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Zone franche

Publié le 7 novembre 2011

Chevènement candidat : le souverainisme, nouveau trotskisme

La France se distinguait autrefois par une profusion de mouvements trotskistes concurrents. Désormais, la mode est à la sous-segmentation souverainiste. Et Pasqua, il attend quoi ?

 
Jean-Pierre Chevènement, nouveau candidat souverainiste à la présidentielle 2012 : "Coucou les gars, c'est moi !"

Jean-Pierre Chevènement, nouveau candidat souverainiste à la présidentielle 2012 : "Coucou les gars, c'est moi !" Crédit Reuters

Il ne manquait plus que lui ! Jean-Pierre Chevènement, souverainiste historique du parti socialiste devenu patron de sa propre petite boutique aux horreurs, est donc candidat à la présidentielle

A soixante-douze printemps, l’inventeur (et contempteur) du concept de « gauche américaine » ― dont François Hollande serait probablement un représentant très honorable ―, fait au pays le don de sa personne et vient se ranger au côté des Mélenchon, Dupont-Aignan et Le Pen pour défendre la France d’antan contre les assauts de l’européo-libéralo-mondialisme.

Quoi qu’on pense du personnage, qui n’a certainement pas dit que des bêtises tout au long de sa carrière mais dont on voit mal ce qu’il peut nous raconter que ne hurle pas déjà le reste du gang depuis des mois (on n’entend plus Montebourg, c’est toujours ça), on hésite entre félicitations bienveillantes et embarras poli.

Félicitations bienveillantes parce qu’entrer dans une danse pareille à son âge, lorsqu’on est un ancien ressuscité de l’empoisonnement au curare et que l’on n’a strictement rien de spécifique ou de nouveau à apporter au débat, c’est courageux. L’embarras poli, hum, eh bien c’est exactement pour les mêmes raisons...

Notez que la dernière fois qu’il a tenté sa chance, c’était en 2002 et les historiens se tâtent encore pour déterminer qui, de lui ou de Christiane Taubira, a le plus contribué à renvoyer Lionel Jospin dans ses foyers. Moi j’ai toujours penché pour la seconde, mais c’est vraiment une affaire de point de vue.

Mais qu’importe, l’ancien ministre spécialiste de l’évasion fracassante (« Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ») ressent le besoin de proposer son propre scénario de la fin de la monnaie unique et du retour à la souveraineté budgétaire de la France ― qu’il subodore apparemment distinguable de celle des collègues...

25 façons différentes de prononcer Maastricht

Loin de moi, pour autant, l’idée de m’offusquer de l’existence d’un discours aussi autiste à l’égard de la façon dont le monde s’est transformé depuis de Gaulle et le Conseil National de la Résistance (les deux top-références des souverainistes, à gauche comme à droite).

Si des gens ont envie de se bagarrer pour ces idées, qu’ils le fassent. C’est la démocratie telle qu’on l’aime.

Non, ce qui surprend, c’est qu’ils soient si nombreux à proposer exactement la même vision à un ou deux détails près mais chacun dans son coin. OK, je veux bien extraire la Marine de cette flotte-là, puisqu’elle est la seule à pouvoir être véritablement rangée à l’extrême tribord, mais pour le reste…

Finalement, c’est un peu comme lorsque la France comptait 25 mouvements trotskistes différents, tous partisans de la doctrine du barbichu mais amateurs d’exégèse différentes. Aujourd’hui, la LCR s’est muée en un NPA sans projet ni leader, à LO ; Nathalie Arthaud fait comme la Florence homonyme et attend d’être sauvée de la noyade par la providence ; l’ancien candidat du parti des travailleurs (PT, rebrandé en POI), instaure des « couvre-feux pour lutter contre la délinquance immigrée ».  

Pour ne rien dire de la myriade de groupuscules moins médiatisés mais tout aussi convaincus de détenir « la vérité » et distribuant le journal du même nom aux sorties du métro parisien.

Chevènement candidat, de fait, c’est au moins la promesse de débats animés et de petites phrases bien chantournées en cascade. La question que l’on se pose tout de même, forcément, c’est combien de temps il faudra attendre pour que Charles Pasqua fasse lui aussi son grand retour et promeuve sa différence  : je crois qu’il ne prononce pas Maastricht exactement de la même manière.

