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Derrière l'attentat de Ouagadougou, la concurrence féroce entre mouvements islamistes en Afrique

Le samedi 16 janvier, l'AQMI attaquait le Burkina Faso, frappant Ougadougou. L'attentats a fait moins 29 morts, dont au moins deux français. Les conflits en Syrie et en Irak ne sont pas les seuls à compter leurs terroristes : en Afrique subsaharienne, les groupes islamistes sont légions... et pas toujours d'accords.

Al Qaeda contre Etat Islamique

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Atlantico : L'attentat qui a eu lieu ce samedi 16 janvier à Ouagadougou au Burkina Faso a fait au moins 29 morts, dont deux français. Il a été revendiqué par l'AQMI et visait l'hotel Le Splendid, ainsi qu'un restaurant voisin, Le Capuccino. Les deux lieux ont été le théâtre d'une prise d'otages entre vendredi et samedi. Quels sont, aujourd'hui, les groupes actifs en Afrique Subsaharienne ? En quoi diffèrent-ils d'autres organisations terroristes islamistes ?

Alain Rodier : Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) est globalement divisé en deux branches composées de plusieurs katibats (compagnies ou brigades regroupant de quelques dizaines à une centaine d'hommes).

L'entité centrale qui est dirigée par l'émir du mouvement, Abdelmalek Droukdel, et la choura (le "conseil" présidé par Abou Obeida Youssef al-Anabi) est basée en Kabylie à l'est d'Alger. Il existe aussi quelques groupes disparates à l'ouest et au sud de la capitale mais ils sont relativement peu actifs cherchant surtout à survivre. Ses effectifs combattants seraient environ un petit millier. Il convient d'ajouter les sympathisants convaincus ou forcés qui assurent la logistique. Le mouvement a essaimé plus à l'est passant en Tunisie et en Libye voisine.

>>>>>>>> A lire aussi : Burkina Faso : une attaque terroriste fait au moins 29 morts dont deux Français à Ouagadougou

Plus au sud dans le Sahel, c'est le domaine d'al-Mourabitoune, cette unité composée de la fusion des signataires par le sang, la katibat de Mokhtar Belmokltar (MBM) dit le borgne et du MUJAO. En 2015, il y a eu une tentative de scission d'une partie de ce mouvement emmenée par Adnane Abou Walid Al-Sahhraoui. A savoir que certains activistes, essentiellement originaires du MUJAO, souhaitant désormais se battre sous la bannière de Daesh. Ils ont été exclus du mouvement et sont pourchassés par leurs anciens frères d'armes.

MBM est un personnage central au Sahel. Chef charismatique ayant connu l'Afghanistan (après le départ des Soviétiques) sous l'autorité de Gulbuddin Hekmatyar, il est rentré en Algérie en 1992:1993 où il a rejoint le GIA avant de participer à la création du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) puis d'AQMI dont il est devenu l' "émir du Sahara". Il connaît très bien le Sahel car il s'y livre depuis des années à des trafics divers et variés : drogues, armes, véhicules volés, migrants, pétrole, cigarettes (d'où son surnom de M. Marlboro). Il a épousé plusieurs femmes de la région dont une malienne pour s'attirer le soutien de certaines tribus avec lesquelles il est "en affaires". Il sillonne en permanence la zone depuis la Mauritanie à l'ouest, le Mali, le Niger, le Tchad et la Libye. Il avait rejoint ce dernier pays en 2011 au début de l'insurrection et il aurait participé aux combats de Derna sur la côte nord-est. Ensuite, il a établi des "comptoirs" dans le Fezzan (sud-ouest du pays près de la passe de Salvador), se livrant à un intense commerce des armes récupérées sur l'armée libyenne.

En 2013, après le début de l'opération Serval, il avait rompu avec AQMI et surtout avec son chef Abdelmalek Droukdel dont il ne supportait plus l'autorité. Ce dernier a réagi en créant l' "émirat du Sahara" mais il n'a jamais vraiment percé. MBM est le spécialiste des coups de main audacieux dont la prise d'otages d'In Amenas (Algérie), de raids dirigés contre AREVA au Niger, de diverses attaques au Mali dont l'action terroriste lancée contre l'hôtel Radisson Blu à Bamako le 20 novembre 2015. Il est aussi spécialisé dans le rachat d'otages à des groupes criminels pour ensuite négocier leur libération en faisant de juteux bénéfices.

Il est à la fois recherché par les Américains qui offrent cinq millions de dollars pour tout renseignement permettant sa capture (ou sa neutralisation) et par l'Etat Islamique qui le veut "mort". Il faut dire que MBM, même lorsqu'il était au plus mal avec Abdelmalek Droukdel, a toujours revendiqué haut et fort son allégeance au docteur al-Zawahiri, l'émir d'Al-Qaida "canal historique". Al Mourabitoubne porte aussi le nom d' "Al-Qaida dans l'ouest africain", ce qui est tout un programme... Le 4 décembre, il aurait rallié AQMI, ce qui constitue une surprise quand on connaît l'indépendance de l'individu. Des observateurs se demandent s'il n'a pas été tué et que son décès n'a pas été gardé secret comme ce fut le cas pour le Mollah Omar dont la mort avait été dissimulée pour des raisons tactiques pendant deux ans. Cela expliquerait qu'al Mourabitoune ait été réintégré dans le "califat du Sahara". Mais, MBM a été annoncé plusieurs fois tué dont la dernière en 2015 après un raids aérien américain ayant eu lieu en Libye au sud de Benghazi. Il est toujours réapparu par la suite ajoutant le surnom de M. Fantôme à la longue liste de ses alias.

Pour être complet, il convient de détailler le dispositif de l'adversaire au Mali. AQMI est présent dans la région de Tombouctou, Ansar Eddine toujours emmené par le contoversé touareg Iyad Ag Ghaly, est actif dans la région de Kidal. Le Front de libération du Macina d'Hammadoun Kouffa (composé d'ex-MUJAO à majorité peul) s'est développé dans le centre du pays en coopération avec Ansar Dine. Ce denier écumerait le sud du Mali près de la frontière ivoirienne. Dans l’est du pays, des restes du MUJAO continuent de s’opposer à des communautés touarègues hostiles et mènent quelques incursions au Niger voisin.

 
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  • Par zouk - 18/01/2016 - 13:45 - Signaler un abus Groupes islamistes concurrents au Sahel

    Si seulement ils pouvaient s'exterminer entre eux.... Je crains que ce nesit pas le cas. Le plus probable est malheureusement le ralliement de tous au groupe le plus violent. Nous sommes loin d'en avoir fini avec cette menace, qui pourrait bien finir par essaimer en France, Couliblay précurseur?

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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