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Pourquoi l'immigration ne pourra pas être la solution aux problèmes de pénurie de main d'œuvre de l'Allemagne

Cultures à caractère endogène, faible niveau de qualification et d'alphabétisation, taux de natalité se rapprochant de celui du pays d'accueil, difficultés d'intégration, etc. : nombreux sont les éléments d'analyse semblant révéler que l'immigration n'est pas la solution permettant de pallier les difficultés démographiques de l'Allemagne. D'autant plus que le phénomène participe à la déstabilisation politique du pays, mais aussi de l'Europe.

Fausse route

Publié le - Mis à jour le 17 Juin 2016
Pourquoi l'immigration ne pourra pas être la solution aux problèmes de pénurie de main d'œuvre de l'Allemagne

Atlantico : Si l'on considère le profil des migrants arrivés ces derniers mois en Europe, et principalement en Allemagne (pays d'origine et culture, niveau de qualification, taux d'alphabétisation, taux de natalité se rapprochant de celui du pays d'accueil, etc.), n'est-il pas illusoire de penser que l'immigration serait la solution pour pallier les difficultés démographiques de l'Allemagne ?

Guylain Chevrier : Il y a plusieurs catégories d’immigrations, il y a celle qui est attribuée aux conflits que fuient certains migrants et une autre, économique, qui elle relève d’un ressort qui n’a rien à voir avec le discours à caractère humanitaire de l’Allemagne, justifiant un accueil inconditionnel autant que compassionnel. L’Allemagne joue comme souvent sa propre carte, en donnant cet exemple, entre fuite en avant au regard de sa situation démographique catastrophique, et volonté de tirer des bénéfices secondaires en faveur de sa puissance dominante en Europe.

On sait que l’indicateur conjoncturel de fécondité (somme des taux de fécondité par âge dans l’année) de l’UE était de 1,62 en moyenne en 20101. En Allemagne, l’indicateur conjoncturel de fécondité y est inférieur à 1,5 enfants par femme depuis 1983. Si on se fit aux projections démographiques d'Eurostat (EUROPOP2013-2080), en l’absence de migrations en Allemagne, la population d’âge actif devrait perdre 2,2 millions de personnes d’âge actif d’ici 2020, situation qui ne devrait cesser de s’aggraver. Le vieillissement de la population du cru va être très important et donc la charge des retraite. Si les choses continuent ainsi, le nombre d’actifs doit diminuer de façon assez inquiétante.

Il y a derrière ce constat aussi, une crise morale que l’on ne doit pas sous-estimer pour ce pays chrétien, protestant et catholique, dont le modèle familial s’éloigne de plus en plus de la norme religieuse de la mère au foyer de famille nombreuse. La pauvreté qui se développe dans l’Allemagne populaire à l’aune des inégalités galopantes, derrière la carte postale de sa réussite, est un prix à payer qui freine aussi de ce côté les ménages allemands vers plus de natalité.

Ce qu’elle voit comme opportunité à travers la crise des migrants pourrait bien s’avérer illusoire, car on sait que les populations immigrées lorsqu'elles se sont installées changent tendanciellement leur comportement, avec moins d’enfants par femmes que dans le pays d’origine, opérant une sorte de transition démographique accélérée. A la génération suivante à celle qui s’est installée, les choses se tassent. On ne peut jouer l’immigration qu’une fois dans ce domaine.

Lorsqu'il s’agit de l’installation dans les valeurs et normes communes de centaines de milliers, voire de millions de personnes, c’est une tout autre affaire, à laquelle l’Europe ne s’est contrairement aux apparences voulues, absolument pas préparée. Ces migrants qui cherchent avant tout un meilleur sort, viennent de pays où on ignore la démocratie, le sens des libertés au nom desquelles on les accueille, culturellement très différents en termes de mœurs et de modes de vie, d’appréhension du fait religieux. Mais on l’oublie aussi un peu vite, qui doivent apprendre la langue, alors qu’ils sont nombreux à être analphabètes, en dehors des citadins des classes moyennes urbaines qui arrivent déjà diplômés, qui sont une minorité. Une situation rendue encore plus compliquée par le fait qu’ils arrivent en masse et fassent encore plus ainsi communauté, à ne pas avoir l’espace pour intégrer.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 13/06/2016 - 10:32 - Signaler un abus Salaire : un euro/heure

    J'espérais plus d'informations pratiques. Sur le million de nouveaux arrivants en Allemagne, combien sont déjà au travail ? Que font-ils ? Qu'en est-il du programme de Mme Merkel de créer pour eux quelques centaines de milliers d'emplois payés un euro/heure ? Cela correspond-il à un rétablissement de l'Esclavage ?

  • Par juletflo - 13/06/2016 - 10:49 - Signaler un abus au-dela de l'aspect culturel/religieux

    le calcul est très simple: les migrants occuperont (tardivement) des emplois sous-payés - n'oublions pas le fameux "400 Euros job" c.à.d. sans paiement de charges sociales de la part de l'employeur et de l'employé, la différence entre salaire très bas et revenu minimum est financé par le Harz IV (équivalent du RSA) ce qui veut que non seulement les retraites/caisses maladies ne sont pas financées par le travailleur lui-même mais uniquement par les impôts des "imposables" (allemands) mais que ses propres enfants qui appartiendront à l'enfance vivant sous le seuil de pauvreté (actuellement 1 enfant sur 5 soit 2,5 mio) ne seront pas plus favorisés dans 20 ans - soyons réalistes - qu'aujourd'hui, ce qui veut dire que la population augmentra mais uniquement par le biais de très pauvres qui ne pourront pas eux-même subvenir à leurs besoins. Si les Allemandes ont peu d'enfants, cela tient encore et toujours au fait de l'absence totale de crèches, écoles maternelles et garderies d'état (le privé est très cher) ainsi qu'au fait qu'élever un enfant en lui assurant une scolarité "convenable" une formation ou des études n'est tout simplement plus à la portée des classes dites moyennes.

