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Affaire Dominique Strauss-Kahn

Publié le 17 mai 2011

DSK : complot ou parano ?

Un "complot international" : c'est ainsi que la strauss-kahnienne Michèle Sabban a qualifié ce qu'il est convenu d'appeler "l'affaire DSK". Du 11 septembre à la mort de Ben Laden, les théories du complot reviennent de plus en plus au cœur de l'actualité. Pour l'historien Frédéric Monier, auteur notamment du "Complot dans la République", parler de conspiration permet de tenter de donner de cette actualité inattendue une explication rationnelle.

 
Dominique Strauss-Kahn, dans le viseur d'une caméra au tribunal de New York, le 16 mai 2011.

Dominique Strauss-Kahn, dans le viseur d'une caméra au tribunal de New York, le 16 mai 2011. Crédit Reuters

Atlantico : Michèle Sabban, vice-présidente du Conseil régional d'Ile-de-France, a évoqué dimanche "un complot international" à propos de ce qu'il est convenu d'appeler "l’affaire DSK". Comment analysez-vous l’emploi du terme « complot » dans un tel contexte ?

Frédéric Monier : Il pourrait y avoir complot, comme il pourrait très bien ne rien y avoir du tout ! Nous n’avons pas encore assez d’éléments pour nous prononcer, mais, selon moi, c’est bien compréhensible que certains parlent de « complot ».

L’usage à chaud de l’idée de complot traduit la surprise, le désarroi et l’incompréhension. C’est une réaction humaine devant une actualité inattendue. Les expressions de « coup de tonnerre » ou de « tsunami » ont également été employées, pour traduire les mêmes réactions.  Le terme « complot » permet d’exprimer ce désarroi. De plus, il prétend donner de cette actualité une explication rationnelle, quoique obscure ou dissimulée. L’événement choquant est le fruit d’une volonté de nuire, d’une intrigue.

Si la langue anglaise ne dispose que de deux termes pour en parler, le français, lui, en a trois : on parle de « complot », « conspiration » ou « conjuration ». Généralement, les trois termes sont employés dans un sens identique – pour renvoyer à des manœuvres ou des ententes concertées secrètement entre plusieurs personnes et qui ont une finalité politique, le plus souvent violente. Dans des études parues il y a une dizaine d’années, j’ai proposé de distinguer la conspiration politique – les méthodes de subversion -, le complot au sens légal et pénal – l’atteinte à la sûreté de l’état par exemple-, et enfin la conjuration imaginaire – le mythe politique. La distinction, entre les techniques de conspiration et le complot au sens judiciaire, est faite depuis les années 1820 : elle signe l’entrée dans l’ère politique contemporaine. La scène publique est emplie de coups politiques qui sont en dehors des règles du jeu, de rumeurs et enfin de dénonciations de menaces – vraies ou fausses.

Aujourd’hui, beaucoup d’acteurs politiques préfèrent ne pas employer le terme « complot ». Ils craignent probablement de se voir imputer une vision « conspirationniste/conspiratoire » de la politique : dès qu’on parle de complot, on est regardé comme si l’on était paranoïaque, avec une vision délirante ou affabulatrice des événements.

Ainsi, lors de « l’affaire Woerth-Bettencourt », il y a eu des efforts sémantiques pour ne pas utiliser le terme « complot ». Éric Woerth, par exemple, a ainsi parlé de « cabale » contre lui et le chef de l’État. Cette façon un peu inhibée d’aborder les choses s’explique par la vogue des dénonciations de conjurations, ou de complots imaginaires. Ceux-ci sont mis en scène comme des fictions dans la culture de masse, via des romans et des films.

Or cette association a priori entre complot et « style paranoïaque » est elle-même simpliste, voire naïve. Il y a une part du secret en politique, et les complots réels existent. L’histoire l’a montré, ne serait-ce que récemment : avant la mort de Ben Laden, des membres d’Al-Qaïda ont été condamnés pour conspiration, notamment en Amérique du Nord. Faut-il rappeler que, dans la pensée politique contemporaine en Occident, un attentat est nécessairement le fruit d’une conspiration politique ?

Finalement, les complots correspondent bien à une catégorie essentielle de la vie politique. Pour autant, il ne s’agit pas d’une « forme » fixe, pour le dire comme Umberto Eco. En effet, on ne conspire plus contre un membre d’un gouvernement dans une démocratie libérale comme on conspirait dans une société d’ordres avant la monarchie absolue. Les pratiques de subversion changent, les règles pénales évoluent, et nos craintes collectives ne sont plus, au début du XXIe siècle, ce qu’elles étaient en 1832.  

 

Comment expliquez-vous ce recours à la théorie du complot ?

Cette lecture des événements est d’abord une lecture à chaud, qui traduit le sentiment d’une perte de rationalité et de moralité.

Nous sommes dans un monde où l’on prête aux acteurs de la scène publique des comportements rationnels. Or, l’idée d’une agression sexuelle d’une femme de chambre dans un hôtel par le Directeur général du FMI, candidat aux primaires socialistes pour l’élection présidentielle de 2012, semble a priori irrationnelle. On a tendance naturellement à considérer que Dominique Strauss-Kahn n’a rien à gagner et tout à perdre à faire ce dont on l’accuse. Il doit donc y avoir une autre raison : une obscure volonté de nuire.

