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Comment la gauche libérale a inventé la "post-vérité"

Le 16 novembre 2016, le dictionnaire de l’université d’Oxford annonçait que "post-vérité" était le mot qui, plus que tout autre, reflète "l’année qui vient de s’écouler". Selon la définition du dictionnaire, on parle de "post-vérité" quand "les faits objectifs ont moins d’influence que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles pour modeler l’opinion publique".

Mot nouveau

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Il y a plus de 30 ans, les universitaires ont commencé à discréditer la « vérité » comme l’un des « grands récits » que les gens intelligents ne pouvaient plus croire. En lieu et place de « la vérité », qu’il fallait donc considérer comme naïve et/ou répressive, la nouvelle orthodoxie intellectuelle autorisait seulement l’usage des « vérités » – toujours plurielles, souvent personnalisées, inévitablement relativisées.

Dans cette perspective, toutes les revendications sur la vérité sont relatives à la personne qui les fait ; en dehors de nos propres particularités, aucune position ne permet d’établir la vérité universelle. C’est l’un des principes fondamentaux du postmodernisme, un concept qui a pris son envol dans les années 1980 après la publication de La Condition postmoderne : rapport sur le savoir de Jean-Francois Lyotard.

Le postmodernisme a créé les fondations de l’ère « post-vérité ».

Inutile de chercher une vérité dans la nouvelle économie. Shutterstock

À partir de ce manifeste, les attitudes de défiance se sont rapidement répandues au sein de la société. Vers le milieu des années 1990, les journalistes emboîtaient le pas aux universitaires en rejetant l’« objectivité » comme rien de plus qu’une manie professionnelle. Les pirates vieux-jeu qui ont continué à adhérer à l’objectivité comme principe structurant étaient accusés de tromper le public et de se tromper eux-mêmes.

Ce changement ne s’est pas limité pas à la minorité qui avait adopté le tristement célèbre « journalisme d’attachement » de Martin Bell, ancien correspondant de guerre de la BBC pour qui les journalistes ne peuvent rester neutres face aux événements. En se drapant de pragmatisme, le consensus professionnel permettait ainsi de prôner une version minimisée de la vérité, l’équivalent du relativisme académique. Le journalisme professionnel cherchait à se distinguer de la recherche soi-disant anachronique de la seule vérité vraie, comme le souligne Ivor Gaber dans son livre For Subjectivity : Or, the Crumbling of the Seven Pillars Of Journalistic Wisdom (« Plaidoyer pour la subjectivité : ou l’écroulement des sept piliers de la sagesse journalistique »). Les journalistes étaient mûrs pour la « post-vérité ».

Pendant ce temps, dans l’économie « créative »…

Dans la seconde moitié des années 1990, l’image de marque est devenue le cœur de métier des « industries créatives ». De jeunes gens brillants ont généré une croissance rapide en créant un système de pensée mythique, fondé sur « la marque ». Le « branding » est devenu beaucoup plus important que l’activité banale de conception, de développement et de fabrication d’un produit. En Grande-Bretagne, tandis que la fabrication de produits manufacturés était sur le déclin, la City connaissait une expansion spectaculaire. L’économie nationale a donc été reconfigurée autour de ce que les gens étaient prêts à croire – une sorte de définition de la vérité selon les marchés financiers. Dans les économies occidentales, ce système de gestion des perceptions et de culture de la promotion publicitaire a remplacé en grande partie les faits incontournables que représentaient les produits manufacturés.

 
Commentaires

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  • Par adroitetoutemaintenant - 08/12/2016 - 15:01 - Signaler un abus Cette notion a aussi une base scientifique

    La théorie du chaos en est la réelle créatrice. Cette théorie, illustrée brillamment pas le fameux battement d’aile d’un papillon qui va provoquer un ouragan à des milliers de kilomètres. Il s’agit en fait de systèmes où un petit changement « insignifiant » peut aboutir à des conséquences dont l’amplitude peut être dramatique. On le voit par exemple dans les urgences médicales où un petit paramètre ignoré ou trop amplifié dans l’analyse précipitée peut entrainer une issue dramatiquement différente. Tout dépend du temps disponible car la théorie du chaos n’est qu’apparence. Sur une longue période d’étude le chaos est bien moindre. L’orbite de la planète Mercure autour du soleil est chaotique sur quelques années d’observation mais sur une longue période elle l’est beaucoup moins. J’ai eu une urgence medicale un jour où l’incident entrainait la mort du patient s’il n’était pas résolu en quelques minutes. J’ai demandé en même temps 2 plateaux d’intervention. Celui qui me plaisait le moins s’est présenté en premier et je l’ai donc utilisé plutôt que d’attendre. Et le patient se porte bien.

  • Par adroitetoutemaintenant - 08/12/2016 - 15:02 - Signaler un abus suite

    Le problème en politique est l’introduction de pseudo-urgences pour justifier de mauvaises décisions. Clinton était un violeur et donc un manipulateur né. Obama a pu mentir sur lui-même et s’en sortir donc il continue. La gauche criminelle fait la même chose ainsi que l’islam qui se justifient après coup par le fait d’être justement punis.

  • Par Anouman - 08/12/2016 - 16:45 - Signaler un abus Post-vérité

    Intéressant article. Mais je crois que la prochaine étape va être de se pencher sur la post-mystification qui me parait prendre le pas sur tout le reste, en politique ou dans les médias. Je laisse les chercheurs y réfléchir, moi ça me fatigue et il me suffit de savoir qu'on nous prend vraiment pour des billes.

  • Par Lafayette 68 - 08/12/2016 - 16:50 - Signaler un abus ça suffit

    comme le dit Anouman on nous prend pour des buses et le décalage entre ces pseudo- intellectuels et les réalistes va s'accentuer

  • Par tubixray - 08/12/2016 - 17:16 - Signaler un abus J'avais cru que ....

    ... cet article concernait le traitement de l'information par nos médias aux ordres de la gauche sociétale .....

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 08/12/2016 - 19:28 - Signaler un abus Création d'un nouveau mot pour nommer un vieux concept........

    Quel interêt d'appeler "post vérité" ce que l'on a toujours appelé une interprétation subjective...des faits...Que de temps perdu en bavardage stérile !

  • Par vangog - 08/12/2016 - 21:55 - Signaler un abus Manipulation de masse? Pervers narcissiques...

    à la Clinton, Blair, Obama, Flamby? Cela a toujours existé, et de tout temps! Déjà les premiers empereurs romains voyaient la religion chrétienne comme un concurrent direct de leur pouvoir sans partage, et tentaient de les diaboliser ( tiens, tiens!...) en manipulant le peuple, grâce. Leur seul moyen de communication de l'époque: les jeux du cirque, dont les chrétiens devenaient victimes expiatoires de la crainte provoquée. Les idéologues socialistes et nationo-socialistes ont été les plus grand manipulateurs du siècle dernier... Trotsky a théorisé la manipulation de masse par l'entrisme, et la justification de cette manipulation de masse par un idéologique "la fin justifie les moyens!". La théorie trotskyste trouve son prolongement dans l'école francaise actuelle, moyen le plus facile pour les gauchistes de trafiquer l'histoire et la pensée...et ceux qui croient que "la mondialisation justifie tous les moyens, tous les mensonges, toutes les manipulations..." doivent craindre la colère des peuples, qui n'a jamais laissé une oligarchie la manipuler bien longtemps...après la manipulation vient toujours la révolte, prémice à la Liberté!

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Andrew Calcutt

Andrew Calcutt est principal Lecturer in Journalism, Humanities and Creative Industries, University of East London

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