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La Chine face à une transition en trompe-l'œil : la clique de Shanghai prend la main sur les communistes des provinces intérieures

Le 18e congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui doit renouveler les plus hauts dirigeants au pouvoir, débute ce jeudi.

Changement à l'Est

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La Chine face à une transition en trompe-l'œil : la clique de Shanghai prend la main sur les communistes des provinces intérieures

Le 18e congrès du PCC, qui doit renouveler les plus hauts dirigeants au pouvoir, durera sept jours, du 8 au 14 novembre. Crédit Reuters

Alors que le monde entier  avait les yeux tournés vers l'Ouest retenant son souffle en attendant l'annonce du nouveau président des Etats-Unis, l'Est n'a pas de quoi rougir au niveau de l'actualité politique. Les dirigeants chinois se réuniront en effet jeudi à l'occasion du XVIIIème Congrès du Parti communiste lors duquel de nombreuses décisions seront prises, et le visage politique de l'Empire du Milieu transformé. En effet, la quatrième génération de dirigeants, notamment incarnée par l'actuel président Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao, laissera la place à la cinquième génération.

Rien de nouveau ? Au contraire puisque ce sera la première fois que le pays sera dirigé par des hommes nés après la révolution et la création de la Chine moderne. Les hommes de cette cinquième génération se divisent en deux camps : les enfants d'officiels de l'ère de la révolution, regroupés dans "la Clique de Shanghai" qui ont pour la plupart exercé un mandat dans les provinces de la côte, poumon économique de la Chine, et qui favorisent donc des politiques qui maximisent la croissance économique acceptant de grandes disparités de richesses. Quant aux autres hommes de la cinquième génération, regroupés dans le camp "tuanpai", ils sont généralement issus des Jeunes du Parti communiste chinois et contrairement à la clique de Shanghai, ils ont généralement travaillé dans les provinces pauvres du cœur du pays et prônent donc des mesures pour favoriser ces régions et prévenir une instabilité sociale. Ainsi, le futur président Xi Jinping et son futur Premier ministre Li Kequiang appartiennent respectivement à la clique de Shanghai et au camp "tuanpai".

Mais ce n'est pas tout. De nombreux nouveaux leaders devraient en effet prendre le pouvoir. Quatorze membres du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois ou Politburo sur vingt-cinq devraient en effet changer à l'issue du Congrès du parti. Le corps décisionnel le plus important du pays, constitué par les membres du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du PCC, devrait en grande partie être modifié. La liste élaborée par le président Hu Jintao, son prédécesseur Jiang Zemin et Xi Jinping entraîne en effet une réduction de neuf à sept du nombre de membres permanents du Politburo et sa composition devraient en être modifiée, Xi Jinping et son futur numéro deux Li Keqiang étant assurés d'en faire partie. Sur la liste figurent également l'actuel ministre des Finances Wang Qishan, le ministre de l'Information Liu Yunshan, le responsable du fonctionnement interne du parti Li Yuanchaon, l'homme à la tête de la ville de Chongqing Zhang Dejiang ou encore le chef du parti à Tianjin Zhang Gaoli.

La composition du Politburo est capitale puisque ce sont ses membres qui définissent par consensus les futures orientations politiques du pays. Le secrétaire général du Congrès devrait ainsi présenter après le bilan des cinq années passées un plan pour les cinq prochaines années. Les 2270 membres du Congrès débattront alors des lignes directrices du rapport pour arriver à une version finale et officielle qui servira de référence aux membres permanents du Politburo.

Quant aux 300 membres du Comité central, la plus haute autorité du Parti communiste chinois entre deux sessions du congrès du PCC qui nomme notamment le Politburo et le Secrétaire général du PCC, ils seront également élus à l'occasion de ce XVIIIème Congrès.


Trois questions à Michel Aglietta, économiste spécialiste de la Chine.

Atlantico : XI Jinping deviendra bientôt, à l’occasion du 18ème Congrès du Parti Communiste Chinois, le nouveau dirigeant de la seconde économie mondiale. Ce dernier vient d’annoncer il y a peu un volet de mesures pour moderniser le pays. Quel est son parcours et comment doit-on comprendre le mot réforme dans la culture chinoise ?

Michel Aglietta : Xi Jinping est issu, comme tous les dirigeants chinois, des instances du Parti Communiste et possède une longue expérience politique approuvée par le Politburo. On a beau le présenter comme un outsider détonnant des vieux cadres du PCC, il faut bien rappeler que la carrière et l’ascension politique de ce dernier est due avant tout à la bonne volonté de ces mêmes cadres, qui sont tout bonnement incontournables dans le fonctionnement politique chinoise. Toutes les décisions de gouvernance sont ainsi prises collectivement, ce qui vient immédiatement tuer le mythe de l’homme providentiel qui va à lui seul révolutionner une société sclérosée.

Ce fait est important lorsque l’on sait que les fameuses réformes annoncées par M. Xi, notamment sur le rôle de l’armée et des forces de sécurité, n’ont pu l’être qu’a la seule condition qu’elles soient jugées satisfaisantes par le reste des instances dirigeantes. On peut donc dire qu’il y a pour l’instant un certain consensus du Bureau Politique et du Comité Central sur la politique à mener dans les années à venir. Il s’agit bien sûr d’une bonne nouvelle, bien qu’il ne faille pas tomber dans une grille de lecture trop occidentale : le but n’est pas de créer une société néo-libérale qui débouchera sur une privatisation totale de la société. Les aspirations du peuple chinois sont surtout concentrées sur la corruption des représentants locaux de l’Etat ainsi que sur un certain renforcement du pouvoir central, qui incarne la seule véritable forme de représentation politique en Chine.

 
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Michel Aglietta

Michel Aglietta est professeur de sciences économiques à l'université de Paris Ouest Nanterre et conseiller scientifique au CEPII et à Groupama-Asset management.

Il est le co-auteur avec Guo Bai de La voie chinoise (Odile Jacob, 2012) et de nombreux autres ouvrages sur la Chine.

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