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Les enregistrements secrets qui montrent que les soldats allemands en savaient beaucoup plus sur la Shoah que ce qu'ils reconnaissaient officiellement

Deux historiens, Sönke Neitzel et Harald Welzer, ont compilé dans un livre les enregistrements d'officiers allemands faits prisonniers par les Alliés.

Ach so !

Publié le 26 septembre 2012
 
150 000 pages de comptes rendus originaux dans lesquels des officiers, des généraux d'armée ainsi que des pilotes de la Luftwaffe, parlent dans une totale liberté de la "pure joie" de massacrer des civils, des juifs.

150 000 pages de comptes rendus originaux dans lesquels des officiers, des généraux d'armée ainsi que des pilotes de la Luftwaffe, parlent dans une totale liberté de la "pure joie" de massacrer des civils, des juifs. Crédit DR

L'histoire n'est jamais complètement écrite. Les découvertes de l'historien allemand Sönke Neitzel le montrent bien. Alors qu'il part en 2001 à la recherche d'archives sur la bataille de l'Atlantique, il fait une découverte de taille. A tel point que ce qu'on connaît de la deuxième guerre mondiale s'en trouve bouleversé. Neitzel tombe en effet sur des documents qui retranscrivent les conversations de soldats allemands faits prisonniers par les Alliés. 150 000 pages de comptes rendus originaux dans lesquels des officiers, aussi bien des nageurs de combat, des généraux d'armée que des pilotes de la Luftwaffe, parlent dans une totale liberté de la "pure joie" de massacrer des civils, des juifs. Et le tout de montrer que les soldats de la Wehrmacht n'étaient pas meilleurs que les SS contrairement à l'idée commune. Publiquement, les soldats de la Wehrmacht n'ont cessé de dire qu'ils n'étaient pas au courant des meurtres en masse de juifs.

Pour éplucher les conversations des 13 000 soldats allemands prisonniers mis sur écoute au centre de détention de Trent Park, à Londres, puis à Fort Hunt, en Virginie, l'historien a fait appel au spécialiste de psychologie sociale Harald Welzer. Les deux experts ont alors tiré des transcriptions de conversations de ces officiers allemands, qui ignoraient qu'ils étaient à ce point étroitement "observés" par les Anglais qui pensaient au départ découvrir des secrets militaires leur donnant un avantage stratégique sur leurs adversaires, un livre choc intitulé publié en anglais mardi. Intitulé Soldaten : On Fighting, killing and dying. The secret World War II transcripts of German POWs, soit en français, "Les soldats : Sur le combat, le meurtre et la mort. Les secrètes transcriptions de la deuxième guerre mondiale de prisonniers de guerre allemands", le livre fait la part belle aux citations qui montrent que pratiquement tous les soldats allemands savaient la fin tragique qui attendait les juifs. C'est notamment le cas du lieutenant général Heinrich Kittel qui en parle le 28 décembre 1944 à Felbert, un autre soldat fait prisonnier.

"Felbert : Aviez-vous eu également connaissance des lieux d'où étaient enlevés les juifs ?
Kittel : Oui.
Felbert : Et les enlèvements étaient systématiquement réalisés ?
Kittel : Oui.
Felbert : Les femmes et les enfants – tout le monde ?
Kittel : Tout le monde. Horrible !
Felbert : Et que faisaient-ils aux enfants ?
Kittel (très excité) : Ils empoignaient les enfants âgés de trois ans par les cheveux, les maintenaient en l'air, et leur tiraient dessus puis les jetaient. J'ai assisté à toute la scène. N'importe qui pouvait le voir. […] Les soldats lituaniens et allemands se tenaient là, et observaient ce qu'il se passait."

Et les extraits choisis par Neitzel et Welzer dans leur livre montrent que les soldats allemands, en plus de savoir tout ce qui se tramait, prenaient également beaucoup de plaisir à tuer des civils.

Greim : Un jour, on a mené un raid sur Eastbourne. On est arrivés et on a vu un château. Apparemment, il y avait un bal ou quelque chose comme ça, en tout cas plein de dames en tenue de soirée et un orchestre. La première fois, on s'est contentés de survoler, mais ensuite on a piqué et tout canardé. Ah, mon ami, c'était vraiment le pied !