  • Par Deudeuche - 13/06/2016 - 19:54 - Signaler un abus @julefto

    correct. Les Allemands depuis longtemps sont touchés de cette gangrène pour vieux riches hédonistes et matérialistes appelé le malthusianisme. Si on rajoute le complexe national de benêts pour toujours qui veut que la RFA soit composée de "Gutmenschen" parce que les Allemagnes RDA et IIIeme Reich était très méchantes, on comprend mieux le suicide culturel par les migrants.

  • Par Le gorille - 14/06/2016 - 03:23 - Signaler un abus La femme au foyer

    Finalement, on en arrive à la question : que vaut-il mieux, la femme au foyer et une Nation qui ressuscite, ou une femme qui continue à travailler pour son unique satisfaction et la ruine de la dite Nation ? Vitale pour l'Allemagne, cette question, est aussi d'actualité en France. Mettre les enfants en crèche, c'est réduire les femmes au rôle de poule pondeuse, sans leur donner leur premier rôle : élever les enfants et les armer pour la vie... Dur, très dur, je sais. * * * Mais le salut viendra d'un meilleur équilibrage de la vie des femmes, ce qui impose aussi aux maris une moralité supérieure et surtout une prise de responsabilité peut-être oubliée, non, oubliée ! Bref, mesdames, les hommes aussi sont donc fautifs, et même les premiers fautifs, oui ! en rompant le pacte de confiance qu'est le mariage, cellule de base de la société. Rappeler les hommes à leur devoir, ce qui permettrait à la femme d'accorder à nouveau leur confiance à la Vie, par le biais de l'homme de leur vie. Le salaire est un autre problème : il pose même la quadrature du cercle, après qu'hommes et femmes aient été habitués à deux salaires...

  • Par Deudeuche - 14/06/2016 - 08:11 - Signaler un abus @Le Gorille

    bien dit, la fin du "gentleman", gentilhomme dans notre langue (just in case) remplacé par le branleur hédoniste, post mai 68, "serial baiseur et adultère-friendly" n'est pas un progrès pour les femmes, Jadis ce dernier était un salaud maintenant c'est le premier qui est décrété salaud (macho, réac etc...). Ou sont les pères? Quant aux travail des femmes il serait sympa de les laisser choisir individuellement, en dehors des slogans de société ce qu'elles veulent!

  • Par Le gorille - 14/06/2016 - 09:01 - Signaler un abus Just in case

    Je préfère de loin le Brexit... essentiellement pour la langue, qui envahit trop notre patois -- le français n'est plus qu'un patois -- par paresse et inculture... Danke...

  • Par zouk - 14/06/2016 - 10:17 - Signaler un abus Immigration en Allemagne

    Nous semblons ne pas être les seuls atteints du syndrome de Gribouille multiplié par la bien pensance. mails le gorille a raison, envahi par un anglais effroyable, grammaticalement et très souvent à contresens,tout cela multiplié par les fautes de français et les fautes de grammaire le français parlé n'est plus qu'un patois dégénéré.

  • Par cloette - 14/06/2016 - 12:11 - Signaler un abus le salut des femmes

    Il faut qu'elles travaillent et soient indépendantes. Les enfants qui ont une mère au foyer de nos jours sont bien plus fragiles que ceux qui ont des mères qui ont une activité professionnelle ou au moins extérieure à la maison . Elles donnent l'exemple aux filles qui imitent leur mère et c'est très bien ainsi ,inutile d'autre chose dans les écoles façon Najat ou les sectes féministes .

  • Par cloette - 14/06/2016 - 13:11 - Signaler un abus argumentaire suite

    les divorces appauvrissent ,et la femme et l'homme avec sa "pension alimentaire". Les choses étant ce qu'elles sont, il vaut mieux que les femmes travaillent avec une politique de crèches . Et aussi en cas de décès du père (les enfants y pensent et sont bien plus sécurisés si Maman gagne sa vie )

  • Par Le gorille - 15/06/2016 - 00:36 - Signaler un abus La femme

    Cloette, vous avez aussi raison. L'équilibre, aujourd'hui, entre foyer et travail n'est pas atteint. Quel serait l'équilibre ? Mon épouse travaillait, mais nous avons pu, financièrement, ne pas nous adresser aux crèches. Mes (enfin, "nos" filles, mon épouse est tout de même partie prenante !) filles travaillent. Elles sont chacune autant de cas de vie, et l'une d'elles vous donne raison, en raison de son divorce. Pour une autre, mariée, les grands-parents permettent d'alléger la charge de la crèche de différentes manières... C'est un problème très difficile, j'en conviens, et mettre en balance la possibilité des aléas de la vie montre aussi une défiance envers la Vie, défiance qui nuit au moral de la Nation.

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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL
 
L’Harmattan, Sous la direction de Guylain Chevrier, Les Ecrits de BUC Ressources SOCIOLOGIE TRAVAIL SOCIAL, juillet 2017, 270 pages.

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