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Les militaires maliens abusent de la menace Al Qaida pour convaincre "les pigeons européens de leur éviter le naufrage"

La défaite de l'armée malienne face à la rébellion touareg est la principale cause de la destitution du Président Amadou Toumani Touré. Les militaires Maliens invoquent une proximité entre les Touaregs et Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi). Une manière d'effrayer les Européens. La relation est loin d’être évidente, les Touaregs restant imperméables au fondamentalisme musulman.

Epouvantail

Publié le

Si le coup d’Etat militaire qui a renversé le général Amadou Toumani est bien la conséquence de la défaite de son armée face aux insurgés Touaregs[1], l’origine du conflit est, elle, clairement inscrite dans la nuit des temps.

Durant des millénaires les sédentaires sudistes noirs et agriculteurs ont en effet vécu dans la terreur des raids lancés contre leurs villages par les Berbères touaregs surgis des immensités sahariennes.

La colonisation a libéré les premiers de cette menace puis elle a inversé le rapport des forces en leur faveur. Avec les indépendances, l’espace sahélo saharien fut ensuite cloisonné par des frontières artificielles. Pris au piège de l’utopie de l’Etat-nation, Touaregs et Noirs furent alors forcés de vivre ensemble. La démocratie a aggravé le problème car les seconds étant plus nombreux que les premiers, l’ethno mathématique électorale leur a assuré le pouvoir et ils n’ont pas boudé leur revanche historique. Voilà qui explique les évènements actuels ; mais alors que jusque là les Touaregs se battaient pour obtenir plus de justice, ils exigent aujourd’hui la partition du Mali. Les données du problème ont donc totalement changé.

Face à cette situation que peut faire une Europe condamnée, qu’elle le veuille ou non, à veiller sur son « arrière-cour » saharo sahélienne ? Peut-elle en effet laisser prospérer un irrédentisme touareg venant s’ajouter à des foyers régionaux de déstabilisation situés dans le nord du Nigeria avec la secte Boko Haram, dans la région du Sahara nord occidental avec Aqmi et dans la zone des confins algéro-maroco-mauritaniens où le Polisario qui a perdu sa guerre contre le Maroc s’est largement reconverti dans des activités mafieuses, une partie de la production mondiale de cocaïne transitant désormais par le Sahara ?

Deux options sont possibles :

1-soit l’intervention urgente et massive aux côtés des armées du Mali et du Niger à la fois pour écraser les rebelles touaregs, maintenir la fiction de ces deux Etats, tenter de contenir Aqmi et sauvegarder nos approvisionnements en uranium.

Cette solution, la plus facile, mais sans perspective, éteindra peut-être provisoirement l’incendie, mais elle ne réglera pas le problème en profondeur. En effet, la solution de la question touareg ne passe ni par un engagement militaire, ni par des élections et encore moins par le déversement d’une nouvelle aide aussi inutile que les précédentes, mais par la prise en compte de la forte personnalité de ce peuple.

2-soit tout au contraire, nous reprenons le problème à sa racine et nous revenons au réel en reconnaissant le fait touareg. Puis, nous « sous-traitons » à ce peuple, contre garanties solides, à la fois la lutte contre Aqmi et contre les structures mafieuses qui gangrènent la région. Pourquoi ne pas profiter de la situation pour corriger nos erreurs passées et mettre en pratique la célèbre maxime de Kipling qui est que « le loup afghan se chasse avec le lévrier d’Afghanistan » ?

Certes, mais l’on nous assure que les Touaregs ont partie liée avec Aqmi. Or, à y regarder de plus près, cette affirmation repose sur une profonde méconnaissance de la géographie ethnique de la région, les observateurs confondant en effet trop souvent les Touaregs qui sont des Berbères avec notamment trois autres populations sahariennes qui, elles, sont Arabes ou arabisées :

-les Chaamba  qui ont pour coeur territorial l’oasis de Timimoun en Algérie ;

-les Reguibat qui nomadisent entre la Mauritanie et le Sahara occidental ;

-les  Maures qui sont installés en Mauritanie.

 
Commentaires

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  • Par sam84 - 26/03/2012 - 11:45 - Signaler un abus Eh oui

    Cela démontre,que lorsque des populations ethnico religieuses différentes cohabitent, sur un même territoire cela n'en fait pas une nation et que cette Balkanisation et inévitable et finissent par un affrontement sanglant Un exemple de plus a méditer? Non bien sur ce ne serait pas politiquement correcte ,alors vite le couvercle de la police de pensée

  • Par redge2pau - 26/03/2012 - 12:30 - Signaler un abus les anciens disaient

    quand je mets le chien dans le poulailler, il ne se transforme pas en poule, ben c'est pareil pour l'humanité. Il y a des différences de culture entres des populations, elles ne sont pas miscibles, ben on ne mélange pas. Chacun chez soi, et Dieux pour tous

  • Par Ann O'nymous - 26/03/2012 - 13:14 - Signaler un abus Intéressant. Merci à

    Intéressant. Merci à l'auteur.

  • Par fetchiertadkons - 26/03/2012 - 17:11 - Signaler un abus Très intéressant...

    mais ces subtilités risquent bien de ne pas être prises en compte par les "diplomates" européens en général plus préoccupés par leur carrière et leurs cocktails mondains...

  • Par caliclès - 27/03/2012 - 12:09 - Signaler un abus Lugan? Subtil, complexe, savant.

    Bon ben voilà: du Lugan c'est subtil, complexe, savant. Seulement ce n'est pas politiquement correct, alors les grands médias l'écartent. Seule la religion du cosmopolitisme, du "vivre ensemble" doit être diffusée, que dis-je! Assenée! Même au prix de conflits meurtriers et de charniers car c'est le prix à payer pour que les lendemains chantent...

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Bernard Lugan

Bernard Lugan est expert auprès du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Il anime un blog www. bernard-lugan.com et il édite par internet une revue mensuelle l’Afrique réelle. Il vient de faire paraître Les guerres d’Afrique des origines à nos jours, 400 pages, 70 cartes et planches en couleur. Le Rocher, 2013.

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