Et Baümer, un pilote de la Luftwaffe qui tiraient sur des civils français et belges en 1940, d'ajouter : Lorsque nous volions à basse altitude juste au-dessus de routes, si on croisait des voitures, on gardait nos phares allumés. Les conducteurs s'imaginaient alors qu'il y avait du trafic. On nettoyait alors tout avec les canons. C'était un énorme succès. Et beaucoup de plaisir, fantastique, magnifique !

D'autres soldats tuaient uniquement pour récupérer un objet qui les intéressait. C'est notamment le cas de l'officier Zotlöterer.

"Zotlöterer : J'ai tiré sur un Français par-derrière. Il était à vélo.
Weber : De très près ?
Zotlöterer : Oui.
Heuser : Il voulait te faire prisonnier ?
Zotlöterer : Tu parles ! Je voulais le vélo."

Les conversations entre soldats montrent également à quelle vitesse ils se transforment en véritables tueurs, jusqu'à y prendre du plaisir. En attestent les déclarations de Pohl, un pilote de la Luftwaffe, qui discute avec l'éclaireur Meyer.

"Pohl : Le deuxième jour de la campagne de Pologne, j’ai dû bombarder une gare de Poznán. Huit des seize bombes sont tombées dans la ville, en plein milieu des maisons. Ça ne m’a pas vraiment réjoui. Le troisième jour, ça m’était égal, et le quatrième, j’y ai pris plaisir. Pour se mettre en appétit, on poursuivait des soldats isolés à travers champs et on les laissait gisant les bras en croix avec quelques balles dans la peau.
Meyer : C’étaient toujours des soldats ?
Pohl : Non, des civils aussi. On attaquait les files dans la rue. Je faisais partie d’une escadre de trois appareils. Les avions plongent, les uns derrière les autres, et là, dans un virage à gauche, c’est parti, avec les mitrailleuses et tout ce qu’on avait sous la main. On a vu des chevaux voltiger.
Meyer : Diable, avec les chevaux. Je n’arrive pas à y croire.
Pohl : J’avais mal pour les chevaux, pas du tout pour les hommes. Mais les chevaux m’ont fait de la peine jusqu’au dernier jour."

Ces témoignages ne représentent qu'une petite fraction des nombreux enregistrements qu'ont retranscrit les deux historiens dans leur livre de près de 450 pages qui écrit une nouvelle page importante de l'histoire.

 


Commentaires

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  • Par jerem - 28/09/2012 - 01:03 - Signaler un abus et les medias allemands

    et les medias allemands cont is en faire des heures de programmes sur le sujet ou vont ils perfomer en compétitivité , le regard sur le futur et pas la nuque bloqéue sur le retroviseur avec les 20 telefilms annuels .... on aimerait savoir si les allemands passent leur temps a revenir tous les 15 jours sur le sujet .

  • Par kettle - 27/09/2012 - 08:16 - Signaler un abus C'est la guerre

    Des soldats anglais, francais, australien, polonais, ont dit et pensé les memes choses.

  • Par Satan - 27/09/2012 - 08:07 - Signaler un abus Complot communiste que tout cela!

    Normalement un secret cela ne se dit pas! Encore un coup de Julian Assange et des anonymous!

  • Par ankou666 - 27/09/2012 - 06:30 - Signaler un abus L'histoire ne se répette pas, elle baigaie !

    Et actuellement ? Ce n'est plus le cas ?
    Les soldats Étatsuniens n'en ont pas fait de similaire en Irak ?
    Un officier étatsunien a dit après la dernière guerre mondiale : si nous avions perdu la guerre, nous aurions été accusés de crimes de guerre !
    D'autres internautes l'ont écrit : les alliers savaient et n'ont rien fait alors que le bombardement des lignes de chemin de fer était faisable ne serait-ce que lorsqu'il y avait d'autres bombardements dans les environs ; mais ce n’était que des juifs, alors, un de plus un de moins... (ou quelques centaines de milliers)
    Que pensez-vous qu'ont été les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki (entre autres)si ce n'est pas un crime de guerre ? Ses deux villes ont été bombardées pour faire peur, rien d'autre, comme les bombardements sur l’Allemagne : POUR FAIRE PEUR, des centaines de milliers de morts pour faire peur !
    Repensez aux paroles de la chanson : le déserteur, elles sont toujours valable.

