Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 23 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Donald Trump pourrait-il devenir une bonne surprise à la Reagan ?

Utilisant le slogan de Ronald Reagan pour la campagne de la présidentielle de 1980, Donald Trump semble vouloir s'inscrire dans une certaine continuité. Pourtant, sur de nombreux plans, les deux candidats diffèrent grandement.

America is back ?

Publié le - Mis à jour le 13 Mai 2016
Donald Trump pourrait-il devenir une bonne surprise à la Reagan ?

Atlantico : Snobé par les élites, présenté comme "inexpérimenté", "inculte", "dangereux"... Malgré les assauts incessants de ses adversaires, Trump ne serait pas le premier "populiste" à rentrer à la Maison Blanche, si l'on se souvient du cas Reagan. Au regard de leurs deux campagnes, cette comparaison vous semble-t-elle légitime ? Le slogan "Make America Great Again" est-il une bonne récupération ?

Michel Goussot : En politique et en sciences politiques, la comparaison entre des acteurs de premier plan reste toujours périlleux et douteux : Ronald Reagan était-il "populiste" ? Pas sûr à mon sens. Disons qu’aux Etats-Unis, le "populisme" n’a pas le même sens que chez nous : le système politique américain n’est pas idéologisé et globalement, les Américains sont d’accord sur l’essentiel de ce qui fait l’Amérique (ce sont les "fondements" d’une Constitution qui dure depuis…1787, alors qu’on en est à la cinquième République en France et au total à une quinzaine de régimes politiques différents dans le même temps).

On pourrait ainsi dire que Obama fut "populiste" au sens américain du terme quand il flattait les classes moyennes défavorisées et les minorités.

Par ailleurs, dans nombre de démocraties vraiment occidentales (sauf au Japon) la tendance "populiste" et démagogique des discours de partis politiques divers augmente, notamment de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche. Aux Etats-Unis, Bernie Sanders peut tenir des discours dits "populistes" lorsqu’il prône la gratuité totale de l’enseignement supérieur américain. Différentes études conduites au cours du mois d’avril 2016 par le Pew Research Center montrent qu’une partie des 20-30 ans qui auraient pu soutenir les positions de Sanders pourraient se tourner vers  un soutien à Trump lors du Popular Vote de novembre prochain, ce qui montre qu’aujourd’hui la versatilité de l’opinion publique s’est affirmée.

Trump, premier "populiste" à la Maison Blanche ? La une d’un grand quotidien américain du week-end dernier portait ce titre : "Trump : the Breaker of the Rules" . Entendons par-là que la génération ‘Millenial’ suit en gros la tendance actuelle de la même génération dans les démocraties occidentales : soutenir le candidat qui rompt avec les positions établies (on peut, par exemple, montrer que 30% de cette génération  en France est tentée depuis les régionales par le vote FN). C’était un peu différent avec Ronald Reagan, beaucoup moins enclin à être un "breaker of the rules"  dans un contexte totalement différent où les électeurs voulaient faire confiance à celui qui renforcerait les normes américaines sur tous les plans aussi bien domestique qu’international. Trump incarne l’entrepreneur, le manager qui a réussi et aux Etats-Unis, l’entrepreneur qui a réussi séduit, l’entreprise fait partie de la culture américaine. Aux Etats-Unis, la réussite passe par l’argent, un processus tabou en France, ce qui rend difficile la compréhension de l’attitude des électeurs américains. Trump joue effectivement la carte de la séduction (en latin, séduire c’est "attirer à soi") en jouant sur des cordes sensibles comme l’immigration (un thème déjà apparu chez Reagan au cours notamment de sa campagne de 1987) et – fait nouveau dans le contexte actuel – sur l’islamisme et les musulmans présentés comme des ennemis de l’Amérique. On serait ainsi passé de la cible visant le communisme à celle visant l’islam, et l’argument peut fonctionner. Reste que Ronald Reagan était beaucoup plus "religieux" que ne l’est Trump dans ses discours, mais aux Etats-Unis, la désignation de l’ennemi identitaire fait partie des classiques discours des campagnes présidentielles. 

