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Cannabis : interdiction ou légalisation, bilan comparé

La sénatrice écologiste Esther Benbassa a déposé jeudi une proposition de loi visant à légaliser le cannabis, sous prétexte que "l'interdiction ne fonctionne pas". Plutôt que de se ranger hâtivement à un raisonnement logique en apparence, il faut d’abord regarder ce qui se passe chez nos voisins européens.

Comme-ci, comme-ça

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Cannabis : interdiction ou légalisation, bilan comparé

La sénatrice écologiste Esther Benbassa a déposé jeudi une proposition de loi visant à légaliser le cannabis Crédit REUTERS/Andres Stapff

Atlantico : La sénatrice écologiste Esther Benbassa a déposé jeudi une proposition de loi visant à légaliser le cannabis, sous prétexte que "l'interdiction ne fonctionne pas". Peut-on dire, alors, que la dépénalisation fonctionne, et a fortiori la légalisation ? Des pays comme le Portugal, l'Espagne ou les Pays-Bas ont tous dépénalisé le cannabis, avec des résultats différents : les Pays-Bas n'ont pas vu leur consommation augmenter, tandis qu'elle a explosé en Espagne. Comment expliquer deux effets différents pour une même cause ?

Y a-t-il un terrain sociologique ?

Dan Véléa : L'Espagne et les Pays-Bas sont deux nations différentes, appartenant à deux cultures bien distinctes. A partir de là, on peut effectivement mettre en cause un facteur sociologique. Le caractère latin est connu pour ses penchants festifs et parfois excessifs, voire extrêmes. Néanmoins, tout ne se résume pas à un simple problème d'identité culturelle. Il ne faut pas oublier que les Pays-Bas ont commencé à tolérer le cannabis bien plus tôt, en 1976. Les débuts n'étaient pas ce que sont les temps actuels : les Pays-Bas ont été confrontés à une terrible et violente  hausse de la consommation. Les junkies erraient dans les rues tandis que les gens consommaient sans réfléchir. Un important travail de réflexion et de prévention a été réalisé avec l'ensemble du corps médical, afin de sensibiliser au mieux les usagers. De plus, les Hollandais sont soumis à une consommation très réglementée.

Comment la consommation évoluerait en France, en se basant sur ce raisonnement ?

Prenons appui sur une loi toute simple : celle énoncée par Sully Ledermann, qui concerne avant tout l'alcool, mais peut s'appliquer au cannabis. Cette loi explique un principe simple : "plus l'accessibilité à un produit et un comportement est grande, plus grands seront les risques et les excès." En partant de ce principe, on peut logiquement déduire que la légalisation ou la dépénalisation encourageraient la consommation.

Est-ce que les États, comme le Colorado, ayant autorisé le cannabis assistent à un recul du trafic et du deal  ? Ou bien la situation est-elle restée inchangée ?

Concernant le Colorado, il est pour le moment impossible de se prononcer. Et pour cause : cela s'est fait il y a peine un an. Les données sont encore trop parcellaires pour se prêter à une quelconque analyse. Mais aux États-Unis, ce n'est pas le cannabis, le produit de base, c'est la cocaïne.

Les Pays-Bas n'ont pas assisté à une hausse de la consommation, mais à la naissance du narco-tourisme, susceptible aussi de se développer en France si le cannabis était légalisé.  Ceci dit, aux Pays-Bas, le véritable danger réside ailleurs.  Bien souvent, quand un usager sort défoncé d'un coffee shop, des dealers attendent un peu plus loin, pour vendre des produits autrement plus dangereux tels que de la cocaïne.

Qu'est-ce que les Etats ont à gagner, et à perdre, en légalisant le cannabis ?

Il y a plusieurs arguments en faveur de l'autorisation du cannabis, comme il en existe plusieurs en faveur de son interdiction. Au sein même du corps médical français, on peut retrouver cette ambivalence. Beaucoup de collègues diront certainement que le cannabis n'est pas un produit si dangereux ; qu'il ne s'agit pas d'une drogue particulièrement violente.

 
Commentaires

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  • Par Inconnu - 08/02/2014 - 10:29 - Signaler un abus Ne serait-elle pas corrompue jusqu'à l'os ?

    Tout simplement parce que des politiques semblent vouloir profiter officiellement des juteux revenus générés par l'aliénation des victimes des drogues. Parce qu'il n'existe pas, dans les lois et les faits, de réelle interdiction de ce trafic. Ce qu'elle est mieux placée pour le savoir que la plupart des gens. Comme elle sait que ceux qui génèrent les hauts revenus de ce trafic se retrouvent pour une bonne part chez ceux qu'elle représente directement, bourgeois verdistes et gauchistes. . Le preuve en est l'absence de toute loi enjoignant avec suffisamment de force à tout consommateur et membre de la pyramide mafieuse qui l'alimente de devoir dénoncer son fournisseur, faute de quoi une lourde peine proportionnelle à son niveau dans le réseau serait encourue. Il n'y a aucun doute qu'ils le savent, du fait de leur fonction. C'est donc délibérément qu'elle et ses pairs évitent d'aborder ce sujet. Ils sont donc impliqués, à leur corps défendant, dans la perpétuation des trafics de ce genre.