  • Par le Gône - 27/09/2012 - 00:24 - Signaler un abus Ah bon....

    même la Americains , y compris les Juifs'savaient ce qui se passait et ceci bien avant le débarquement..et l'entrée en guerre des US...alors le scop....pff..encore un livre a vendre pour faire un peu de $$

  • Par roudoudou - 26/09/2012 - 23:16 - Signaler un abus Rien de nouveau

    L'être humain peut se transformer en monstre quand il en a la possibilité. Relisez Hannah Arendt pour la théorie et, par exemple, le Livre noir du Communisme pour vous convaincre que l'horreur est dignement partagée par tout un chacun.

  • Par GBCKT - 26/09/2012 - 21:07 - Signaler un abus Dés l'été 1941la Werhmacht sécurisait les lieux

    de massacre de Russes et de juifs dans les campagnes ou forêts. les soldats voyaient ce qui se passait. leurs supérieurs savaient. on rend compte dans une armée disciplinée.
    En mai 1940 la Wehrmacht massacrait les prisonniers noirs de l'Armée Française. les chefs de l'armée allemande à quelques exceptions prés ont commencé à se poser des questions lorsque la défaite finale se dessinait. Rommel en tête. Son suicide sur commande n'efface pas la faute.

  • Par ghislfa - 26/09/2012 - 18:22 - Signaler un abus Les plus jeunes, enrôlés dans la

    Wehrmacht en 1945 ont, aujourd'hui, 92 ans pour ceux qui survivent encore. Il faut garder ce fait à l'esprit pour parler "des allemands".
    Ceci dit, "savoir" n'implique pas la culpabilité de la participation. Par ailleurs, en 1945, devant l'énormité des massacres, il ne faisait certainement pas bon d'avouer avoir été au courant.

  • Par Vinas Veritas - 26/09/2012 - 16:56 - Signaler un abus tirs réels et jeu video

    pendant ces temps là, ma chère, on pouvait jouer sur du réel et au début, les allemands avaient peu de risques. ensuite, ce furent les russes qui ont éprouvé les joies du wardog et les occidentaux aussi.
    Maintenant, il y a les consoles vidéos mais il faut reconnaître que ce sont tout de même les jeux de tirs sur cibles humaines qui ont encore et toujours le plus de succès.

  • Par Duffy - 26/09/2012 - 16:32 - Signaler un abus A la guerre on tue tout le monde.

    On est poussé par les politiciens à libérer ses instincts meurtrier, les européens l'ont passagèrement oublié.
    Le rousseauisme ambiant fait croire que l'homme est naturellement bon. C'est l'inverse seule la civilisation a partiellement reussi à limiter la barbarie. Celle-ci gagne en force et vigueur au fur et à mesure qu'elle est oubliée et niée.
    Le réveil prochain sera pénible.

  • Par Before - 26/09/2012 - 15:30 - Signaler un abus Pas vraiment une découverte

    Je recommande la lecture édifiante de l'étude de Christopher Browning : "Des hommes ordinaires", dans laquelle l'auteur essaie de comprendre pourquoi des soldats du rang, issus de classes populaires ont suivi le mouvement sans vraiment résister et basculer dans l'innommable.
    http://www.amazon.fr/Des-hommes-ordinaires-Christopher-Browning/dp/2251380566
    http://www.lesbelleslettres.com/livre/?GCOI=22510100128970

  • Par titine - 26/09/2012 - 15:05 - Signaler un abus Oui...

    C'est "bon" pour notre conscience ; fils et fille ou arrière petit fils et fille d'alliés qui savaient parfaitement et ne bougeaient pas. Comme pendant les 60 ans d'ignominie du bloc soviétique... ce dont on semble avoir oublié aujourd'hui ; on dirait que cela n'a jamais existé ! Elle n'est pas belle la vie ?

  • Par ntzsch - 26/09/2012 - 13:56 - Signaler un abus L'Histoire.

    Elle n'est pas faite pour juger, ce n'est pas un tribunal. Elle expose simplement les faits. Il est très bon que le citoyens soient au courant des évênements du passé, il n'y a rien à oublier, ni le bon ni le mauvais.

  • Par ntzsch - 26/09/2012 - 13:47 - Signaler un abus Les livres de Kageneck sont très intéressants.

