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En Allemagne, le vocabulaire nazi refait surface dans les discours politiques

Depuis 2014 les linguistes allemands constatent un retour de certaines expressions utilisées uniquement par les dirigeants et militants nazis. Ces mots "oubliés" ces dernières années reviennent pour qualifier les migrants et autres réfugiés dans la bouche de l’extrême droite actuelle.

Heil ...

Publié le - Mis à jour le 23 Décembre 2016
En Allemagne, le vocabulaire nazi refait surface dans les discours politiques

Atlantico : Les linguistes allemands remarquent actuellement le retour d'un vocabulaire propre à l'époque nazi chez des militants et dirigeants d'extrême droite. Par exemple, le mot Volksverräter (Ennemi du peuple) est désormais employé pour parler des migrants. Selon-vous qu'est-ce que la réutilisation de ces mots signifie ?

Philippe Blanchet : Les mots n’ont pas seulement un sens explicite. Ils portent avec eux des significations implicites, que leurs usages dans certains contextes diversifient et renforcent. Quand on parle en français de "personnes issues de la diversité" pour parler de personnes qui ont une apparence physique "non européenne", on dit en même temps qu’il n’y a pas d’autre diversité que celle-là en France, que le reste de la population est homogène, et que seules ces personnes sont différentes, ce qui continue à les mettre à part, à nier la diversité française et à imposer l’idée d’une population française globalement uniforme.

Nommer quelque chose d’une certaine façon, ce n’est pas neutre. Un mot ou un discours porte avec lui la connotation de son ancrage historique, même si on fait semblant de l’ignorer. J’ai montré l’an dernier que le programme du FN aux régionales était très proche du programme du parti nazi aux élections des Länder en 1920 : cela permet de mieux comprendre l’idéologie sous jacente du discours, même si on cherche à la dissimuler sous une apparence lissée. Le discours et le lexique du parti National Socialiste allemand (acronyme : nazi) ont été très bien étudiés par un témoin direct : Viktor Klemperer dans son ouvrage célèbre, La langue du IIIe Reich. Il a montré comment la répétition d’un certain vocabulaire, le matraquage d’un certain discours, était une propagande réfléchie et efficace destinée à empêcher de penser autrement. Réutiliser aujourd’hui des mots typiques de la propagande nazi avec des sens proches (parler des étrangers comme d’ennemis par définition) signifie clairement rediffuser avec ces mots l’idéologie qui les a fait naître et qu’ils transportent. 

La réintroduction de ces mots d'origine nazi modifie-t-elle le sens du discours politique ? Les normes ont-elles changé ?

Ce qui a changé, c’est que certaines idées tout à fait contraire aux principes fondamentaux de respect de l’humain sont redevenues admissibles dans les discours publics. Dans les années 1980, la plupart de ce que disent aujourd’hui les mouvements nationalistes en France aurait donné lieu à des sanctions pénales pour incitation à la xénophobie, qui est un délit. Aujourd’hui, on ne poursuit plus, ou pas souvent, les auteurs de ces propos parce qu’ils sont trop nombreux. Les digues ont lâché devant le retour en force de ces idées et des mots qui les disent. Ça ne modifie pas le discours politique en tant que tel : il fonctionne toujours ainsi, ou presque, pour imposer insidieusement dans la tête des gens des idées dissimulées dans les implicites et les connotations. Ça modifie les idées qui circulent dans une société. En cela, oui, des normes ont changé : on a enfreint les normes humanistes posées après les horreurs de la seconde guerre mondiale et on est revenu par un grand saut en arrière un peu partout en Europe aux discours brutaux des fascismes des années 1920-1930.

Pouvons-nous dire que ce vocabulaire est désormais accepté de la population allemande ? Ou reste-t-il marginal ?

C’est impossible à dire pour l’instant. Il faudrait pour cela faire des analyses de la fréquence de ces mots dans les médias, des mots auxquels ils sont associés, des types de discours et de personnes qui les utilisent, et enfin faire des enquêtes dans la population. A ma connaissance ces travaux n’ont pas encore été réalisés. Les réactions choquées sont nombreuses en Allemagne, signe que ces usages ne sont pas banalisés. Mais on a bien étudié comment des phénomènes comparables se sont produits dans la population française, avec l’usage massif et banalisé depuis les années 2000 et surtout 2010 de toute une série de termes inappropriés et manipulés comme "communautarisme", "radicalisation" ou "laïcité" qui ont redéveloppé et répandu une vision de la France comparable à celle développée sous le régime de Vichy.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 17/12/2016 - 10:10 - Signaler un abus article dissimulé derrière un drapeau allemand

    pour dénoncer le retour des "heures les plus sombres de notre histoires..... et blablabla" en France

  • Par ajm - 17/12/2016 - 11:43 - Signaler un abus Bavardage gauchiste

    Article sans intérêt, simpliste dans sa classique réduction ad Hitlerum des réactions de rejet de l'immigration massive par les populations d'Europe, d'un gaucho de service.

