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Chute de Raqqa et Mossoul en vue : quel avenir pour le Calife et ses hommes après la perte de leur Etat (islamique) ?

La bataille pour la prise de Raqqa, capitale du groupe Etat Islamique, a débuté le 11 juin dernier. La perte de cette ville par le groupe terroriste serait un symbole, mais ne marquerait pas la fin de ses actions pour autant. Des attaques terroristes seraient notamment toujours possibles.

Au bord de l'éclatement

Publié le - Mis à jour le 16 Juin 2017
Chute de Raqqa et Mossoul en vue : quel avenir pour le Calife et ses hommes après la perte de leur Etat (islamique) ?

Atlantico : Dimanche 11 juin, des forces antijihadistes soutenues par Washington ont repris un premier quartier dans l'ouest de Raqqa, une ville située dans le nord de la Syrie et reconnue comme étant un fief de l'Etat Islamique. En quoi cette avancée peut-elle être considérée comme significative dans la lutte contre l'Etat Islamique ? Quelle est l'enjeu de cette bataille ?

Alexandre Del Valle : Raqqa est la capitale du groupe Etat Islamique, de plus, Abu Bakr al-Baghdadi a été tué. Les forces démocratiques syriennes réunissent un noyau de soldats composés de Kurdes et d'alliés Arabes. Ils sont armés par les américains, soutenus en sous-mains par les Russes et parviennent à progresser partout. Ils ont aussi un accord tacite avec le régime syrien. Aujourd'hui, tout concourt à une victoire imminente contre Daech en Syrie pendant que Mossoul tombe mis à part quelques quartiers. Daech recule partout face à la coalition occidentale, kurde et pro-iranienne.

C'est un phénomène massif qui était depuis longtemps. Le groupe Etat Islamique est diminué. Il ne dispose désormais que de très peu d'hommes. En somme, il ne pouvait que s'écrouler. Il ne vivait que de la division de ses ennemis et la réconciliation russo-turque a également contribué au revers des djihadistes en Syrie. 

L'enjeu de cette bataille est clairement la chute du régime de Daech en Syrie et en Irak où elle avait reconstitué un soi-disant califat qui n'est pas si grand. Raqqa est la capitale de cet Etat auto-proclamé. Sa chute serait un symbole de chute du califat. 

Alain Rodier : Il est beaucoup trop tôt pour estimer la situation militaire à Raqqa. En effet, après avoir conduit des escarmouches autour de la ville -seul les batailles pour la prise de la ville et du barrage de Tabqa (mars-mai 2017) ayant été particulièrement meurtrières- , les forces de Daech ne semblent pour le moment pas opposer une défense ferme des quartiers périphériques de la "capitale" politique de l' "Etat" islamique. Cela permet aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS) composées majoritairement de combattants kurdes de progresser plus rapidement qu'elles ne s'y attendaient. Toutefois, Daech est parvenu a reprendre des positions momentanéments abandonnées au nord de la ville lors d'une contre-attaque virulente.

A noter que l'armée syrienne légaliste progresse également vers Raqqa depuis le sud-ouest en mettant en avant ses "Tiger Forces" qui sont de tous les combats depuis le début de la guerre civile.

Pour l'observateur extérieur que je suis, la situation militaire semble être particulièrement confuse sur le terrain et je m'attends toujours à de mauvaises surprises en m'interrogeant sur la stratégie adoptée par Daech. La ville va-t-elle être défendue fermement ou abandonnée suite à des combats retardateurs pour permettre d'exfiltrer les combattants vers le sud, voie qui est encore ouverte ? Il semble en effet que Daech a concentré de nombreux moyens militaires classiques dans la région de Deir ez-Zor où une garnison de l'armée légaliste est assiégée depuis 2013. Des contre-offensives sont toujours à craindre sur d'autres points sensibles en Syrie. Quant aux attentats, ils sont devenus monnaie courante en Syrie comme en Irak. 