Par ailleurs, les gouvernants ont acquis ce que John B. Thompson nomme une incroyable visibilité médiatisée : ils nous sont présentés comme des êtres sensibles et moraux. On a ainsi vu à la télévision Dominique Strauss-Kahn dans l’intimité avec Anne Sinclair. On suppose que c’est un être moral. Cela rend donc l’affaire d’autant plus incompréhensible. Cette visibilité médiatisée des gouvernants est une arme symbolique à double tranchant : elle est source de légitimité, mais aussi d’une grande fragilité. La notion de complot permet de soulager cette tension et ces contradictions.

Enfin, il ne faut pas oublier que nous n’avons jamais su autant de choses aussi rapidement dans toute l’histoire. Par conséquent, nous sommes toujours en quête de ce qui n’est pas dit : nous attendons le témoignage de la femme de chambre du Sofitel de New-York, nous voudrions voir son visage, nous sommes donc en permanence dans l’impatience devant ce qui n’est pas communiqué. C’est comme si nous avions 28 cartes dans un jeu de 32 et qu’on s’impatientait devant les quatre qui nous manquent. C’est une réaction compréhensible car ces quatre cartes là sont peut-être celles qui vont décider de toute la partie… Mais en tant qu’historien, j’ai envie de vous dire qu’on n’a jamais disposé d’autant de cartes que les 28 disponibles !

 

Quel rôle joue Internet dans ce « complotisme » ?

Internet est beaucoup plus qu’un simple lieu de rumeurs. Depuis deux ou trois ans, ce média a été dénoncé, quelquefois, comme un lieu de formations et de propagation de rumeurs, et d’informations incontrôlées. Selon moi, c’est beaucoup plus que cela, Internet est aussi un lieu d’expression politique et culturelle.

Ce qui est étonnant ce sont les modes de circulation de l’information et les formes d’expression que cela produit : au fur et à mesure que les internautes s’expriment sur la rumeur, ils font plus que la relayer, ils la questionnent. Internet est donc aussi ce territoire où les traces de nos doutes sont rapportées.

 
Commentaires

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  • Par ABC - 18/05/2011 - 19:21 - Signaler un abus Crime ou ... action civique?

    S'il y a eu "complot", pourquoi ne pas imaginer qu'il a été fomenté par des citoyens soucieux de la France et donc les remercier?
    Car enfin,la tentative de viol de Tristane Banon aurait été connue un jour ou l'autre et, DSK élu, notre pays eût été gouverné par ..."un chimpanzé en rut" au vu et au su de la Terre entière!
    Voilà à quoi nous avons échappé!

  • Par Zenon - 18/05/2011 - 16:53 - Signaler un abus Thèse peu plausible

    S'il y a complot à qui profite le "crime" ?
    Il s'agirait d'un complot "international", dans ce cas on voit mal quel serait l'intérêt de s'attaquer au directeur du FMI alors qu'il devait quitter ses fonctions le 28 juin, date à laquelle il devait annoncer sa candidature aux primaires .
    Le complot serait l'oeuvre de ses adversaires politiques en France, dans ce cas il intervient bien trop tôt .

  • Par kreugee - 18/05/2011 - 16:11 - Signaler un abus un peulouche tout ça

    Qui peut croire que dans un hôtel de luxe une femme de ménage ne sait pas qu'un VIP occupe une suite et qui en plus ouvre cette porte et ne s'aperçois pas quelle est ocupée ..A qui profite le crime ...Qui à déjà balayé un présidentiable plus que dangeureux avec l'affaire clear steam ( souvenez-vous du croc de boucher).. Qui ramait dans les songages ( à DSK le feu nucleaire on lui avait promis)..

  • Par GNAA - 18/05/2011 - 13:57 - Signaler un abus Sofitel

    Il suffit d'aller régulièrement dans des Sofitel pour comprendre que cette histoire ne tient pas debout.

  • Par martin888 - 18/05/2011 - 13:10 - Signaler un abus Enfin un français qui réfléchis bravo GEORGES

    Comment peut on imaginer un homme de 62 ans tentant de violer une femme de 32 ans , sans armes, sans moyen de menaces si ce n'est ses mains, en plein milieu de journee dans une suite d'hotel ou ses coordonnees ( nom , adresse, fonction etc ... ) sont connus de tous.
    Autant dire que cela est suicidaire. C'est comme si DSK avait essaye de violer Sego dans un meeting du PS .Ca ne tient pas debout.

  • Par martin888 - 18/05/2011 - 13:00 - Signaler un abus Le complot est évidant

    DSK à défit SARKO voila le prix de la trahison.
    Le traitement de DSK montre bien la véracité de ce complot.
    Les français vont bientôt apprendre à obéir et non plus réfléchir.
    SARKO contrôle tous, surtout les média.

  • Par georges - 18/05/2011 - 11:44 - Signaler un abus Et si DSK avait ete piege ???

