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Elections en Catalogne, retour à la case départ… et humiliation pour Mariano Rajoy face aux séparatistes qui ont gagné la bataille de la légitimité

Mariano Rajoy a parié sur une montée des partis anti-indépendance et sur une peur de la crise économique consécutive à la proclamation d’indépendance de la Catalogne. En bon technocrate désincarné, légaliste et enclin à sous-estimer les thèmes identitaires, il a cru à tort que l’application stricte de la "légalité constitutionnelle" et les préoccupations socio-économiques du peuple de Catalogne, touché par le chômage et la paupérisation, auraient le dessus sur les considérations identitaires.

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Elections en Catalogne, retour à la case départ… et humiliation pour Mariano Rajoy face aux séparatistes qui ont gagné la bataille de la légitimité

Afin de mettre un terme à la plus grande crise institutionnelle et « existentielle » jamais connue depuis la guerre civile espagnole par l’Espagne, menacée d’implosion depuis la « Déclaration d’indépendance unilatérale (DIU) de l’ex-exécutif Catalan, Mariano Rajoy avait décidé d’organiser de nouvelles élections ce 21 décembre. Il avait parié sur une montée des partis anti-indépendance et sur une peur de la crise économique consécutive à la proclamation d’indépendance de la Catalogne. En bon technocrate désincarné, légaliste et enclin à sous-estimer les  thèmes identitaires, Rajoy a cru à tort que l’application stricte de la « légalité constitutionnelle » et les préoccupations socio-économiques du peuple de Catalogne, touché par le chômage et la paupérisation, auraient le dessus sur les considérations identitaires.

Il s’est lourdement trompé, car en Catalogne comme ailleurs en Europe, les questions identitaires taraudent les électeurs parfois même au détriment de leurs soucis économiques. Le pari de Rajoy était de toute façon très risqué et il l’a perdu car il a oublié que le principe de légalité ne pèse jamais autant, dans les consciences, que celui de légitimité, auquel son adversaire direct, Carles Puigdemont, n’a cessé de se référer habilement. Mariano Rajoy a eu également tort, comme Sarkozy face à Hollande, de sous-estimer un homme au départ peu charismatique et timide qui était devenu la première fois président de la Generalitat sans être élu grâce à un concours de circonstances. L’homme simple de la campagne à la coupe ridicule s’est avéré bien plus malin que le technocrate légaliste.

D'après les résultats quasi définitifs, les trois partis indépendantistes (ERC-CatSi, Ensemble pour la Catalogne, CUP) ont doncobtenu la majorité des sièges au parlement régional catalan— 70 sur 135, même si c’est le parti libéral anti-séparatiste Cuidadanos qui est arrivé en tête des suffrages avec 25 % des voix (37 sièges). Le fait que la participation ait atteint un niveau historique (82 %, contre 75 % en 2015)et que les indépendantistes aient retrouvé le même nombre de sièges que dans l’assemblée précédente dissoute, a donnéaux séparatistes une légitimité cette fois-ci encore plus incontestable qu’avant. Madrid est pris à son piège et ne peut pasle remettre en question. Et si Carles Puigdemont revient en Espagne, le nouveau casse-tête/piège tendu au gouvernement « répressif » de Rajoy consistera à laisser les juges le mettre en prison, ce qui radicalisera encore plus ses partisans contre l’Etat espagnol et fera encore monter le vote séparatiste…

La liste Junts per Catalunya du président séparatiste destitué Carles Puigdemont, a obtenu 34 élus, et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), de son ex-vice-président emprisonné, Oriol Junqueras, 32. Si on ajoute à ces suffrages ceux des séparatistes radicaux d’extrême-gauche de la CUP (4 élus), indépendantistes totalisent ensemble 70 sièges et ont donc de nouveau une majorité absolue dans le parlement catalan. Quant au parti de Mariano Rajoy, qui gouverne le pays, avec ses 3 députés, il est littéralement humilié.

 
Commentaires

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  • Par hermet - 22/12/2017 - 14:23 - Signaler un abus et aprés ?

    Merci pour cet état des lieux, mais où va la catalogne, l'Espagne et la France avec cette affaire ? Les indépendantistes sont en position de force, si ils veulent vraiment l'indépendance et l'obtiennent, l'Espagne saute derrière et l'UE telle quelle est aujourd'hui avec !

  • Par hermet - 22/12/2017 - 14:23 - Signaler un abus et aprés ?

    Merci pour cet état des lieux, mais où va la catalogne, l'Espagne et la France avec cette affaire ? Les indépendantistes sont en position de force, si ils veulent vraiment l'indépendance et l'obtiennent, l'Espagne saute derrière et l'UE telle quelle est aujourd'hui avec !