En ce qui concerne Raqqa et pour faire un parallèle, la libération des environs puis de la partie orientale de Mossoul a été également relativement rapide. Mais les forces irakiennes piétinent désormais autour de la vieille ville qui est défendue âprement. Il faut dire que les unités de première ligne ont subi jusqu'à 40% de pertes, ce qui est énorme. Ce degré de violence n'est pas encore atteint à Raqqa.  

Qu'adviendra-t-il de l'Etat Islamique une fois que la ville de Raqqa sera conquise ? Dans quelle mesure Daesh sera-t-il affaibli ?

Alexandre Del Valle : L'Etat Islamique va continuer a exister dans sa forme qu'il a déjà connu dans le passé. Il faut conprendre ici une forme virtuelle et transnationale qui va diminuer dans sa forme étatique. Le projet étatique n'est qu'un projet parmi tant d'autres. Comme l'a dit Abou Mohammed al-Adnani qui était le cerveau et en quelque sorte le ministre des attentats de Daech avant de mourir, "notre but, notre victoire ou notre échec ne se mesure pas à la conquête ou à la perte d'une ville puisque notre système d'action est essentiellement de répandre l'idéologie de la charia". Selon lui, tant que cette idéologie se développe dans les cerveaux, ils seront victorieux. Tout est dit ici. Avec les attentats low-cost auxquels nous assistons un peu partout avec des couteaux et des voitures, l'Etat Islamique continuera à faire parler de lui. Leur but qui est de faire parler de leur vision de l'islam sera atteint. On peut qualifier cette stratégie de terrorisme marketing ou terrorisme publicitaire.L'Etat Islamique va quitter sa nature étatique momentanée pour reprendre sa nature à la fois virtuelle et de terrorisme international même s'il est de faible envergure ou de troisième génération. Cela sera suffisant pour faire parler de lui. La meilleure preuve est que l'on a fait que de parler de cela depuis les attentats du pont de Westminster à Londres il y  a trois mois puis ceux de Manchester et Londres à nouveau au début du mois. La tentative d'attaque sur le parvis de Notre-Dame à Paris en fait partie.  Cette organisation terroriste a deux têtes. Si la première s'efface, la seconde reste active.

 
Commentaires

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  • Par Gordion - 14/06/2017 - 11:31 - Signaler un abus @A.Rodier: ne pensez vous pas que..

    ...les Américains convoitent le poste frontière de Al Tanaf, au carrefour de la Syrie, Irak, Jordanie, c'est la raison pour laquelle ils ont armé - relativement - les FDS sunnites et les Kurdes. Contrôler ce point stratégique leur permettrait de contrôler la province irakienne d'al Anbar, et donc d'empêcher les Iraniens, milices chiites et les troupes gouvernementales syriennes de réaliser la jonction entre Téhéran-Bagdad-Tanaf-le Liban contrôlé par le Hezbollah et enfin la mer Méditerrannée. La Turquie de fait soutiendrait les Américains, qui de cette manière contiendrait les velléités turques d'empêcher la jonction du Rojava kurde, et reviendrait dans le jeu sunnite contre le croissant chiite... Que c'est complexe! Je suis d'accord avec votre analyse, et celle de Del Valle

  • Par lasenorita - 14/06/2017 - 13:54 - Signaler un abus Ce ne sera pas la fin du terrorisme.

    Les musulmans CONTINUERONT à répandre le terrorisme et à envahir les pays dits ''civilisés'' parce qu'ils sont de plus en plus nombreux et au lieu de RESTER dans ''leur'' pays à travailler la terre et à conserver les belles cultures laissées par les non-musulmans, ils préfèrent venir chez nous où ils vendent de la drogue, volent, etc... et où on leur donne tout (logement, nourriture, aide médicale, etc.) sans qu'ils aient besoin de travailler!..et les gauchistes, qui nous gouvernent, les reçoivent mieux que les ''vrais'' Français.. qui, eux, sont obligés de se serrer la ceinture pour payer les impôts exorbitants réclamés par les gauchistes... les gauchistes qui, eux, dépensent nos sous allègrement!...

