l’Ukraine) à l’Europe unie peut le laisser penser… Mais parler de déclin alors qu’il s’agit peut-être plus d’une crise de croissance que de sénilité me paraît hasardeux. Ce qui ne veut pas dire qu’une embolie, une paralysie des muscles menant à l’effondrement organique que vous évoquez ne serait pas possible…

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Paul Emiste - 16/09/2016 - 07:11 - Signaler un abus UERSS?

    Oui, Jawhol, si, yes, ne, igen, et ne pas oublier naam.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 16/09/2016 - 08:24 - Signaler un abus Que d'inepties ! Le spécialiste des drogues à fumé moquette.

    3 pages de lieux communs pour ne rien dire....car pour que l'Europe s'effondre encore eût-il fallu qu'elle éxiste en tant qu'entité politique..... Ce qui n'a jamais été le cas.......l'association des maires de France peut bien disparaître...les communes ne disparaîtront pas pour autant.

  • Par Texas - 16/09/2016 - 09:42 - Signaler un abus " L' U.E doit se poser...

    ...la question de la direction qu' elle souhaite suivre " . Pas un jour ne passe sans que ses élites les plus occidentales ne nous prouvent le contraire . L' introspection n' est pas leur première vertu . Autant d' insistance à favoriser les migrations sauvages ne peut relever que d' un agenda bien établi , ce que Me Mogherini appelle une immigration bien gérée .

  • Par Texas - 16/09/2016 - 09:53 - Signaler un abus ....le hiatus :

    c'est que , ce qu' elle appelle " une chance pour ceux qui migrent et ceux qui les accueillent " n' en est plus une depuis au moins 10 ans ( cf montées des Nationalismes ) . Son discours date d' il y a 2 jours . Chacun appréciera l' effort intellectuel réalisé après quelques millions de réfugiés supplémentaires au milieu d' économies prêtes à sauter .

  • Par J'accuse - 16/09/2016 - 10:01 - Signaler un abus L'autre empire éclaté

    Il y a des parallèles flagrants avec l'URSS qui ne sont pas soulignés ici, dont l'absence totale de démocratie dans les instances européennes. En Union soviétique, on ne pouvait voter que pour un communiste; en Union européenne, on ne peut voter que pour un fédéraliste (de droite, de gauche ou du centre), ou pour un opposant à l'UE qui n'aura aucun pouvoir : c'est pareil. Les membres de la Commission sont nommés lors de négociations occultes entre dirigeants, et ils ne sont responsables devant personne. Presque tous les médias européens voient l'UE comme une nécessité, au point de confondre Europe et Union européenne : pas de liberté d'expression en URSS, très peu en UE sur ce sujet. Enfin, il n'y avait pas d'identité entre les peuples de l'Union soviétique (le fameux livre "Empire éclaté"), et il n'y a pas d'identité européenne en UE: donc pas de démocratie possible. L'éclatement de l'UE n'est qu'une question de temps.

  • Par zouk - 16/09/2016 - 10:57 - Signaler un abus UE menacée

    Par l'immobilisme certainement, résultat des égoïsmes nationaux et des ambitions électorales dans au moins 4 des pays les plus peuplés, Allemagne, France, Espagne, Italie. Leurs dirigeants se savent en balance et fuient toute ambition: la situation présente n'est certes pas satisfaisante mais comment les majorité électorales réagiraient-elles à de vraies réformes? Aussi bien à l'intérieur que sur l'UE, donc ne bougeons pas. D'autant que les instances européennes ne sont pas élues, mais désignées par des tractations dont nul des citoyens Européens ne sait rien et qui n'ont donc aucun poids politique.

  • Par GP13 - 16/09/2016 - 10:59 - Signaler un abus Conduire plutôt que subir

    L'Europe , en tant qu'union politique fédérale, est une utopie. Aussi généreuse et ambitieuse qu'elle soit, elle finira comme toute utopie par disparaître. Les vrais responsables politiques devraient s'attacher à conduire et maîtriser la fin de l'Union européenne en tissant des réseaux d'alliances ménageant les intérêts des nations, au lieu de subir les conséquences difficiles d'un effondrement surprise.

  • Par vangog - 16/09/2016 - 12:43 - Signaler un abus "Le projet qu'elle souhaite impulser( l'UE)"?????

