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Bombarder l’Etat islamique en Syrie ne suffira pas, il faudra aussi le faire reculer sur un autre territoire où il est solidement implanté : les réseaux sociaux

Contrairement à son aîné Al-Qaïda, L'EI a très bien compris l'intérêt des réseaux sociaux pour rallier une partie de la jeunesse, notamment occidentale. Il se pourrait même que l'Etat islamique soit d'ores et déjà en passe de gagner le conflit sur ce terrain.

Daech vainqueur sur Internet ?

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Bombarder l’Etat islamique en Syrie ne suffira pas, il faudra aussi le faire reculer sur un autre territoire où il est solidement implanté : les réseaux sociaux

L’Etat islamique gangrène les réseaux sociaux.  Crédit www.flickr.com/photos/mkhmarketing/8527527570

Atlantico : Est-il possible de considérer que l'Etat Islamique a gagné la guerre des réseaux sociaux ? Quelles sont ses forces en ce domaine ? En quoi les capacités d'innovation de l'Etat islamique, en ce domaine, ont permis cette situation ? Comment l'expliquer ?

Christian Harbulot : Contrairement aux démocraties qui le combattent, l'Etat islamique n'a à rendre de compte à personne. Il n'est pas enfermé dans un cadre constitutionnel contraignant, n'a pas à craindre des retombées médiatiques contreproductives dans son propre camp puisqu'il contrôle l'information, et n'est enfermé dans aucun carcan juridique contraignant dans la mesure où il fonctionne comme l'embryon d'un Etat totalitaire. Ce dernier se permet toutes les dérives notamment  celle de banaliser par le biais de sa propagande les crimes contre l'humanité commis contre des populations civiles sous sa coupe.

Sur ce terrain de la folie criminelle, il va plus loin que les nazis qui ont cherché jusqu'au dernier moment leur politique d'extermination commis sur le front de l'Est et dans les camps de concentration. 

L'Etat islamique se croit indestructible en filmant la décapitation ou l'exécution par balles de femmes et d'enfants. Ce type de délire peut séduire un public précis sur les réseaux sociaux. En revanche, son effet est dévastateur dans la plupart des pays du monde. Cette idéologie du faible devenu fort, "légitimée" sous la bannière de l'islam ne trompe pas grand monde. Les innovations "esthétiques" de la propagande mise en ligne par l'Etat Islamique peuvent séduire des esprits faibles dans un premier temps. Il y eut aussi une esthétique nazie innovante ou copiant déjà celle d'Hollywood dans les films valorisant les grands moments du Troisième Reich. Au début de la seconde guerre mondiale, la propagande de guerre mise en valeur dans les colonnes du magazine Signal impressionna par le sentiment de puissance qui se dégageait de ses messages. Les défaites militaires subies à partir de 1942 par la Wehrmacht firent passer très vite au second plan cette force de l'information manipulée. Il en va de même pour l'Etat Islamique. 

Depuis que cette mouvance politico-terroriste subit des défaites importantes en Syrie et en Irak, la portée de sa propagande a perdu de sa superbe. Les actions spectaculaires de terrorisme de masse menées par l'Etat Islamique en Europe font penser aux tentatives nazies de monter le degré de terreur avec les "armes nouvelles" mises en œuvre durant la période d'agonie du Troisième Reich.  Les V1 puis les V2 ont déjà utilisées à cette époque comme des actes terroristes de masse puisqu'il était très difficile à l'armée allemande de cibler des objectifs précis. Ils ne modifièrent pas l'issue du conflit. L'Etat Islamique est en situation de repli. Quelque soient les opérations de fuite en avant qu'il cherchera à initier pour masquer ses défaites sur le  terrain  militaire, sa propagande ne pourra masquer bien longtemps cette réalité.

 
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Christian Harbulot

Christian Harbulot est directeur de l’Ecole de Guerre Economique et directeur associé du cabinet Spin Partners. Son dernier ouvrage :Les fabricants d’intox, la guerre mondialisée des propagandes, est paru en mars 2016 chez Lemieux éditeur.

Il est l'auteur de "Sabordages : comment la puissance française se détruit" (Editions François Bourrin, 2014)

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