    Ce ne sont cependant que le témoignage d'un combattant parmi des millions. Il était très jeune au moment des faits, à l'âge mûr, après avoir beaucoup réfléchi, il nous expose sa vision personnelle des faits.
    Le travail de l'historien est différent. Il n'a, en général pas pris part aux évênements qu'il décrit, il collecte des données et tente d'en faire une synthèse aussi impartiale que possible.

  • Par Hicos - 26/09/2012 - 13:43 - Signaler un abus Mon avis

    A mon avis, on ne devrait pas juger ce que d'autres ont fait dans d'autres circonstances. Comme le chante Goldmann : "aurais je été meilleur que ces gens ?" Tournons la page ou alors dissertons sur les exactions commises pendant la guerre de cent ans ou les campagnes de Ramsès II

  • Par Babeux - 26/09/2012 - 13:39 - Signaler un abus rasciste ?

    Hé oui, c'est le propre de l'homme, exterminer son prochain...quand on pense qu'n de nos hommes politiques vient de déclarer qu'il existe dans certaines banlieux un "rascisme anti-blanc". Cela pourrait chez des esprits faibles justifier le racisme tout court " pisque ils sont rascistes avec moi, ben moi je vais être encore plus rasciste avec eux"
    Bref on ne finira jamais.

  • Par LouisArmandCremet - 26/09/2012 - 12:31 - Signaler un abus Oui et non...

    Le problème avec ce genre de livre, c'est qu'il ne présente que des extraits et RIEN n'indique que ces extraits sont représentatifs de l'ensemble des interrogatoires. Suivant les témoignages sélectionnés, les auteurs peuvent donner une vision plutôt qu'une autre.
    Je recommande plutôt sur le sujet "Lieutenant de Panzer" de August Von Kageneck, qui raconte une fois où des soldats de la Werhmacht ont été confrontés à un de ces massacres faits par ces détachement de SS qui suivaient l'armée. Ils ont eu une réaction bien sûr horrifiée mais l'affaire a été étouffée et ils n'ont pas cherché à en savoir plus.
    C'est principalement, ce que se reproche Kageneck dans son vécu : de n'avoir pas voulu voir, de ne pas avoir voulu se poser les questions, d'avoir accepté son propre aveuglement.

  • Par ntzsch - 26/09/2012 - 12:02 - Signaler un abus Ce n'est pas une nouveauté.

    Ceux qui s'intéressent à l'histoire de cette période savaient déjà que les soldats de la Wehrmacht, comme beaucoup d'Allemands, étaient au courant de bien plus de choses qu'ils ne voulaient l'admettre et que certains avaient même participé à des crimes de guerre. Les accusés ont toujours tendance à nier, certains qui "travaillaient" dans les camps ont même prétendu qu'ils n'avaient jamais rien vu.
    D'autre part, donner à penser que tous les soldats allemands prenaient du plaisir à massacrer des civils serait faux et malhonnête.

  • Par Ravidelacreche - 26/09/2012 - 11:31 - Signaler un abus les extraits choisis par Neitzel et Welzer

    L’éternel "problème" de l'Histoire.
    La principale leçon de l’Histoire, c’est que les hommes ne retiennent pas les leçons de l’Histoire.

  • Par kronfi - 26/09/2012 - 11:28 - Signaler un abus tout le monde savait....

    c'est pas nouveau....
    il est grand temps de fermer cette page....
    les américains savaient parfaitement que des civils francais ou allemands n'ayant rien a voir avec l'ennemi habitaient le havre.... ou royan ou.....Dresde. ou hiroshima.
    Vous croyez qu'ils ont bombarde en pleurant....et ont passe le reste de leur vie a expier leurs péchés dans un austère monastère.

  • Par julienkarit - 26/09/2012 - 10:21 - Signaler un abus Des soldats

    entrainé pour tuer. La guerre est dure, tres dure. Je ne vois pas trop l'interet de remettre ca sur le tapis, mais bon. Sait on jamais.

  • Par ccompagnon - 26/09/2012 - 08:36 - Signaler un abus N'oublions pas.

    Oui, mais il ne fait pas oublier que les autorités alliées étaient aussi au courant puisque certains allemands, outrés , étaient venu demander l'aide de la communauté internationale... sans grand succès.
    Nous avons préféré détourné le regard pour faire semblant, une fois la guerre achevée, de découvrir, horrifiés, ce qui s'était passé.
    C'est d'ailleurs ce qu'a dénoncé Jean-Paul II...

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