Jean-Eric Branaa : Le populisme n’est pas un problème dans la vie politique américaine et le cas Reagan est aujourd’hui un exemple qu’il faut suivre, à en croire le comportement de la classe politique américaine : Marco Rubio, Jeb Bush, Scott Walker ou encore Ted Cruz, tous ont usé et abusé de la carte Ronald Reagan. Mais il est vrai que celui qui a le plus osé dans cette volonté de récupérer la Reaganmania (parce qu’elle est réellement forte aux Etats-Unis) est bien Donald Trump. Il a donc tout simplement repris son slogan, à peine adapté : "Rendons à l’Amérique sa grandeur".

Trump fait donc campagne sur le même message que son prestigieux aîné. Reagan insistait sur l’idée que les problèmes n’étaient pas aussi insurmontables que Carter le prétendait.  Cette idée qu’il existe des solutions simples à tous les problèmes, même les plus complexes, est effectivement une idée commune aux deux hommes. La comparaison s’arrête là cependant. Reagan proposait des solutions, ce qui n’est pas le cas de Trump : dans son discours d’entrée en campagne, Reagan proposait déjà bien plus de solutions concrètes que Trump n’en a affichées durant toute la durée de sa campagne, jusqu’à aujourd’hui du moins.

Il faut y voir le talon d’Achille de l‘homme qui va bientôt recevoir l’investiture du parti républicain : alors que Reagan était un homme qui avait des idées et des convictions affirmées, Donald Trump est une coquille vide, qui ne défend aucune ligne politique en particulier et ne possède aucun programme. Il faut reconnaître que Ronald Reagan avait déjà l’expérience du pouvoir (il avait été gouverneur de Californie) alors que le milliardaire de New York n’a jamais occupé aucun poste électif. Toutefois ce vide idéologique se révèle être un atout formidable aujourd’hui, puisqu’il va permettre aux caciques du parti de transformer en un temps record l’homme de toutes les outrances pour en faire un présidentiable acceptable. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 08/05/2016 - 09:52 - Signaler un abus Donald Trump a un Programme !

    Quelques grosses erreurs, des mensonges et des stupidités dans cet article… Quand on lit, en page 1, ''Donald Trump est une coquille vide, qui ne défend aucune ligne politique en particulier et ne possède aucun programme'', c'est tellement débile que l'on a l'impression d’être dans un article d'Atlantico sur Marine le Pen ! Et quand on lit, page 2, ''Son successeur, GH Bush n’a eu qu’à engranger les bénéfices du reaganisme'', c'est vraiment crapuleux : se réjouir de trente ans d'enlisement des USA au Moyen-Orient, du triomphe de l'Occident contre l'Islam ! Les comparaisons ne sont pas faciles, au vu de l'écart de temps et de la différence des situations. Reagan a su éviter la guerre avec l'Urss, et s'il y a un programme bien clair de Donald Trump, c'est de laisser les chiites et les sunnites s’entre-tuer tranquillement entre eux. Quant à la politique économique, Donald Trump semble, là aussi avoir une idée bien précise : se débarrasser des millions de migrants illégaux et donner du travail aux 15 à 25 % d'américains qui vivent dans la pauvreté !

  • Par zouk - 08/05/2016 - 11:01 - Signaler un abus TRUMP

    Un vide intellectuel inquiétant, le parti républicain parviendra-t-il à l'encadrer de quelques individus capables de raisonner avec quelque expérience internationale? Sinon..... tous les dangers sont possibles.