  • Par Ravidelacreche - 08/02/2014 - 10:34 - Signaler un abus "l'interdiction ne fonctionne pas"

    Il faut aussi légaliser la délinquance puisqu'elle augmente ?!

  • Par Thot7 - 08/02/2014 - 10:53 - Signaler un abus Ne plus mettre de capotes

    Parfois elles craquent, alors, il faut mieux faire sans .... et tant pis pour les dégâts ......

  • Par brennec - 08/02/2014 - 12:23 - Signaler un abus ça un bilan?

    On reste sur le terrain des suppositions la, aucune comparaison entre les dépénaliseurs et les repressifs contrairement a ce que laisse supposer le titre en parlant de bilan.

  • Par GBCKT - 08/02/2014 - 13:39 - Signaler un abus Pourqoi ajouter une drogue légale de plus? Quelsignal!

    Le contrôle de la toxicité et du trafic? Illusoire notamment du fait que les trafiquants offriront toujours plus de concentration de produit actif. Quelque soit le bout par lequel on prenne le raisonnement visant à libéraliser le cannabis cela ne tient pas debout. Notamment le raisonnement pseudo médical. A ce compte là il faut revenir à la pratique de l'Indochine; vente de l'opium dans les bureaux de tabac. La société doit fixer des limites. Toute limite est certes contestable mais les sociétés humaines ne savent pas vivre sans limites et tabous. La volonté est peut-être que chaque communauté ait une drogue plus compatible avec ses interdits basiques?

  • Par Djelmé - 08/02/2014 - 13:59 - Signaler un abus Accentuation des clivages sociaux

    La légalisation du cannabis, même encadrée, aboutirait chez ceux qui vivent la défonce comme une échappatoire au quotidien de leurs vies, à un enfoncement, à une dégradation pire encore à ce qu'elle est aujourd'hui. Je suis même surpris que cette initiative soit le fait d'une réflexion de gauche, certes vert-criant, quand on sait que le clivage social n'a pas besoin d'un cauchemar, ni d'un rêve mais bien d'une envie d'un monde fondée sur autre chose que son viol ou son indifférence. La libération du cannabis, politiquement, serait foncièrement "anti-social". Humainement, il contribuerait à une esquive des réalités, esquive en place et qui n'a pas besoin d'une drogue de plus, qu'une de plus autorisée. "Le vin me saoule" chante Nicholas Peyrac, "Petit traité du vin et du haschisch" écrivait Baudelaire, ainsi on sait un environnement qui peut magnifier par l'art le sortilège des artifices, on peut se réjouir à titre personnel d'une fumette ou d'un brandy, mais la distance entre mon vécu et celui des autres expose toute l'étendue d'une approbation incohérente parfois mais enfin : faut-il souhaiter à l'autre ce que l'on se souhaite à soi, toujours ?

  • Par Benvoyons - 08/02/2014 - 18:08 - Signaler un abus Alsacien - 08/02/2014 - 16:07 Ton analyse estla bonne

    .

  • Par gliocyte - 08/02/2014 - 19:29 - Signaler un abus Etonnant

    Que ce psychiatre ne décrive pas les dépressions graves induites par le cannabis. On se sent mal, on prend du cannabis qui calme la souffrance qui n'est pas mise en mots , on plane, on est bien, on en reprend, on se sent mal de plus en plus et on en reprend de plus en plus..On devient un larve déconnectée de tout, avec un seul objectif: retrouver la fumette miracle. Juste un passage concernant la concentration en THC, à traduire: S'il y a moins de THC, il y aura moins d'effets secondaire nocifs. Monsieur se contente d'écrire qu'il y'a aura moins de mauvaises surprises, sans les citer. De quel côté est-il? Du côté du politiquement correct...

  • Par Karamba - 08/02/2014 - 20:46 - Signaler un abus Dans le même genre

    La prison ne fonctionne pas, il y a toujours autant de délinquance. Supprimons la prison. Mais on peut rétorquer à ce genre de raisonnement binaire de demeuré que malgré l'abolition de la peine de mort il y a toujours des assassins. Ca ne marche pas, donc supprimons l'abolition de la peine de mort, etc...