    60 ans que l'UE existe, et elle n'a pas encore de projet?... Au delà des mauvaises expressions journalistiques (les professeurs de science pupilogie et des écoles de journalisme sont-ils les mêmes?), trois pages de bla-bla vides de sens... L'UE souffre, comme l'URSS, d'un défaut de conception majeur lié à son dogme, proche de l'internationalisme marxiste. Il eût été plus intelligent de comparer la fédération américaine et l'Union européenne, pour comprendre pourquoi l'une a réussi, alors que l'autre va irrémédiablement à sa perte, et, peut-être, à sa guerre...l'erreur des fédéralistes européens est le même que l'erreur des socialistes russes: vouloir imposer par la contrainte le dogme de l'universalisme de la culture, de l'économie, des modes de vie et de pensées! Or, il existe un certain nombre de thèmes qui peuvent être supra-nationaux, mais ils doivent obéir à un schéma strict, sans faille et fixé d'avance, ce qu'ont parfaitement compris les Américains. Ils ont d'abord construit une armée, fondée sur une idée nationale, puis une monnaie, puis des lois. Les europeistes ont fait l'inverse: des lois sans âme, puis une technostructure ecolo-marxiste, puis un Euro, puis l' échec...

  • Par lafronde - 16/09/2016 - 16:05 - Signaler un abus Les maux de l'Europe et ceux de la France

    Un système politique se juge comme un arbre, à ses fruits. Le bilan de la République française post-gaullienne est résumé par une suite de maux : politiciens professionnels, électoralisme, clientélisme, excès de dépense publique, excès d'impôts et taxes, endettement excessif et improductif, défaut d'investissement, chômage de masse, retraites non-provisionnées. L'Union Européenne n'est strictement pour rien dans ce désastre républicain. Par contre l'UE est la fille de l'étatisme français, et elle en reproduit bien des défaut. Manie de la normalisation, centralisation, interventionisme, moralisme. En fait bien des caractéristiques les moins avenantes de l'UE ont été réalisées sous l'influence des gouvernements français ! L'Euro et l'espace Schengen par exemple. et bien avant la CEDH !

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 16/09/2016 - 17:45 - Signaler un abus Tout à fait Thierry....(la fronde )

    Très bonne analyse ! On pourrait même ajouter que lorsque de Gaulle a fonctionarisé la politique en créant l'ENA il l'a fait dans un contexte où après guerre ce passage était nécessaire, mais comme une transition.... En fait de transition, le système s'est auto alimenté, et il est devenu depuis les années 70 incontrôlable.......au point de gangréner verticalement l'administration en s'infiltrant dans les départements, puis les régions, et maintenant effectivement l'Europe.

  • Par Joly Maurice - 16/09/2016 - 20:15 - Signaler un abus Lourde bureaucratie!

    Cette Europe dirigée par des bureaucrates qui ressemble de plus en plus à des apparatchiks isolés dans leurs magnifiques statuts, salaires et privilèges, est victime de son expansionnisme à tout va! Oser imaginer inclure la Turquie, pays tellement différent, quand on n'arrive déjà pas à exister dans la situation actuelle frise la démence! Comment être crédible avec de tels projets, quand par ailleurs les promesses de prospérité tenues à l'époque des premiers pays membres ne sont pas tenues et que, au contraire nous vivons de moins en moins bien?

  • Par D'AMATO - 16/09/2016 - 22:17 - Signaler un abus L'Europe a toujours été une affaire compliquée.....

    ...surtout avec la bande d'abrutis, paralytiques et accrochée à leurs avantages qui font mine de la gérer.... Nous sommes FOU.......TUS

  • Par D'AMATO - 16/09/2016 - 22:29 - Signaler un abus Oui, l'explosion européenne n'est qu'une question de temps....

    je souhaite aux gestionnaires de cette CACA-FONIE d'exploser en même temps qu'elle et que leurs poches soient déchirées.... Quelle désinvolture....aucune justification...puisque aucun résultat....RAUSSS.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alain Wallon

Alain Wallon a été chef d'unité à la DG Traduction de la Commission européenne, après avoir créé et dirigé le secteur des drogues synthétiques à l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, agence de l'UE sise à Lisbonne. C'est aussi un ancien journaliste, chef dans les années 1980 du desk Etranger du quotidien Libération. Alain Wallon est diplômé en anthropologie sociale de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, VIème section devenue ultérieurement l'Ehess.

Voir la bio en entier

Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€