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Essais cliniques : sommes-nous tous devenus des cobayes de l’industrie pharmaceutique ?

Si les patients étaient jusque-là soignés avec des traitements efficaces et adaptés, ils devront désormais subir des essais cliniques en même temps. Une pratique effrayante qui s'est généralisée .

La dictature du bien

Publié le - Mis à jour le 20 Juillet 2014
Essais cliniques : sommes-nous tous devenus des cobayes de l’industrie pharmaceutique ?

Des patients subiraient des essais cliniques en même temps que leur traitement. Crédit Reuters

Atlantico : Nicole Delépine, vous militez actuellement pour que le service d’oncologie pédiatrique que vous dirigez à l’hôpital de Garches ne ferme pas à la suite de votre départ à la retraite prévu le 18 juillet. Les enfants atteints de cancer placés sous votre responsabilité seraient ensuite soignés dans le cadre de protocoles standardisés impliquant des essais cliniques. Comment faire la part des choses entre le traitement et l’essai clinique ? Autrement dit, comment soigner et en même temps progresser dans la prise en charge des patients ?

Nicole Delépine : Différencier un traitement connu d’un protocole d’essai thérapeutique , aussi  appelé "test" est relativement facile. Un traitement éprouvé a déjà été utilisé, analysé et publié, évalué de fait selon l’expression à la mode ! il représente l’ "état actuel de la science" On connait ses résultats et ses risques souvent à long terme  et on peut ainsi adapter le traitement à chaque patient en fonction de ses caractéristiques personnelles et de ses réponses au traitement. De plus un traitement éprouvé ne comporte jamais de tirage au sort. Le patient peut obtenir les publications concernant ce schéma et les étudier avec son médecin traitant.

Au contraire un essai thérapeutique vise à répondre à un problème non résolu ; ses résultats comme ses risques ne sont par définition pas connus puisqu’il s’agit d’un traitement au moins en partie expérimental.

La plupart des essais pratiquent le tirage au sort entre deux groupes qui recevront un traitement différent pour mettre plus facilement en évidence des différences entre le groupe témoin qui reçoit en général le traitement utilisé dans l’essai précédent (dit abusivement traitement "standard" car les résultats ne sont souvent pas encore publiés ) et le groupe du "nouveau traitement" qui ajoute souvent une molécule nouvelle  .

Ce schéma d’essai avec plusieurs drogues correspond aux essais dits phase 3 ou 4 dans lesquels sont inclus d’emblée des enfants atteints de cancer (80 % selon les données de l’institut Gustave Roussy) trop selon nous.

 C’est ce combat qui alimente la polémique actuelle . Nous pensons avec les familles qui se battent pour que le service accordé il y a dix ans par le ministère de la santé  dans cet esprit que les parents  doivent bénéficier du "choix veritablement eclaire entre traitements connus et valides et essais experimentaux". Droit fondamental de l’homme ,reconnu dans le code de santé publique et dans la loi européenne sur les essais cliniques qui confirme que l’intérêt collectif ne doit jamais primer sur l’interet individuel. Pour que ce droit ne soit pas virtuel certains centres (dont Garches) doivent avoir l’autorisation de pratiquer ces traitements conventionnels qui ont fait leur preuve.

Il faut  différencier  ces essais de phase 3 imposées d’emblée dans la majorité des cas aux enfants cancéreux, des essais phase I où l’on essaie de déterminer la dose maximale tolérable d’un nouveau médicament donné seul et la phase 2 dans laquelle on tente de voir les maladies qui voudraient bien répondre et qui  sont rarement pratiquées en première intention chez les patients  n’ayant jamais été traités .

 
Commentaires

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  • Par Karg se - 15/07/2014 - 09:24 - Signaler un abus délire

    "C’est par l’observation minutieuse de la réponse des malades au traitement que les progrès sont réalisés et non pas par les essais." Non, là on voit bien l'incompétence scientifique des médecins: seul des essais randomisé peuvent produire des chiffres fiables.

  • Par Karg se - 15/07/2014 - 09:30 - Signaler un abus WTF

    "qui publiera dans les plus grandes revues (dont elles assurent l’essentiel des revenus par la publicité) " Non, les revues scientifiques ne se financent pas par la publicité... Les travaux scientifiques ne sont pas publiés dans la presse.

  • Par cpamoi - 16/07/2014 - 07:45 - Signaler un abus Article édifiant. Grand merci.

    « Tant qu’un médicament n’a pas été utilisé à large échelle, on ne peut donc jamais être certain de son innocuité », « … de prochaines catastrophes sanitaires sont prévisibles d’autant que la traçabilité des circuits de fabrication et de commercialisation des médicaments n’est pas mieux assurée que celle des lasagnes », « L’industrie pharmaceutique est privée et vise seulement à engranger des bénéfices », « Pour consolider ses bénéfices, elle (l’industrie pharmaceutique) se comporte certainement comme le plus grand corrupteur actuel des états, de leurs dirigeants et des experts sous différentes formes … » " La médecine est devenu une bataille de produits chimiques lesquels ont l'avantage de coûter fort peu cher - laissant 25% de marge, quelle autre industrie en est capable ? En l'espace d'un siècle le corps de l'Homo sapiens a absorbé une quantité considérable de substances synthétiques : comment penser qu'il n'en sera pas affecté d'ici quelques générations ? Le temps de vie passé en bonne santé a déjà commencé à diminuer... Est-ce un hasard ?

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Nicole Delépine

Nicole Delépine ancienne  responsable de l'unité de cancérologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches( APHP ). Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale, elle a récemment publié La face cachée des médicaments, Le cancer, un fléau qui rapporte et Neuf petits lits sur le trottoir, qui relate la fermeture musclée du dernier service indépendant de cancérologie pédiatrique. Retraitée, elle poursuit son combat pour la liberté de soigner et d’être soigné, le respect du serment d’Hippocrate et du code de Nuremberg en défendant le caractère absolu du consentement éclairé du patient.

Elle publiera le 4 mai 2016  un ouvrage coécrit avec le DR G Delepine chirurgien oncologue et statisticien « Cancer, les bonnes questions à poser à mon médecin » chez Michalon Ed.

 

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