  • Par Anguerrand - 08/05/2016 - 11:23 - Signaler un abus Trump et Bush

    Karl zéro était parti aux USA pour un bilan de la présidence de Bush 2 avec bien sûr la certitude que c'était un president de droite nul, comme ce qu'il se disait partout en France. Il avait reconnu en fait qu'il avait été un bon president, ce qui allait à l'encontre de ses préjugés. Je pense que l'on recommence surtout à gauche bien sûr avec Trump. Un homme qui a réussi est toujours préférable à un enarque de gauche qui n'a jamais fait que de la politique. Je parle entre autre de Hollande et de tous ces politiques qui n'ont jamais travaillé de leur vie, et pour qui l'entreprise est quelque chose de virtuel. La gauche ne peut donc qu'être CONTRE.

  • Par Aldebaran45 - 08/05/2016 - 11:27 - Signaler un abus impérialiste

    Trump a une vision romaine de la politique étrangère, version Rome impériale s'entend, car pour lui les autres nations doivent être tributaires de la puissance américaine. Reagan avait une toute autre vision de la politique étrangère, et voyait l'Amerique comme une force pour le triomphe du Bien. L'Histoire retiendra probablement de Trump qu'il fut l'un des nombreux jalons du déclin moral de l'Occident

  • Par joke ka - 08/05/2016 - 11:41 - Signaler un abus propagande médiatique

    Arrêtons ce matraquage contre Trump que personne ne connaît : quand Obama s'est présenté ,la presse,les médias n'avaient pas assez de mots flatteurs quand il était aussi un parfait inconnu ... .on n'a pas de leçons à donner à nos amis américains!!! Pourquoi seraient ils moins intelligents que les français (qui ont fait la bêtise de voter pour un Flanby)p dans le choix de leur chef d'Etat...

  • Par joke ka - 08/05/2016 - 11:44 - Signaler un abus Clinton

    C'est la favorite des médias gauchistes... alors qu'elle a un maximum de casseroles aux fesses!

  • Par vangog - 08/05/2016 - 12:45 - Signaler un abus Difficile de prévoir dans un monde imprévisible..,

    Trump incarne cette nouvelle générations de politiciens a-doctrinaires ( ni droite-ni gauche), excepté le patriotisme économique, simple bon-sens, et qui pourra piocher des idées dans tous les partis, pourvu qu'elles contribuent à faire "America great again'". Les vieilles notions de planification, de schéma directeur, d'anticipation sociétale, de propagande doctrinale, propres au gauchisme, n'ont pas résisté à l'accélération brutale de la globalisation. Ce monde réclame, dorénavant, moins d'anticipation que de réactivité. Et Trump a prouvé qu'il savait être réactif et adaptable, les deux qualités prééminentes d'un politicien moderne. Il va aussi dans le sens de l'histoire actuelle, en s'opposant à la mondialisation des échanges, aboutissant à une spécialisation par continents très néfaste à la diversité économique, et en s'opposant à la dilution migratoire, génératrice de communautarisme et mortelle pour la créativité, qui se nourrit de différences. Les jeunes ont parfaitement compris l'adaptabilité de Trump, aussi séduisante que la générosité utopique. Voila pourquoi ils peuvent voter Sanders, un vieux doctrinaire gauchiste, aujourd'hui, et Trump, un inclassable réactif, demain

  • Par gerint - 08/05/2016 - 16:57 - Signaler un abus Entre Trump l'inconnu et Clinton la vendue

    je préfère Trump dont je pense au final qu'il a intelligemment mené sa campagne et n'est pas du tout le nul décrit. Par contre il est sûr que Clinton qui m'apparaît détestable moralement et contrairement à Trump qui a les moyens de sa campagne elle a besoin de lobbies financiers. Elle grenouille dans la politique depuis tant d'années !

  • Par Oyentin - 08/05/2016 - 17:15 - Signaler un abus Une bonne nouvelle:

    Fin du règne du prix Nobel de la paix, spécialiste des drones. BHO ne nous a pas emmené à la troisième guerre mondiale uniquement par manque de temps. Donc Trump sera mieux qu'un troisième mandat Clinton qui finirait le délire de BHO et nous avec.

