Pilule gratuite pour mineurs ? Non
Contraception : "Méfions-nous
des réponses trop simples"
Un rapport publié jeudi dernier suggère de rendre la contraception gratuite pour les mineures. Nora Berra est montée au créneau pour critiquer cette proposition. La Secrétaire d’État chargée de la Santé craint notamment qu'une telle mesure ne déresponsabilise les parents.
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La contraception, c’est bien plus qu’un sujet de santé. C’est un sujet de société qui doit être appréhendé de manière globale. Comment l’évoquer sans parler de l’éducation sexuelle, notamment afin de sensibiliser nos jeunes à tous les risques liés aux pratiques sexuelles, que sont grossesses non désirées et les maladies sexuellement transmissibles ?
Sur ce sujet sensible, il faut se méfier des solutions trop simples, et particulièrement en France, où la situation est assez paradoxale, puisqu’en dépit d’une diffusion et d’une utilisation massive de moyens de contraception efficaces, le taux de grossesses non désirées demeure préoccupant, même si le nombre des IVG chez les mineures a légèrement diminué depuis 2006.
Quand on y regarde de plus près, on constate que 65% des IVG concernent des femmes utilisant une méthode contraceptive, dont 30 % théoriquement très efficace (contraceptif oral, stérilet). Preuve qu’on ne peut pas réduire la contraception à la seule question de l’accès aux moyens de contraception.
Bien sûr, on doit continuer à améliorer l’accessibilité aux moyens de contraception, et c’est ce à quoi nous nous employons depuis plusieurs années. La loi Hôpital Patients Santé Territoire a permis ainsi une augmentation du nombre de professionnels pouvant participer à la prévention des grossesses non désirées. Les sages femmes peuvent déjà prescrire toutes contraceptions (hors situations pathologiques). Depuis le début de l’année, les infirmières peuvent renouveler une prescription de contraception orale (6 mois maximum), et les pharmaciens pourront très prochainement renouveler une délivrance de contraceptifs.
De même, et comme je m’y étais engagé, les pilules de deuxième génération ont vu leur prix baisser entre 12 et 15%. Cela veut dire concrètement la contraception à 2 euros par mois. Si on prend en compte la prise en charge à 65% par l’assurance maladie, c’est donc au maximum, en l’absence de mutuelle, 70 centimes par mois de reste à charge pour l’intéressée.
Mais, au-delà des questions d’accessibilité, se pose surtout celle de l’efficacité de la contraception, fortement liée à l’usage qu’on en fait : erreurs d’utilisation des méthodes, sous utilisations de la contraception d’urgence, non-perception du risque… autant de causes d’échecs sur lesquelles nous faisons aussi porter notre effort.
A cet égard, j’ai lancé en octobre dernier une campagne de l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé intitulé « Les Françaises utilisent-elles un contraceptif adapté à leur mode de vie ? ». Pour moi, poser la question, c’est commencer à y répondre. A chaque mode de vie, à chaque rythme de vie, à chaque situation, sa contraception… C’est parce que la question de la contraception est complexe qu’elle doit constamment nous réinterroger. En la matière, les réponses mécaniques et toutes faites sont rarement de bonnes réponses. Surtout, il ne faut pas que l’arbre des bonnes intentions cache la forêt des vrais problèmes. S’agissant notamment des plus jeunes, je pense aux infections sexuellement transmissibles qui connaissent un regain d’incidence, et que la focalisation sur la seule contraception peut faire passer pour accessoires.
Nora Berra
Nora Berra est une femme politique, députée européenne de la circonscription Sud-Est, Secrétaire d'Etat à la Santé.
Elle est aussi médecin.