 
Commentaires

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  • Par nicobw - 07/11/2011 - 23:17 - Signaler un abus La boutique aux horreurs

    M. Serraf, en quoi le MRC est-il une boutique aux horreurs ?
    Lionel Jospin a été éliminé en 2002 car Le Pen était deuxième, JPC était un adversaire de Jospin tout comme les autres candidats.
    JPC n'a pas fait perdre la gauche car le PS n'est plus un parti de gauche depuis bien longtemps. Oui, le monde s'est transformé, dans une très mauvaise direction. Errare hemanum est, perseverare diabolicum.

  • Par Lézard florissant - 07/11/2011 - 22:16 - Signaler un abus Autre hypothèse

    Chevènement souffre peut-être d'anosognosie comme Chirac ?
    Ce sont des choses qui arrivent à son âge vénérable.
    Bobocleaner, je sable le champagne avec vous !

  • Par bobocleaner - 07/11/2011 - 19:45 - Signaler un abus Chevénement le revoila !

    Une flamme sacrée Monte du sol natal
    Et la France enivrée salue Le Che !
    Tous tes enfants qui t'aiment Et vénèrent tes ans
    A ton appel suprême Ont répondu "MRC"
    Le Che nous voilà ! Devant toi, le sauveur de la France
    Le Che nous voilà Tu nous as redonné l'espérance
    La Patrie renaîtra ! Le Che, Le Che, nous voilà !
    On parle avec tendresse Du héros de 2002
    Tu sauves la Patrie Une seconde fois

  • Par Aie - 07/11/2011 - 18:33 - Signaler un abus les socialistes sont déconnectés

    des réalités. Il faut voir l'endettement de leurs régions, c'est remarquable.

  • Par Nico Pedia - 07/11/2011 - 18:32 - Signaler un abus Ah bon!

    Il est pas mort Chevènement? Première nouvelle!

  • Par ZOEDUBATO - 07/11/2011 - 17:18 - Signaler un abus Il a raison : la gauche doit se mettre au niveau des enjeux

    car le PS suit la même stratégie qu'en 2002; Un marketing politique impeccable, communication omniprésente, une médiatisation qui tourne en boucle sur tous les médias nationaux, une propagande intensive par la majorité des journaliste et , en bout du compte, un produit qui ne répond pas aux attentes faute d'anticipation, de projet d'avenir, d'idées, de synthèse , de réactivité ét de décision

  • Par Indigène Indigné - 07/11/2011 - 15:51 - Signaler un abus Retour vers le pitoyable !

    Où les "sauvageons" étaient moins polémiques que la "racaille"
    Où était privilégiée une certaine "chance pour la france"
    Où dès le 22042002 était possible de qualifier l'idéologie bôbo gôcho de graine à lepen ?
    Entre curare et pétard èrrent les trotskistes embourgeoisés.
    . . . . . able !

  • Par Philippe17000 - 07/11/2011 - 12:26 - Signaler un abus faites ce que je dis, mais pas ce que je fais !

    Quand on se veut le parangon des valeurs républicaines, cher M. Chevènement, ce serait bien de quitter le logement social que vous occupez et auquel vous n'avez pas droit : 120 m² dans le 5e arrondissement de Paris pour 1 271 € par mois. Minable.
    C'est bien la gauche : faites ce que je dis, mais pas ce que je fais !

  • Par bobocleaner - 07/11/2011 - 11:19 - Signaler un abus l idiot utile est de retour !

    Champagne !

  • Par guzet - 07/11/2011 - 09:40 - Signaler un abus France de la fin des années 30

    "J'ai l'impression qu'on est en 1940" dit Chevènement concernant la situation de l'euro et de l'Europe. Cette remarque est encore plus vraie concernant l'état de la France et de l'opinion française face à l'actuelle montée des périls. On retrouve dans l'opinion française le même émiettement des opinions et le même aveuglement ("Tout va trés bien Mme la Marquise" chantait-on) qu'en 1938-39....

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.

Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).

 

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