  • Par adroitetoutemaintenant - 17/12/2016 - 12:13 - Signaler un abus Effet boomerang du gauchisme

    Les termes « ennemi du peuple » du socialisme allemand, « ennemi intérieur » du gouvernement socialiste de Vichy, « fascistes » du camarade Staline pour designer ceux qui ne le ralliaient pas sont maintenant utilisés pour désigner les vrais ennemis de l’humanité que sont les gauchistes. Ça a la même valeur que de dire que l’auteur de l’article a le même prénom que Pétain. Article caca boudin !

  • Par J'accuse - 17/12/2016 - 13:08 - Signaler un abus Le petit bout de la lorgnette

    A part l'unique exemple cité (Volksverräter), quels sont les autres emprunts présumés au nazisme? Il faudrait aussi remarquer que l'expression "ennemi du peuple" est d'origine marxiste. Quels sont les propos tenus en France qui ne donnent plus lieu à des sanctions pénales? Qu'est-ce qu'il y a vraiment de commun entre le FN et le NSDAP? Blanchet voit des néo-nazis partout, mais le langage des gauchistes et des islamophiles, pourtant largement dominant, n'entre pas dans ses centres d'intérêts.

  • Par Jardidi - 17/12/2016 - 13:26 - Signaler un abus Euh...les Allemands qui ont

    Euh...les Allemands qui ont voté pour Hitler hier, sont racistes aujourd'hui. Le taux de mariages mixtes avec les Turcs est très faible. Le PS français suivra l'Allemagne quelle que soit la direction qu'elle prendra, comme beaucoup de pacifistes des années trente. Les Français de droite sont probablement trop abrutis et lâches pour admettre le racisme allemand et y résister.

  • Par bherry - 17/12/2016 - 14:41 - Signaler un abus Cet invité mérite mille fois

    Cet invité mérite mille fois le point Godwin. Tout y est : nazisme, régime de Vichy ne manque plus que "les heures les plus sombres de notre histoire" Décidemment ces pseudos intellectuels nous font beaucoup de mal

  • Par vangog - 17/12/2016 - 15:09 - Signaler un abus "communautarisme", "radicalisation" ou "laïcité"??????

    inappropriés????? Ce sociolinguiste (linguiste de novlangue socialiste?) semble tombé du ministère de la propagandastafel socialiste (même racine que le national-socialisme) pour imposer aux européens quels mots ils doivent employer, et quels mots doivent être évités de prononcer...Achtung!

  • Par joke ka - 17/12/2016 - 15:56 - Signaler un abus discours réducteur

    Assez de morale culpabilisante: toujours le même discours ..raz le bol des donneurs de leçons..ils sont devenus inaudibles à force de matraquage de la pensée unique bobo gauchiste ....et un de plus!

  • Par Deneziere - 18/12/2016 - 08:22 - Signaler un abus @jardidi

    Cela doit être possible de mettre en évidence une remontée du racisme primaire en Allemagne. Le problème est que ce papier d'Atlantico est très faible, dans cette optique. Il ne nous amène que des poncifs politiquement corrects efficacement réfutés par J'accuse et Vangog, entre autres. Et encore une fois, quand on vous réfute factuellement, vous nous traitez d'abrutis. Votre argument ? Le nombre de mariages "mixtes" en Allemagne ! Vous ne savez pas que les filles turcs risquent leur vie à frayer avec des étrangers ? Cela s'appelle un crime d'honneur. Belle expression, n'est-ce pas ? Et oui monsieur l'anti-raciste... C'est cela l'honneur des gens que vous défendez : assassiner leur sœur. Mais, pour vous paraphraser, "les français de gauche sont trop lâches ou trop abrutis pour y résister".

  • Par Yves3531 - 18/12/2016 - 10:09 - Signaler un abus Pas réussi à lire plus de 10 lignes...

    de ce galimatias de la pensée socialiste nationale. Encore un bel exemple du désastre du formatage des cerveaux dans notre enseignement y compris celui dit "supérieur" !

  • Par Yves3531 - 18/12/2016 - 10:22 - Signaler un abus " enseignant-chercheur en sociolinguistique et en didactique ...

    ... de la communication plurilingue et interculturelle..." Encore un inutile qui nous gave

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Philippe Blanchet

Philippe Blanchet est enseignant-chercheur en sociolinguistique et en didactique de la communication plurilingue et interculturelle. Il est responsable du Master international "Francophonie, Plurilinguisme et Médiation Interculturelle" à l'université Rennes II, mais aussi co-directeur des Cahiers internationaux de Sociolinguistiqueet rédacteur en chef des Cahiers de Linguistique, revue de sociolinguistique en langue française. 

Son dernier ouvrage, Discriminations : combattre la glottophobie (éditions Textuel, 2016), aborde, d'un point de vue original, l'instrument de pouvoir qu'est le langage. 

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