  • Par g16 - 14/06/2017 - 14:30 - Signaler un abus Russes et Turcs, sont des

    Russes et Turcs, sont des forces utiles, les Européens feraient bien de s'organiser avec eux pour une vraie lutte anti-terroristes partout.

  • Par RODIER - 14/06/2017 - 16:41 - Signaler un abus a Gordion

    Vous avez raison sur toute la ligne. J'avoue que, échaudé par le néoconservatisme de Mme Clinton qui risquait de nous conduire dans une guerre que nous ne voulions pas, j'attendais de voir ce qu'allait faire le président Trump en matière de politique étrangère. Il semble faire preuve d'un aventurisme et d'un manque d'expérience (ce dernier point ne peut lui être reproché) très inquiétants, particulièrement au Proche-Orient.(je ne connais pas bien la problématique de l’Extrême-Orient). J'ai peur que les néoconservateurs ne soient en train de l'absorber sous la menace du lancement d'une destitution en raison du comportement réel ou supposé de son entourage durant la campagne électorale. Quant à la Syrie, le jeu joué par Washington (que vous décrivez parfaitement dans votre commentaire) risque de conduire à des dérapages incontrôlables. Merci de me lire avec tant d’assiduité.. . .

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 14/06/2017 - 17:11 - Signaler un abus Aucun avenir bien sûr !!!

    Aucun avenir bien sûr !!! Car dans l'évolution du monde, Il y a plusieurs vitesses possibles, mais pas de marche arrière... ..........Ce n'est quand même pas 5 milliards d'individus qui vont se mettre à régresser de 5 siècles pour se mettre au niveau d'un petit milliard qui vit encore comme au 16ème S. Alors oui l'avenir est sombre pour EI . Il faut espérer que les dirigeants occidentaux décideront de les mettre hors d'état de nuire sur place afin d'éviter tout retour......Ils devraient faire confiance à Poutine pour régler le pb.

  • Par VV1792 - 14/06/2017 - 21:36 - Signaler un abus Pour detruire un ennemi, il

    Pour detruire un ennemi, il faut parfois le fixer et non le detruire completement, il faut l' user et le saigner. Autrement il se disperse, se transforme et apparait sous une autre forme.. Cela a aussi l' avantage de ne pas les voir revenir, et de pouvoir eliminer tous les tares qui continuent d' y aller..

  • Par Gordion - 15/06/2017 - 02:43 - Signaler un abus @A.Rodier:

    Merci à vous de bien vouloir me répondre. Concernant Trump, il est définitivement rentré sous la coupe des neoconservatives et du deep state.. Les déclarations de Riyadh concernant la seule source du terrorisme islamique, l'Iran, le prouve. Riyadh et Telaviv seul axe de la politique Moyen-Orient, voilà qui ravira Clinton et le deep state. Ce revirement est-il le résultat de la négociation avec ce camp pour bloquer l'impeachment contre Trump ? En tout cas, le containment de l'Iran et la diabolisation de la Russie sont bien de retour. Rien de bon à attendre au Moyen-Orient, en Asie Centrale et en Ukraine. Espérons que Trump saura canaliser les va-t-en guerres, genre McCain.

  • Par Gordion - 15/06/2017 - 06:33 - Signaler un abus @A.Rodier: liens utiles

    https://www.theguardian.com/world/2017/may/16/iran-changes-course-of-road-to-mediterranean-coast-to-avoid-us-forces https://consortiumnews.com/2017/05/15/the-push-for-trumps-impeachment/ Je suppose que vous connaissez! Cf aussi le dernier atrticle de C.Galactéros Bien à vous

  • Par Anguerrand - 15/06/2017 - 18:10 - Signaler un abus Ce gouvernement " propre " a un salaud de plus

    Bayrou, De Sarnez, Ferrand, Schiappa et j'en passe. Une majorité pléthorique et le roitelet Macron non seulement ne dégage pas ces truands, et fera strictement ce qu'il veut avec un groupe a l'Assemblee de 400 à 450 députés LREM c'est totalement fou. Tous les quelques autre députés ne serviront à rien, strictement rien. Dimanche il est encore temps de redresser un peu la barre sinon nous le payerons cher.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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