  • Par A M A - 08/05/2016 - 17:52 - Signaler un abus Donald Trump est une coquille vide

    Donald Trump est une coquille vide. C'est stupide, mais tout à fait conforme aux frilosités de l'intelligentsia française, celle qui exprime de façon pontifiante les avis de leur microcosme. Que les Américains élisent un Président dont la politique soit conforme et favorables à nos intérêts, c'est tout ce que l'on peut souhaiter, et qu'ils fassent ce qu'ils veulent chez eux. Si Trump est un facteur de paix et d'équilibre du monde de demain, que demander de plus? Les parlotes parisiennes ne concernent heureusement que les "élites parisiennes". Le monde s'en f....compétemment, et nous aussi.

  • Par Anguerrand - 08/05/2016 - 18:24 - Signaler un abus A Oyentin

    Je pense que vous parliez de BHL ?

  • Par Phlt1 - 08/05/2016 - 21:46 - Signaler un abus ???

    On sent le piège qui se referme, comme ce qui s'est passé et se passe avec Hollande: les journalistes se creusent la tête pour essayer de comprendre ce que Hollande ou Trump ont comme programme, et de longs débats entre citoyens s'installent.!. Ni Hollande, ni Trump n'ont la moindre idée d'un programme.!. Ce sont juste des cyniques capables de jouer un rôle pour obtenir le pouvoir. Avec une différence néanmoins: Hollande le fait pour son ego (l'idéologie de Gauche n'est pas un programme politique mais seulement une satisfaction de l'ego) tandis que Trump le fait pour devenir le plus riche des milliardaires américains: il mettra son pouvoir à son propre service, et c'est tout ce qu'il cherche.!. Tout le reste n'est qu'illusion. Et j'aime bien constater ici que ceux qui se disent en connexion avec la vraie réalité, c'est à dire les représentants du FN, sont simplement aveuglés par la mèche blonde de Trump. Il y a de fortes chances que Trump ne gagnent pas les élections, et heureusement. Nous en France, Hollande les a gagnées (grâce au FN). Nous n'avons pas de leçon à donner aux américains.!.

  • Par Leucate - 09/05/2016 - 14:22 - Signaler un abus L'intendance suivra

    C'était le mot de de Gaulle pour qui redonner le moral aux français était primordial, la clé de la réussite politique au sens noble du terme. L'économie a besoin de la confiance, c'est même fondamental. Une politique économique peut être bonne ou mauvaise, c'est la confiance qui fait la différence. Il est inutile de comparer Trump à Reagan. Reagan arrivait quand l'URSS, en pleine expansion mondiale en particulier en Afrique, était l'ennemi potentiel numéro 1 alors que les USA, humiliés par la prise de Saïgon par les communistes du nord, connaissaient une crise de confiance en eux grave; la prise d'otages iranienne et l'échec de l'opération pour les délivrer fut la goutte qui fit déborder le vase. Trump arrive dans une situation différente. Les USA ont gagné la guerre froide mais se retrouvent confrontés à une menace nouvelle, la menace islamiste, et son interventionnisme sans objectifs clairement définis est un échec assorti d'un gouffre financier. Les EUA vont mal et une partie de sa population souffre. Elle en rend donc responsable les gouvernements (administrations) qui la gouvernent ou l'ont gouverné et demandent une politique alternative à celle menée jusque là

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il fait partie de l'IRIS. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), et d'American Touch (Parlez-moi de vous), aux éditions de Passy (2016). Il vient de sortir "Trumpland, portrait d'une Amérique divisée" aux éditions Privat (2017).

Son prochain livre, 1968: Quand l'Amérique gronde, Privat (mai 2018).

Voir la bio en entier

Michel Goussot

Professeur Agrégé de Géographie
Maître de Conférence à Sciences Po Paris. CERI. A écrit Espaces et territoires aux Etats-Unis (2004).

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€