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L’enjeu des minorités au Moyen Orient, chrétiens et Yézidis

Le sort des minorités qui fuient le Moyen Orient ravagé par la guerre doit nous interpeller. Ces peuples qui résidaient là-bas avant même l'apparition de l'Islam méritent attention, compréhension, dignité et soutien. Tout ce que la barbarie leur ôte aujourd'hui.

Sous le sabre

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L’enjeu des minorités au Moyen Orient, chrétiens et Yézidis

Les Yézidis sont des Kurdes pratiquant une religion préislamique et préchrétienne, qui plonge ses racines dans les cultes de la Perse ancienne, des cultes liés au feu ; une sorte de monothéisme avant l’heure.  Crédit Reuters

La Conférence de Paris a eu lieu le 8 septembre dernier. Un évènement qui rassemblait 57 États sur le thème de : "La protection des victimes de violences religieuses ou ethniques au Moyen Orient". Un thème qui n’est pas seulement d’actualité mais qui démontre la possibilité d’une action concrète vis-à-vis des minorités persécutées, ne serait-ce que par une prise de conscience internationale, hors des cercles avertis. Un rendez-vous important, rare, qui s’est conclu par un train de mesures juridiques visant à protéger l’idée même d’altérité.

Ce concept n’étant pas un vain mot, ni même une idée abstraite, mais au contraire un état de vie qui s’expérimente au quotidien. L’ensemble des participants à cette rencontre ont clairement établi que des communautés religieuses étaient menacées en tant que telles, avec une volonté d’éradiquer des groupes humains. Cette éradication peut s’appeler nettoyage ethnique, ethnocide, ou bien génocide. Je pense aux chrétiens orientaux et aux Yézidis, visés nommément par les extrémistes. 

Bien entendu, ces catégories ne sont pas hélas exhaustives. Le Moyen Orient ayant été une matrice d’histoire, de peuples et d’idées, avec lesquelles nous nous sommes construits. Notre droit ne serait rien sans le code d’Hammourabi, ni même nos récits bibliques ou coraniques du déluge sans l’épopée d’un petit roi sumérien appelé Gilgamesh. 

Le droit international en embuscade.

Dans le contexte actuel des massacres, des déplacements majeurs de population et des persécutions religieuses en Irak et en Syrie, le rappel du droit international peut paraître secondaire. Il existe cependant une justice et des dossiers se constituent déjà, que ce soit par les Nations-Unies à propos du massacre des Yézidis et de l’esclavage de leurs femmes, comme l’idée d’une futur Tribunal pénal international pour juger les crimes de guerre ou bien encore, par exemple, la reconnaissance de la spoliation des biens appartenant à des familles chrétiennes par les autorités légales de Bagdad. Malgré la tristesse et le désespoir, ces faibles signes indiquent que ces populations ne sont pas seules. 

D’une manière générale, le contexte juridique qui s’applique en droit international pour la protection des minorités est issu de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée par les Nations-Unies en 1948, sinon – et plus précisément pour les minorités –, il s’agit de l’article 27 du "Pacte international relatif aux droits civils et politiques" adopté en 1961, complété en 1992 par un texte plus précis. Le Pacte fondateur de 1966 fut ratifié par l’Irak dès 1969, puis par la République Arabe de Syrie dès 1969 ; par contre il faut attendre 1980 pour que la France le ratifie et 2003 pour que la Turquie en fasse de même… Ce qui laisse songeur. 

Car même si ces textes ont été adoptés, la France et la Turquie ont refusé l’application de l’article 27, précisément celui-là même qui définit le principe de protection des minorités. Il semble intéressant de relever ce paradoxe alors que nous jetons de fait l’opprobre sur des régions entières et sur des comportements que nous considérons d’un autre âge. Il convient de le rappeler, au moment où des pays entiers – je pense à la Syrie et à l’Irak – sont engagés depuis des années dans des tunnels d’ultra violence. Il n’en a pas toujours été le cas, ces deux pays ayant aussi aspiré au cours de leur histoire récente à rejoindre le socle du respect des droits fondamentaux, du moins dans les textes. Cette date, 1969, correspond aux révolutions baassistes basées sur un principe socialiste, certes rapidement confisquées, mais qui furent une étape que nous avons tendance à largement oublier, sinon à dénigrer. Nous devons aussi nous poser la question de notre propre évolution en regard de ces sociétés, sinon de nos responsabilités dans ce désastre. 

 
Commentaires

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  • Par zouk - 14/04/2016 - 11:14 - Signaler un abus Protection des minorités

    Lequel de nos gouvernement a-t-il commis cette monstruosité de refuser ce principe? C'est un encouragement à l"Etat Islamique": continuez les massacres, hommes, femmes et enfants, monuments, livres surtout religieux, documents historiques....

  • Par Delacote - 14/04/2016 - 19:17 - Signaler un abus Complicité

    L' heure du jugement viendra plus vite que ces crétins, gavés avec l'argent de nos impôts, ne le croient. Ils se croient à l'abri car ils pensent avoir noyauté et verrouillé tous les secteurs de notre pauvre société, qui n'en peut vraiment plus. Au vu de leurs raisonnements et de attitude, il est clair qu'ils ne voient rien venir.

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Sébastien de Courtois

Sébastien de Courtois est journaliste spécialisé dans les minorités chrétiennes d'Orient. Il est également producteur et animateur de l'émission dominicale Chrétiens d'Orient chez France Culture. Il est l'auteur de "Le nouveau défi des chrétiens d'Orient : d'Istanbul à Bagdad" aux Editions JC Lattes. Son prochain livre s'intitule Sur les fleuves de Babylone, nous pleurions. Le crépuscule des chrétiens d'Orient, Stock (7 avril 2015).

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