  • Par Ludo1963 - 08/02/2014 - 22:17 - Signaler un abus Une vérité incontournable qu'on n'entend jamais

    Dans la sphère médiatique : Les drogues des pays riches (alcool, médicaments , tabac ) sont non seulement autorisees mais promues dans le monde entier avec beaucoup de bénéfices à la clé. Celles des pays pauvres sont interdites , appelées "drogues ", et bannies jusque dans les propres pays de production (ex la feuille de coca au Pérou ) Aucune interdiction n a jamais marché, imaginez que l on interdise l alcool en France. On doublerait le problème sans rien résoudre . En France comme partout ailleurs le vrai problème n est pas sanitaire mais surtout sociétal car la prohibition entraîne le développement d une société parallèle de moins en moins contrôlable . Nous jouons avec le feu. Mais ne soyons pas hypocrite les politiques ne légalisent pas le cannabis car l opinion publique française est contre à 70% C est aux français d évoluer c'est pas pour demain je pense

  • Par ignace - 08/02/2014 - 22:49 - Signaler un abus @Ludo1963 ..........je partage votre analyse

    ....

  • Par ignace - 08/02/2014 - 22:52 - Signaler un abus alsacien ..je ne defends pas le canabis mais votre pote

    vous raconte des blagues, c'est comme l’alcoolique qui ne boit que deux verres par jour... un ancien pote à moi qui avec "seulement" (selon lui) deux joints par jour est devenu une épave.un ancien pote à moi qui avec "seulement" (selon lui) deux joints par jour est devenu une épave.

  • Par ignace - 08/02/2014 - 23:00 - Signaler un abus luttons contre le canabis je suis pour

    il restera le serieux : Ecstasy KETAMINE DOB Phencyclidine Méthadone Péthidine Cocaïne Héroïne pendant que j'ecris il doit bien s'en inventer une nouvelle

  • Par Patachon - 09/02/2014 - 11:41 - Signaler un abus Une France rétrograde !

    Que d’hypocrisie face à ce débat !Je lis des commentaires affligeants sur différents sites en ce qui concerne le cannabis !Mais sont qui ceux profondément contre ne font que rapporter ce que les politiciens et la société veulent bien leur faire entendre...Ils n'ont pas la démarche de se renseigner pour argumenter leur position.Alors pourquoi ne pas interdire l'alcool,les jeux vidéos,le sexe,le tabac,certains médicaments qui ont des effets secondaires à faire pâlir le petit fumeur de joints.Dans cette masse de gens qui sont farouchement contre la dépénalisation du cannabis;certains d'entre eux se bourrent la gueule et ensuite,ils prennent leur véhicule dans un état minable et dangereux pour les autres!!!Mais après tout,c'est normal,non?Ah que je ris de cette hypocrisie !Ceux qui sont sous Xanax ou autre de ces médocs finissent par avoir des tendances suicidaires mais ce n'est pas choquant puisqu'ils sont autorisés par l'Etat (vive le lobby pharmaceutique,on se sent mieux,non?)...Et l'image que véhicule notre société sur les consommateurs de cannabis reflète bien la mentalité des détracteurs de cette jolie plante !Allez....Sur ce soyez zen car je vais fumer un bédot !

  • Par Cap2006 - 10/02/2014 - 08:35 - Signaler un abus Le SEUL argument defavorable à la légalisation...

    ...c'est le devenir des cités !!! Pour le reste.... - qu'un psychiatre vienne accuser le cannabis d'effet négatifs que ne personne ne nie , alors que la psychiatrie moderne, à base de pilules, rendent zombies les millions de patients confiants, et ce remboursé par la secu... ( et je ne parle pas de la psychiatrie hospitalière, qui détruit irrémédiablement les personnes qui y rentrent] - que les arguments défendant la stupidité de la prohibition sous prétexte qu'il est impossible d'autoriser tout ce que l'on ne sait pas interdire... c'est un peu court. Et suivant ce raisonnement, il faudrait alors interdire l'alcool, le tabac, réduire la vitesse à 50km/h, etc...bref, tout ce qui tue... le cannabis n'est pas un produit ordinaire... la bien timide loi de cetet sénatrice, vise à rassurer ceux qui accepteraient une légalisation controlée d'un produit pourtant moins dangereux que le tabac ou l'alcool.

  • Par Julien1307 - 11/02/2014 - 17:37 - Signaler un abus Légalisez le cannabis :)

    Voici un autre article à lire sur ce projet de légalisation du cannabis en France : http://www.alchimiaweb.com/blogfr/projet-loi-legalisation-cannabis-france/

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Dan Véléa

Le Docteur Dan Véléa est psychiatre addictologue à Paris.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les addictions, dont Toxicomanie et conduites addictives (Heures-de-France). Avec Michel Hautefeuille, il a co-écrit Les addictions à Internet (Payot) et Les drogues de synthèse (PUF, Que sais-je ?, Paris, 2002).

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