  • Par moneo - 22/12/2017 - 16:26 - Signaler un abus hum?petit rappel historique

    https://www.monde-diplomatique.fr/2000/12/GOLDBRONN/2604 j'ajoute que contrairement à légende Franco est entré dans Barcelone en39 sans tirer un coup d feu d'autant que les fameuses brigades internationales qui n'étaient qu'un instrument du Komintern avaient laissé tomber en 38 les anarchistes et le POUM.... l'histoire laisse des traces... mais accuser Rajoy de franquisme c'est un peu fort de café ;il applique la constitution de son pays .point barre. c'est comme chez nous on accuse laPologne d'anti démocratie alors que les gens au pouvoir ont été élus sur un programme et qu'il l'appliquent. C'est quoi la démocratie se faire élire sur un programment une fois élu appliquer le programme de ses adversaires? la catalogne c'est vraiment compliqué surtout quand la mjorité des votants n'a pas la majorité des siéges; Personne ne peut savoir comment cela va finir mais c'est l'UE qui est finalement sur la sellette avec la résurgence de régionalistes écrasés militairement dans l'histoire des différents pays. aucune frontière de l'UE ne résulte de la démocratie....

  • Par Anguerrand - 22/12/2017 - 16:38 - Signaler un abus Je crains que la Catalogne si elle devient indépendante

    ait les mêmes problèmes que la GB avec son Brexit; sortie de l’ue, départ des entreprises, création d’une nouvelle monnaie, difficultés à exporter vers l’UE, départ d’elites Il ne faux pas oublier que si les indépendantistes obtiennent une majorité étroite a l’assemblée, ils sont minoritaires en voix. Je doute que les investisseurs tentent leur chance dans de telles conditions et préfèrent l’Espagne. De plus une indépendance de la Catalogne ouvrira la porte à d’autres régions ( Écosse, Ulster, Corse, voire Bretagne, Catalogne,ou pays Basque français)

  • Par Ganesha - 22/12/2017 - 17:47 - Signaler un abus Autiste ou suicidaire ?

    La stratégie du premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, au cours de ce conflit, a été tellement stupide et provocante que l'on peut considérer que son échec était le but réellement recherché ! Cette victoire des indépendantistes, il la voulait, aussi éclatante que possible ! Il a ''tout fait pour''. Est-il autiste ou suicidaire ? A-t-il un ''plan secret'' ?

  • Par moneo - 22/12/2017 - 18:21 - Signaler un abus Ganesha?

    suicidaire en respectant la constitution?

  • Par pascal farigoule - 22/12/2017 - 18:46 - Signaler un abus beaucoup s'étonnaient, prostestaient presque

    que M. Trump soir élu avec moins de voix que Mme Clinton. Les indépendantistes sont élus avec moins de voix que les unionistes et personnes ne s'étonne ou ne proteste. Pourtant 52% c'est une majorité de voix pour les unionistes ... alors commentateurs ou pseudo moralisateurs à vos calculettes. La leader de Ciudadanos a raisonde clamer haut et fort que les séparatistes ou indépendantistes ne peuvent pas parler au nom de la catalogne. viva Espagna

  • Par Deudeuche - 22/12/2017 - 19:45 - Signaler un abus @Ganesha

    Pas faux du point de vue politique, ceci dit en suivant la constitution il clarifie la situation tout en calmant ses troupes. Il aura « essayé « . Les régions nations se réveillent.

  • Par kelenborn - 22/12/2017 - 20:20 - Signaler un abus Ce qui est bien

    avec notre Alexandre c'est que c'est comme les pâtes!!! Y en a beaucoup mais elles se ressemblent!! Notre Alexandre nous répète trois fois la même chose et ensuite il fait un récapitulatif! Au bout du compte, on n'en sait pas plus mais on est....cinq pages plus loin!!!!

  • Par philippe de commynes - 22/12/2017 - 21:53 - Signaler un abus Jusqu'ou ira -t-il ?

    Rajoy le mal élu aura voulu se créer une légitimité en s'en prenant à la petite Catalogne (refus à la Catalogne d'un statut d'autonomie comparable à celui du Pays Basque notamment avec le droit de lever soi-même l'impôt), tout ce qu'il a gagné c'est d'avoir poussé a se radicaliser des nationalistes initialement modéré c'est-à-dire qui ne demandaient pas encore l'indépendance, résultats des nationalistes jamais autant explicitement pro indépendance n'auront obtenus autant de voix (en prenant en compte la participation record), alors stop ou encore? escompte -t-il ne pas s'arrêter tant qu'il n'aura pas fait gagner son indépendance à la catalogne ?

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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