    Comment peut on imaginer un homme de 62 ans tentant de violer une femme de 32 ans , sans armes, sans moyen de menaces si ce n'est ses mains, en plein milieu de journee dans une suite d'hotel ou ses coordonnees ( nom , adresse, fonction etc ... ) sont connus de tous.
    Autant dire que cela est suicidaire. C'est comme si DSK avait essaye de violer Sego dans un meeting du PS .Ca ne tient pas debout.

  • Par Maquisard - 18/05/2011 - 11:40 - Signaler un abus Manipulation ? (3)

    Alors oui, je me pose la question d'une manipulation. Pour le moment, évitons de nous forger des certitudes à chaud, gardons du recul et observons l'évolution de la situation. Peut-être que le témoignage de la victime se renforcera et gagnera en crédibilité, peut-être qu'un scenario de manipulation apparaîtra, et dans cet éventail de possibilité, les actes de DSK seront peut-être mis en lumière.

  • Par Maquisard - 18/05/2011 - 11:35 - Signaler un abus Manipulation ? (2)

    Ce qui me trouble le plus sont les incohérences dans l'accusation : les variations sur les horaires, la fermeture de la porte de la chambre par DSK, le fait que la femme de chambre se retrouve face à un client et reste là au lieu de quitter les lieux, les fellations "de force", et d'autres éléments, tout cela me donne une impression d'incohérence dans la description de l'agression par la victime.

  • Par Maquisard - 18/05/2011 - 11:31 - Signaler un abus Manipulation ? (1)

    Nous ignorons ce qui s'est passé. Les seuls éléments dont nous disposons sont contradictoires. Il se peut que DSK soit coupable de viol, mais il peut aussi avoir été piégé d'une manière ou d'une autre, avec un degré de responsabilité plus ou moins grand. Je relèverai juste que la juge n'est pas très crédible quand elle accuse DSK de "fuir" alors qu'il part pour un déplacement prévu et cohérent.

  • Par le Gône - 18/05/2011 - 07:55 - Signaler un abus Un complot.."je me marre"

    [ce commentaire a été supprimé par la modération]

  • Par martel en tête - 17/05/2011 - 21:37 - Signaler un abus Un mystère de plus aux States

    L'affaire est tellement énorme, et ça arrange si bien les USA, qu'il est normal de penser au complot : Il n'est pas invraissemblable qu'on ait piégé DSK, avec l'appât qui convenait au bonhomme et sur lequel il a dû se jeter voracement. Après, c'est affaire de scénario et de mise en scène et les services américains savent faire. Mais si c'est le cas, on ne connaitra jamais le fin mot de l'histoire.

  • Par Diver - 17/05/2011 - 20:20 - Signaler un abus Mme Sabbane n'a pas froid aux yeux !

    Je l'ai entendu hier dans une vidéo.... Ouiiiiii c'est vrai que Dominique adore les femmes et c'est un séducteur et drageur merveilleux... etc etc
    je me suis dit si le ridicule et l'hypocrysie tuaient elle serait déjà morte cette brave collaboratrice de DSK à qui elle doit probablement toute sa carrière... mais que dira-t-elle si la justice US entérine les faits ?
    ps: pour Cambadélis c'est DPAM!

  • Par sheldon - 17/05/2011 - 15:31 - Signaler un abus Théorie du complot : manque de maturité

    MM; les politiques, et autres, ressaisissez vous. La théorie du complot est, pour moi, l'équivalent des pseudo causes des catastrophes non explicables facilement, à savoir la punition divine. On a eu l'argument entre autre pour le SIDA, voire le karma collectif pour les tsunamis, etc.
    Ce n'est pas parce que les US suivent leurs lois démocratiques qu'il y a aussi complot contre la France, l'€, etc

  • Par Chamaco (non vérifié) - 17/05/2011 - 12:31 - Signaler un abus en tous cas pour la version

    en tous cas pour la version officielle du 11/9 il y a bien eu "complot" selon votre définition : "des manœuvres ou des ententes concertées secrètement entre plusieurs personnes et qui ont une finalité politique, le plus souvent violente".
    *
    Pour DSK il ne suffit pas de prononcer le mot pour prouver quoi que ce soit, mais c'est vrai ça en rassure pas mal.

  • Par NOVY12 (non vérifié) - 17/05/2011 - 09:48 - Signaler un abus Pour certains le complot est bien confortable !!

    Parce qu'il permet de se ménager un avenir de victime.....
    Prenez le PS par exemple il le joue à fond tout en déclarant que sa base est solide et qu'il continue à porter son programme le tout sans modifier la date de ses primaires !!!

Frédéric Monier

Frédéric Monier est historien et professeur à l'université d'Avignon.

Spécialiste de l'histoire politique contemporaine française et européenne et de l'histoire du secret, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Le complot dans la République. Stratégies du secret de Boulanger à la Cagoule (La Découverte, 1998) ou Corruption et politique : rien de nouveau ? (A. Colin, 2011).

Il participe par ailleurs à un site web consacré à l'histoire de la corruption politique en France et en Allemagne à l'époque contemporaine.

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